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Vers quoi le racisme conduira-t-il l'Amérique ?

On considère généralement que l'Europe est épisodiquement le théâtre de conflits ouverts entre les classes moyennes-supérieures et les couches populaires. Par ce terme on désigne moins ce qui reste de la classe ouvrière ou les autres catégories de travailleurs dits pauvres, que plutôt les résidents des banlieues de la plupart des grandes villes.
Ceux-ci présentent le triple désavantage aux yeux de la majorité d'être généralement sans emplois, issus de l'immigration arabo--turco-africaine, comportant une grande majorité de jeunes exclus du système éducatif et pénétrés par une culture de violence propagée par la télévision et l'internet.
Les conflits se traduisent périodiquement par des violences urbaines, relativement contenues mais très médiatisées. Elle donnent l'occasion à des manifestants particulièrement durs, dits « casseurs », de détruire et piller ce qui est à leur portée. Bien entendu les forces de police, parfois complétées de militaires, interviennent à l'appel des autorités pour réprimer les troubles. Il est très rare cependant que ces interventions entrainent mort d'homme. Si cela était le cas, le bruit serait considérable. D'une façon générale, les émeutes urbaines sont finalement localisées et rares. L'Europe affronte de nombreuses difficultés, mais il ne semble pas – à moins qu'elles soient à l'avenir suscitées par des ennemis extérieurs - que les émeutes urbaines puissent réellement mettre en danger ce que l'on nomme quelquefois la civilisation européenne.
Peut-on considérer que les Etats-Unis échappent à ces émeutes et aux risques de fragilisation sociétale qu'elles entrainent? Certainement pas. De plus celles qui se produisent sont beaucoup plus fragilisantes, car à côté d'un affrontement entre possédants et démunis, elles opposent très clairement les Blancs américains et les noirs dits aussi afro-américains. Se joignent encore marginalement à ces derniers des latino-américains, notamment issus de l'immigration récente ou clandestine, c'est-à-dire encore mal intégrés.
Or cette opposition Blancs et Noirs, le véritable caractère raciste qu'elle revêt, le terme de raciste étant pris au sens propre et sous-entendant la haine, est généralement peu prise en considération en dehors des Etats-Unis. On considère généralement que, comme dans les banlieues européennes, des crises peuvent encore éclater, mais qu'elles relèvent plus d'une survivance historique que d'un fossé s'agrandissant entre les Blancs et les Noirs. De plus, en Europe, le rejet des minorités s'accompagne de plus en plus d'une islamophobie générée par le développement du djihadisme. Il y a rien de tel en Amérique où Blancs et Noirs partagent la même religion.

Or ce serait peut-être l'hypothèse d'un racisme survivant aux premières années de la colonisation au Sud, voire s'aggravant, qui serait la bonne. Les manifestations urbaines récentes révèlent, selon certains observateurs réalistes, la présence d'une véritable haine pour l'autre qui est en train de s'installer entre les Blancs et les Noirs. Elle dépasse de beaucoup le racisme ordinaire, Si cela se confirmait, il s'agirait d'un élément de fragilisation, sinon d'auto-destruction des Etats-Unis qui s'ajouterait à bien d'autres menaces, actuelles et futures.

Baltimore

Les émeutes de masse qui se sont produites à Baltimore, Maryland, à la suite du meurtre du Noir Freddie Gray par des policiers blancs, et la prise de contrôle militaro-policière ultérieure de la ville ont révélé une fois de plus une importante réalité de la vie sociale en Amérique, peu perçue à l'étranger, notamment en Europe. Les États-Unis bouillonnent de mécontentement social, où une classe dirigeante effrayée et isolée, à majorité blanche, gouverne de plus en plus ouvertement par les méthodes de la violence et de la répression des classes pauvres majoritairement noires.

Comme on le sait, deux mille soldats de la Garde nationale, dont beaucoup ont déjà été déployés en Irak et en Afghanistan, ont investi l'une des grandes villes des Etats-Unis, proche de la capitale. Un couvre-feu radical a été imposé. Il n'a pas empêché de nouveaux incendies spectaculaires de se déclencher, à coté desquels ceux s'étant produites dans les banlieues françaises paraissent d'aimables feux-de-joie.

L'ensemble de l'establishment politique et médiatique s'est emparé des émeutes et des troubles pour déclarer leur soutien à l'occupation paramilitaire de la ville. Barack Obama a pleinement justifié la répression à Baltimore. Lors d'une conférence de presse annonçant un nouvel accord militaire avec le Japon (accord dont nous reparlerons dans une autre chronique), il a traité les manifestants de Baltimore de criminels et de voyous (thugs), agissant sans excuses. Il a ajouté que la violence « vole des emplois et des opportunités aux personnes habitant dans cette région ».

En fait, les troubles à Baltimore, comme précédemment à Ferguson et d'autres villes en Amérique, sont le produit de la colère contre la pauvreté, le chômage, la désintégration sociale, la violence de la police. S'y ajoute une réaction de la communauté afro-américaine au racisme croissant, autrement dit à la haine, pour reprendre notre terme, qu'elle perçoit de plus en plus chez les Blancs, de quelques classes sociales qu'ils soient.

