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Grèce. Miracle ou capitulation ?

Le miracle, un moment espéré par la gauche de Syrisa et par diverses gauches ou extrême gauches en Europe, se voulant résolument anti-Système, aurait été que le gouvernement, soutenu par des électeurs exaspérés par la baisse des niveaux de vie, n'accepte aucune des réformes imposées par l'eurogroupe et le FMI. En ce cas, il n'aurait eu d'autre alternative que sortir de l'euro, répudier ses dettes, accepter ce faisant une guerre financière et économique ouverte avec les autres pays européens et finalement s'extraire de l'Union européenne.
Ce faisant, il aurait du vivre par ses propres moyens, ce qui aurait été difficile pour un petit pays sans ressources naturelles autres qu'un tourisme devenu précaire 1) 

En fait, la solution aurait été de jouer la carte de la coopération avec la Russie et la Chine, autrement dit le Brics. Postulant son intégration au Brics, la Grèce aurait pu demander à bénéficier d'avances du fonds monétaire et de la banque Brics qui commencent à entrer en fonctionnement. Elle aurait pu proposer de s'intégrer, en complément voire en substitution de la Turquie, aux grands projets d'infrastructure et d'échanges lancés conjointement par la Russie et la Chine, par exemple héberger un terminal gazier et pétrolier au bénéfice de l'Europe du Sud, qui se serait substitué au défunt Southstream torpillé par l'Union européenne. Dans le même temps, elle aurait pu s'afficher ouvertement comme un des points d'arrivée de la Nouvelle Route de la soie chinoise. Aujourd'hui, elle a été obligée par la troïka à vendre le port du Pirée à la Chine, sans aucune contrepartie d'aucune sorte. On aurait pu imaginer une collaboration plus glorieuse, dans le cadre du Brics.

Le miracle grec ainsi esquissé aurait évidemment fait des émules parmi certains autres pays européens. C'est tout l'édifice de l'Union européenne, se révélant aujourd'hui de plus en plan bancal, qui aurait pu alors être repensé sur des bases plus équilibrées, entre pays riches et pays pauvres notamment. L'entrée de la Grèce dans le Brics aurait pu par ailleurs encourager les européens à réaliser un euroBrics dont le premier avantage aurait été de leur permettre de commencer à s'émanciper de la tutelle politique et économique du dollar et de Washington.

La capitulation

Ceci dit, aujourd'hui, le gouvernement d'Alexis Tsipras vient d'envoyer la liste des réformes exigées par l'Eurogroupe en échange d'une prolongation temporaire du plan d'aide à la Grèce. Si cette liste de réformes n'est pas validée par l'Eurogroupe, le programme d'aide, qui se termine normalement le 28 février, ne pourra pas être prolongé des quatre mois attendus. Dès lors, l'Etat grec se retrouvera au 1er mars sans soutien financier de ses créanciers – la Banque centrale européenne et l'Union européenne. Ses banques, qui ont subi de forts retraits de capitaux ces dernières semaines, pourraient vite se retrouver insolvables.

La « liste » exigée lors d'un énième « Eurogroupe de la dernière chance », vendredi 20 février, pour trouver un compromis entre les Grecs et leurs créanciers, reprend pour l'essentiel les exigences de Bruxelles. La plupart des réformes figuraient déjà sur le document établi par la « troïka » des créanciers, qui a imposé une sévère politique de rigueur au pays depuis 2010.

Les mesures « humanitaires » pour venir en aide aux Grecs les plus touchés par l'austérité figurent certes sur la liste, mais en toute dernière page. Le gouvernement, élu sur son programme anti-austérité, prévoit de « répondre aux besoins liés à la progression de la grande pauvreté grâce à l'accès à la nourriture, à un logement, aux soins », mais sans entrer dans les détails, et en précisant que ces politiques seront menées « en veillant à ce qu'elles n'aient pas d'impact budgétaire négatif ». Autrement dit, elles seront inapplicables.

