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Défense européenne, oui, mais aux ordres de qui ?

L'Europe doit se donner les moyens d'être prise au sérieux. C'est dans cette perspective que, selon la presse, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a appelé dimanche à la création d'une armée de l'Union européenne. Ceci au vu notamment des relations de plus en plus tendues avec la Russie sur le sujet de l'Ukraine.

Une telle force permettrait non seulement de faire face aux nouvelles menaces aux frontières de l'Union européenne, mais aussi de défendre les "valeurs" de l'Union, a-t-il déclaré dans une interview publiée dimanche par le journal allemand Welt am Sonntag.

"On ne créerait pas une armée européenne pour l'utiliser immédiatement. Mais une armée commune à tous les Européens ferait comprendre à la Russie que nous sommes sérieux quand il s'agit de défendre les valeurs de l'Union européenne...Une telle armée nous aiderait à mettre au point une politique étrangère et de sécurité commune (PESC)", a-t-il expliqué.

Nous avons trop souvent ici formulé l'idée que la défense européenne supposait une armée européenne, s'inscrivant dans une politique étrangère et de sécurité commune (PESC), pour ne pas réagir favorablement, sur le plan des principes, à cette proposition. Mais nous avons toujours précisé que la défense européenne, de même que la PESC, ne doivent être confondues avec ce que Washington, notamment par le biais de l'Otan, a toujours nommé l'Europe de la défense.


Défense européenne ou Europe de la défense?

La différence entre les deux concepts paraît subtile, mais elle est capitale. Elle permet de distinguer la défense qu'une Europe, puissance indépendante, devrait assurer avec ses propres moyens, et ce qu'une Europe, considérée par les Etats-Unis comme leur bras exécutif, devrait assurer en relais et sous le commandement final de l'US Army. Autrement dit mener sur différents théâtres des opérations militaires dont l'Amérique ne souhaite plus ou ne peut plus assumer seule la charge.


Parmi ces opérations, la plus évidente et la plus lourde de conséquence est l'action engagée en Ukraine et visant directement la Russie. Certains pays européens, Pologne et Etats-Baltes notamment, ont affirmé vouloir y consacrer leurs moyens militaires propres. Mais ceux-ci sont insignifiants, juste suffisants pour monter des provocations de frontière. L'Allemagne, mieux pourvue en ressources de défense, et surtout la France, la seule force militaire qui compte aujourd'hui sur le continent, n'ont jamais manifesté l'intention de s'engager militairement en Ukraine, éventuellement contre les Russes et dans l'immédiat, contre les Novo-russiens. Ceci que ce soit avec leurs ressources propres ou à travers leur participation à l'Otan. Quant à la Grande Bretagne, bien fort sera celui qui pourra décrypter ses intentions
...

Plusieurs fois, Barack Obama en son nom ou en celui du Sénat, a demandé aux Européens de prendre le relais des Américains sur le front européen, comme d'ailleurs sur le front anti-daesh qu'ils ont ouvert sans consulter personne au Moyen-Orient. D'une part, Obama a entrepris, dans le cadre de ce qu'il a nommé d'une façon peu lisible le « pivot vers l'Asie », de renforcer l'encerclement militaire de la Chine. Or ses budgets actuels ne lui permettent plus aujourd'hui de préparer sérieusement plusieurs guerres à la fois. Un relais assuré par l'Europe pour le soutien militaire à Kiev et surtout pour le renforcement de l'encerclement militaire de la Russie, lui serait fort utile. D'où les appels récurrents à l'augmentation des budgets militaires des Etats européens consacrés à l'Otan.


Un engagement anti-russe total


Mais aujourd'hui, cela ne suffirait plus aux grandes stratégies américaines. Ce que veut Washington, c'est un engagement à son service de l'Union européenne toute entière, notamment par la voie d'un renforcement de la PESC. L'objectif, exposé sans détour par certains chefs militaires américains, serait de pouvoir mobiliser des forces terrestres, aériennes et navales européennes non seulement en Ukraine, mais sur toutes les frontières de l'Europe avec la Russie. Si celle-ci ripostait, une guerre euro-russe - guerre faisant appel éventuellement à des armes nucléaires tactiques - ferait parfaitement l'affaire des Etats-Unis. Ceux-ci, protégés par toute la largeur de l'océan atlantique, pourraient se consacrer au front asiatique. Ne mentionnons pas le fait que le lobby militaro-industriel américain tirerait grand profit d'un réarmement européen, dont les moyens industriels en matière de défense sont, sauf en France, tout à fait insuffisants.

Mais pour cela, il faudrait que les Européens consacrent davantage de ressources à leurs armées. Curieusement, c'est dans ce moment critique que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, invite les Etats membres de l'Union à se doter d'une armée européenne.