A de nombreuses occasions, cette haine est médiatisée, notamment par d'innombrables reportages télévisés. On y montre des Blancs, hommes et femmes, dont le visage véritablement respire la haine quand ils parlent de leurs concitoyens noirs. Ceux-ci, bien évidemment, réagissent à cette haine avec une haine croissante. Rien ne semble pouvoir arrêter une fracture grandissante.

C'est évidement la police, la garde nationale et l'armée, pratiquement toutes composées de Blancs souvent incultes, qui polarisent la haine en retour des Afro-américains. Les corps répressifs sont désormais équipés d'armements militaires lourds, du type de ceux déployés au Moyen-Orient. Le meurtre de Gray – un acte qui n'a encore entraîné aucune inculpation ou arrestation – n'est que le dernier d'une longue chaîne de harcèlements quotidiens, de brutalités et d'abus, à Baltimore et dans tout le pays, dont les Blancs constituant les forces de l'ordre sont les acteurs. Les responsables n'ont presque jamais à rendre compte de leurs actes. S'ils sont poursuivis devant la justice, les maires, procureurs locaux et régionaux font en sorte qu'ils soient disculpés.

Quant aux emplois perdus à Baltimore, ils ne viennent pas des « thugs » mais de la politique de désindustrialisation menée depuis des décennies par l'oligarchie financière. Cet politique, conduite à la recherche du profit immédiat pour les actionnaires, a entrainé la fermeture de secteurs entiers de l'économie, qu'il s'agisse de l'industrie proprement dit, des équipements collectifs, des services publics et sociaux. Depuis l'arrivée d'Obama au pouvoir, Baltimore a perdu 80 pour cent de ses emplois productifs, des milliers d'enfants y sont sans abri et des dizaines de milliers de personnes y vivent dans la pauvreté.

Mais comme il était prévisible, le facteur racial a aggravé le facteur économique. Les chômeurs et les pauvres, à Baltimore comme ailleurs, se recrutent en majorité parmi les Afro-américains et les Latino-américains. Les Blancs, à quelque échelle sociale qu'ils appartiennent, se retrouvent systématiquement parmi les emplois préservés.

Depuis les évènements fondateurs dits de la rébellion de Watts à Los Angeles il y a 50 ans, deux phénomènes sociaux ont aggravé la situation des Noirs les décennies suivantes. Tout d'abord, l'extraordinaire croissance de l'inégalité sociale. Les conditions des travailleurs et des jeunes de la classe ouvrière, en majorité des Afro-Américains, sont pires aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a un demi-siècle. Elle s'est accompagné d'un événement qui en principe aurait du diminuer les tensions mais qui les a aggravées. Il s'agit de l'intégration par la classe dirigeante blanche d'une couche de la classe moyenne supérieure noire. Or celle-ci a paru présider sinon profiter des catastrophes économiques et culturelles se répandant d'une ville à l'autre.

La trahison de la classe politique noire

Dans sa réponse à l'éruption de violence de la police suite au meurtre de Freddie Gray, la minorité politique noire participant au pouvoir, dirigée par le premier président afro-américain, s'est montrée à l'image de ce dernier, soumise aux consignes du grand capital financier, égocentrique et totalement hostile aux intérêts et aux aspirations des pauvres et des travailleurs, noirs et blancs.

La lutte contre la violence policière est, en termes fondamentaux, une question de lutte de classe, pour reprendre un terme marxiste malheureusement tombé en désuétude. La classe dirigeante montre dans les méthodes employées dans les rues de Baltimore ce qu'elle est prête à faire en réponse à toute opposition à sa politique de guerre et de contre-révolution sociale.

Mais l'éruption de Baltimore est l'expression de la colère sous une forme à laquelle manque une direction politique. On ne peut mettre fin à la violence policière, aux inégalités, à la pauvreté et au chômage par de simples émeutes. Pas d'avantage que l'on puisse espérer faire céder Wall Street par des manifestations de type « Occupy ». Or, Obama le premier, la minorité dirigeante noire a refusé de prendre la tête d'un mouvement politique de la classe ouvrière toute entière venant à la défense des travailleurs et de la jeunesse de Baltimore.

Ce ne sera donc pas en provenance de cette minorité dirigeante noire que l'on pourrait espérer, en l'état actuel des rapports de force, voir surgir des leaders qui empêcherait l'Amérique de s'enfoncer dans le racisme.

30/04/2015
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Nombre de réaction(s) : 1
Avec qui basculera l'amérique
01/05/2015 21:04:56 | Par : Stef75
Si l'Amérique tombe ce sera avec ses alliés car tenus en laisse par la finance. Le reste de l'humanité se chamaillera en nouveaux bloc car Dieu sera à terre et qu'il faudra trouver un nouvel équilibre international pour éviter le pire. A moins que le dérèglement climatique mette tous le monde d'accord.
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