Par ailleurs, pour qui connait un peu le fonctionnement des administrations publiques en Europe, comme le contexte historiquement frondeurs des Grecs, qu'ils soient riches ou pauvres, le gros des réformes paraît irréalisable. Ou plus exactement il faudrait plusieurs années avant de monter les structures administratives nécessaires et les faire fonctionner sans provoquer de nouveaux rejets de la population.

Comment la Grèce pourrait-elle se doter en quelques mois d'une administration censée lutter efficacement contre l'évasion et la fraude fiscales, ce que des pays pourtant mieux armés tels que la France ont le plus grand mal à réaliser? Comment éradiquer la corruption, toujours menaçante dans les pays riches et composante historique de l'histoire de la Grèce, d'une partie des Etats est-européens, en Russie et dans la Turquie voisine. Peut-on compter pour réaliser ces objectifs sur une modernisation rapide de l'administration fiscale (avec la poursuite de l'informatisation des déclarations), le renforcement de son indépendance à l'égard des pouvoirs, pouvoir central ou pouvoirs municipaux, comme à l'égard des grandes fortunes et de l'Eglise orthodoxe? La réponse est évidemment négative.

Quelques mesures d'économies pourraient certes être envisagées, en réduisant, entre autres, le nombre de ministères (de seize à dix), de « conseillers spéciaux » et les frais des députés ; en durcissant la réglementation en matière de financement des partis politiques...Mais rien de tout cela n'ira très loin. D'une part les bénéficiaires actuels de ces dépenses ne tarderaient pas à descendre dans la rue, comme en France les professions dites réglementées face à la loi Macron. D'autre part, il apparaitra vite aux plus démunis que les administrations supprimées seront les plus utiles au maintien des services publics et services sociaux dont la Grèce a le plus grand besoin.

D'ici à la fin avril, les Grecs et les Européens vont devoir affiner la liste, étudier sa faisabilité, disséquer ses moyens de financement. Puis, jusqu'à fin juin, ils auront deux mois pour mettre les réformes sur les rails... Ce n'est qu'à l'issue d'une « revue » des institutions sur place, que le pays pourra recevoir la dernière tranche d'aide qui lui revient dans le cadre du plan d'aide (environ 7 milliards d'euros).

La gauche de Syrisa s'annonce déjà trompée par le gouvernement Tsipras. Mais elle ne propose rien, même pas de suivre la politique radicale de rupture évoquée dans la première partie de cet article (Le miracle). Où va donc la Grèce?

Pour certains, le retour des « colonels » soutenus en sous-mains par des agents de la CIA, serait plus que probable

1) cf notre article du 06/02: La Grèce devrait désormais sortir de l'euro http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1653&r_id=
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Post scriptum. Sur le même sujet, voir

http://www.okeanews.fr/20150224-k-lapavitsas-economiste-et-depute-syriza-pose-5-questions-au-gouvernement?utm_source=wysija&utm_medium=email&utm_campaign=News+du+jour




24/02/2015
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 3
L'assasinat de la Grèce
26/02/2015 21:44:29 | Par : jpb
Voir un article sous ce titre sous http://lesakerfrancophone.net/lassassinat-de-la-grece/

Conseil européen du 19 mars
19/03/2015 14:27:05 | Par : JPB
Cet article est à relire, le 19 mars où le conseil européen examine le cas grec. Examine est un terme bien sympathique. Nous pourrions dire compte régler son compte à la Grèce de Tsipras. Plus que jamais, le rapprochement de celle-ci avec le Brics serait nécessaire.

Article à relire
19/03/2015 14:34:10 | Par : JPB
Plus que jamais, le projet Tsipras de se rapprocher de Moscou et du Brics, comme indiqué dans cet article, serait d'actualité en ce 19 mars le Conseil européen se prépare à faire rentrer la Grèce dans le rang
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