Significativement cependant, il n'indique pas quelle autorité européenne prendrait en charge la PESC plus ambitieuse ainsi proposée: l'Union européenne, dont la politique étrangère est particulièrement inexistante, entièrement bridée qu'elle est par les allers-et-retours incessants Bruxelles- Kiev- Washington de John Kerry et de Joe Biden ou bien, plus simplement l'Otan. Et pour quoi faire? Et sous les ordres de qui serait placés les chefs d'état-major d'une telle armée?


Relisons son propos: «
  Une armée commune à tous les Européens ferait comprendre à la Russie que nous sommes sérieux quand il s'agit de défendre les valeurs de l'Union européenne ». Il ne s'agit pas en priorité de se battre contre Daesh au Moyen-Orient et en Afrique, mais de préparer avec des moyens renforcés une guerre contre la Russie.


Normalement, nous pourrions attendre de Angela Merkel et François Hollande, parties aux discussions avec la Russie dans ce que l'on nomme le « format Normandie », de réagir vivement et désavouer Jean-Claude Juncker. Que celui-ci se consacre à la lutte contre l'évasion fiscale.
Mais nous pouvons sans doute nous préparer à attendre longtemps.




09/03/2015
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Juncker porte-parole des Etats-Unis
13/03/2015 10:20:46 | Par : JP.Baquiast
Cet article précise bien les raisons pour lesquelles Juncker découvre les mérites d'une armée européenne: répondre aux pressions américaines visant à engager l'Europe dans une guerre contre la Russie:
http://www.wsws.org/en/articles/2015/03/10/nato-m10.html

Un voeu pieu
16/03/2015 08:10:25 | Par : Jacques Favin Lévèque
Il est trop tôt pour juger des chances d'avenir des déclarations de Jean-Claude Juncker. Mais on peut craindre que celles-ci ne restent qu'un voeu pieux pendant encore quelques décennies ; Bien des hommes politiques ont déjà exprimé cette idée séduisante de l'armée européenne et ont appelé de leurs voeux sa concrétisation, en reprenant ainsi les voeux des citoyens européens qui ressortent des eurobaromètres. Bien sûr, une fois encore, cela fait renaitre en moi l'espoir de voir enfin se réaliser ce pour quoi je me bats depuis des années. Si l'urgence et le besoin sont ressenties plus vivement ces temps ci, de par le choc de la crise Ukrainienne et de la menace islamiste, les Etats Membres ne me semblent pas réellement prêts à y répondre sous la forme d'une force commune intégrée. De plus- et surtout- une force commune aux ordres de qui ? du Conseil Européen? mais une décision collégiale à 28, à prendre dans l'urgence comme la situation l'exige le plus souvent serait totalement illusoire dans la composition et le fonctionnement actuels du Conseil .Il n'est qu'à voir les hésitations, les réserves et les délais de mise sur pied d'une mini-force commune (600 h) en Centre Afrique pour s'en convaincre. Aux ordres du Président de la Commission? mais les traités ne lui en donnent pas le pouvoir et cela supposerait de lui donner un pouvoir régalien réellement fédéral, ce qui semble totalement exclus au stade actuel de développement de l'UE.
Je suis néanmoins très satisfait que l'idée soit à nouveau lancée et notamment par le Président de cette nouvelle Commission, qui affiche une volonté forte de redynamisation de l'UE. A mon avis, cette prise de position , qui n'est pour l'instant que médiatique, qui ne s'appuie sur aucun texte officiel et qui a été faite, semble-t-il, en dehors de toute consultation, même informelle des chefs d'Etat, aura le mérite de sensibiliser les chefs d'Etat, tout au moins certains d'entre eux, à la nécessité et à l'urgence d'un effort significatif en matière de défense. Cela pourrait se traduire, tout au moins c'est ce que nous espérons à Eurodéfense,par la mise en oeuvre , toujours repoussée et pourtant si nécessaire et tant attendue, des possibilités offertes par le traité de Lisbonne, que cela soit la Coopération Structurée Permanente, la création d'un état-major opérationnel Européen permanent , la mise en pool de moyens militaires, notamment des hélicoptères d'attaque ou de soutien logistique( à l'instar de ce qui a été fait pour les avions de transport militaires), l'officialisation d'une certaine spécialisation des parties prenantes en fonction des capacités militaires qui sont reconnues à chacune et enfin au développement de la base industrielle et technologique de défense européenne en inscrivant notamment au budget de l'UE des crédits communautaires pour la R&D de défense sans parler , au plan opérationnel, du financement des opérations menées par l'UE.
Nous espérons que Barnier, en fait très proche des idées d'EuroDéfense, pourra oeuvrer dans ce sens auprès de Juncker dont il est le conseiller spécial en matière de défense. Il n'est pas exclus du reste que les déclarations de Juncker à ce sujet aient été inspirées par Barnier.
Donc affaire à suivre avec oh! combien d'intéret , mais également sans beaucoup d'illusions tant que les chefs d'Etat n'auront pas vraiment pris conscience qu'il est urgent de consacrer autant d'efforts à la défense qu'au social ou à l'éducation.
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