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A propos du meurtre de Boris Nemtsov.

Est-il raisonnable ici d'écrire la moindre chose concernant ce meurtre survenu rappelons le 27 février à Moscou. D'une part en effet d'innombrables commentaires ont déjà été faits, auxquels on ne voit pas quelle valeur pourrait ajouter le nôtre. D'autre part et surtout, la situation est si complexe, les intervenants si nombreux que de Paris et sans source spécifique d'information, il paraît bien présomptueux de prétendre formuler un point de vue pertinent.
Néanmoins, l'esprit humain est ainsi fait qu'il ne peut s'empêcher de juger – en l'espèce tenter de réfléchir pour son compte. Or voici donc ce qu'en ce matin du 1er mars, en attendant d'autres informations pouvant obliger à modifier ces propos, je ne peux m'empêcher pour ma part de suggérer, en réponse aux questions qui se posent concernant les instigateurs possibles de ce meurtre et les bénéfices qu'ils en attendent.

1. Vladimir Poutine est-il, directement ou indirectement, impliqué dans le meurtre? Aujourd'hui la quasi totalité des médias occidentaux, comme de ceux qui à titre personnel s'expriment sur ce sujet, répondent par l'affirmative. Ils n'attendent même pas les résultats de l'enquête diligentée par le Kremlin, dont ils affirment a priori qu'elle sera biaisée. A la veille d'une grande manifestation de l'opposition libérale, Poutine aurait voulu rappeler à ceux contestant son pouvoir qu'ils auront le même sort que d'autres opposants dont on dit qu'ils avaient été assassinés sur ordre du Kremlin. On ne voit pas cependant quel bénéfice Poutine aurait tiré de cet « avertissement » donné à l'opposition. D'une part celle-ci était jusqu'à présent extrêmement minoritaire et ne représentait apparemment pas une menace pour le pouvoir. D'autre part on pouvait prévoir que l'attentat, comme c'est aujourd'hui effectivement le cas, aurait un effet contraire à celui qu'aurait pu espérer Poutine. Il galvaniserait cette opposition, tant dans les rangs libéraux que sans doute aussi du côté des nationalistes radicaux.

On voit par contre déjà les immenses dégâts que feraient aux stratégies actuelles de la Russie le meurtre de Boris Newtsov, si d'une façon ou d'une autre il se révélait imputable à Poutine. Il rendrait impossible en Europe, que ce soit chez les citoyens ou près des gouvernements, notamment à Paris et à Berlin, d'afficher dorénavant la moindre connivence avec Poutine. Ceci suffirait à faire traiter ceux qui continueraient à ne pas condamner systématiquement Poutine d'esprits abusés, manipulés ou achetés, comme étaient réputés l'être les crypto-communistes d'avant la chute de l'URSS.

Quant au rapprochement en cours avec les pays du Brics, notamment la Chine, l'Inde et le Brésil, on ne voit pas davantage en quoi l'image d'un Poutine aux mains ensanglantés pourrait encourager les alliances en cours de concrétisation. Certes la Chine n'est pas tendre vis-à-vis de ses opposions internes, mais il est des choses qu'aux yeux des opinions elle ne pourrait pas paraitre accepter.

2. Si ce n'était Poutine, qui serait derrière l'assassinat? Les réponses possibles à cette question sont multiples. Nous en retiendrons deux pour le moment. La première conduirait à désigner le chaudron infernal de mouvements et groupes armés constituant le fer de lance le plus solide de Porochenko et du gouvernement de Kiev. Comme Poutine demeure jusqu'à présent le soutien le plus ferme aux opposants russophones regroupés sous le terme de Novorussie, tout ce qui peut l'affaiblir fait les affaires des plus extrémistes des militants au service de Porochenko – militants parmi lesquels se comptent de nombreux mercenaires recrutés par la CIA.

Une autre hypothèse n'est pas à exclure, sans rejeter pour autant la précédente. Derrière ceux qui soutiennent Porochenko se trouveraient désormais des militants de diverses mouvances islamistes radicales, qu'elles soient traditionnelles comme les tchétchènes ou recrutés plus récemment par l'Etat Islamique (Daesh). Or on ignore trop que se prépare une offensive générale des islamistes en direction des Etats principalement musulmans alliés de la Russie au sein de ce que Poutine espère regrouper sous le nom d'Union eurasiatique. Déconsidérer Poutine serait un premier pas vers la dislocation de cette union eurasiatique et un soulèvement généralisé de mouvements musulmans extrémistes au coeur même de la Russie. L'enjeu est on le voit considérable. Des informations fournies sur le site de Glenn Greenwald, The Intercept, apportent des éléments en ce sens. Voir l'article de Marcin Mamon https://firstlook.org/theintercept/2015/02/27/isa-munayevs-war/. Depuis la date où cet article fut écrit, il semblerait que l'afflux des combattants islamiques engagés dans une guerre à mort contre la Russie se soit renforcé.

3. Mais peut-on imaginer que les assassins de Boris Nemtsov, à supposer qu'ils aient été diligentés soit par l'opposition ukrainienne soit pas l'opposition islamiste, aient pu agir en toute impunité à Moscou, sous les fenêtres du Kremlin, ceci compte-tenu de l'omni-présence (probable) du FSB (ex KGB) dont rien ne permet de dire qu'il soit lui-même complice du meurtre. Dans de telles affaires, les historiens des attentats répondent que les meilleurs systèmes de surveillance ont toujours montré des failles. Mais si failles il y a eu, la seule réponse efficace de Vladimir Poutine serait de tenir sa promesse, fournir des preuves indiscutables dénonçant les auteurs de l'attentat, et si possible aussi leurs commanditaires.





01/03/2015
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