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Les pudeurs gazières de la Commission européenne

La commission européenne a décidé de lancer une action anti-trust contre Gazprom, la compagnie publique gazière russe. Elle vient d'en publier (22/04) l'exposé des motifs (Statement of objections). Gazprom y a immédiatement répondu, en rejetant ces allégations.
On peut se demander pourquoi la Commission découvre subitement que Gasprom est un trust d'Etat. Ceci se savait depuis des années et n'a pas empêché un certain de pays européens dont l'Allemagne, de s'adresser à lui pour se fournir en gaz. Ils y sont en quelque sorte obligés puisque l'Europe n'a guère d'autres sources de gaz disponibles, en dehors des quantités livrées par méthaniers et provenant de pays étrangers, principalement l'Algérie. Obama avait proposé que les Européens achètent du gaz de schiste américain, mais tous les experts ont considéré cette offre comme une aimable plaisanterie.

Il y a quelques mois, la Commission avait comme nous l'avions relaté bloqué le projet de gazoduc russe dit Southtream qui devait apporter du gaz aux Etats du sud de l'Europe, au prétexte que ce gazoduc donnerait à Gazprom une situation de monopole. Mais cela ne résolvait pas la question de l'approvisionnement en gaz de ces Etats. Aussi bien d'ailleurs, Vladimir Poutine avait immédiatement décidé de remplacer l'ancien tracé de Southstream par un autre, baptisé du nom de Turkishstream, dont le débouché (hub) sera en Turquie. A partir de ce point, les Etats européens demandeurs pourront s'approvisionner en gaz. La Grèce s'est montrée particulièrement intéressée.

C'en était trop pour la Commission européenne et pour les lobbies américains qui y opèrent. Leur peur est que la Grèce puisse échapper à l'étranglement que lui impose tant l'Europe que le FMI, en allant chercher des aides auprès de la Russie et plus généralement des institutions financières qui se mettent en place au sein du Brics. Si par l'intermédiaire de Gazprom, autrement dit de Poutine, comme l'ont prétendu les stratèges de la Commission, la Grèce pouvait obtenir des conditions favorables lui permettant non seulement de se fournir en gaz, mais de redistribuer celui-ci aux Etats voisins demandeurs, ce serait là un premier pas vers le scénario de l'horreur, la Grèce sortant de l'Union et se rapprochant de la Russie.

La Grèce se laissera-t-elle impressionner par l'action anti-trust contre Gazprom, ou au contraire passera-t-elle outre? Nous le saurons rapidement. Pour notre part, nous ne pourrions que conseiller à la Grèce, si Alexis Tsipras nous demandait notre avis (rassurez-vous, il ne le fera pas) de ne pas céder aux oukazes gaziers de la Commission, non plus qu'aux autres oukazes de celle-ci. Ajoutons qu'au strict point de vue de la régularité des contrats passés par les pays européens avec Gazprom, il pourrait être utile qu'a posteriori, celle-ci s'inquiète des conditions dans lesquelles l'Allemagne se procure du gaz russe par l'intermédiaire du gazoduc Northstream, bien connu d'un certain ex-chancelier allemand.

* Voir sur ce sujet un article plus détaillé, en date du 23/04, de l'analyste Alexander Mercouris dans Russia-insider http://russia-insider.com/en/eu-versus-gazprom-battle-intensifies-gazprom-looks-set-cut-deal-greece/5968

26/04/2015
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