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La Hongrie de Victor Orban est-elle digne de rester membre de l'Union européenne?

C'est la question que se posent aujourd'hui gravement certains diplomates européens et divers média dont nul n'ignore qu'ils représentent la Voix de l'Amérique. La raison de ce procès tient à la visite de Vladimir Poutine à Budapest commençant le 17 février.

En apparence, cette visite n'a rien d'anti-européen et moins encore d'anti-américain. Il s'agira principalement d'examiner la coopération entre Hongrois et Russes dans le cadre du projet gazier Turkish Stream. Nous avons précédemment souligné combien l'abandon du projet South Stream, décidé par la Russie à la suite d'intenses pressions diplomatiques venant tant de Bruxelles que de Washington, était pénalisant pour l'Europe du sud - sans mentionner qu'il donne à la Turquie un dangereux pouvoir d'arbitrage sur des questions qui devraient relever exclusivement de la souveraineté européenne.

Quoiqu'il en fut, la Hongrie ne pouvait s'en tenir là. La Russie fournit près de 80% du pétrole et 70%  du gaz naturel consommés par le pays. Il est donc normal qu'elle discute avec la Russie les conditions devant permettre la poursuite de ces fournitures, ainsi que le rôle qu'elle pourrait jouer comme pays transitaire potentiel, permettant d'échapper au point de passage obligé par la Turquie. Un itinéraire de dérivation sera à cette fin envisagé.

Ceci admis, Bruxelles et les plus anti-russes des Etats européens, en tête desquels se trouve la Grande Bretagne, ne manquent pas de rappeler comment le premier ministre Victor Orban s'écarte de la bienséance libérale des autres dirigeants de l'Union. Il a été présenté depuis des mois comme un leader d'extrême-droite, pour ne pas dire néo-fasciste (selon les propos incendiaires du sénateur américain Mc Cain, jugeant comme à l'habitude de ce qui ne devrait absolument pas le regarder).

Il est vrai que Victor Orban a encouragé à titre interne différents mesures sociétales plus proches de celles de l'actuelle Russie que des pratiques communes à l'Union européenne, en matière de droit constitutionnel notamment 1) Mais il ne s'agissait en fait que de réformes mineures ne justifiant pas qu'il soit mis au ban de la communauté européenne. Les autres pays, s'estimant à tort ou à raison plus démocratiques ou plus libéraux, n'étaient pas obligés de les adopter.

L'Empire austro-hongrois

Les critiques venant de l'Europe oublient d'ailleurs complètement le passé fier et indépendant de la Hongrie au sein de l'empire austro-hongrois avant la guerre de 1914. Il en est resté quelques traits dans les moeurs politiques du pays. Les touristes ne s'y trompent pas, qui recherchent particulièrement lors de séjours à Budapest ou de croisières sur le Danube les restes de la splendeur passée et de l'ancien esprit d'indépendance. Ces traits spécifiques à la Hongrie la rapprochent évidemment de la Russie actuelle, ce que les anglo-américains supportent mal.

Ceci dit, les défenseurs de la démocratie au modèle européen, s'exprimant en Hongrie par la voix de nombreuses ONG américanophiles que Washington aimerait bien mobiliser au service de futures révolutions orange susceptibles de renverser Victor Orban, n'ont encore que peu de prétextes à se mobiliser. Le Premier ministre a toujours pris soin de rappeler à ses collègues européens qu'il n'entendait pas mettre en cause le fonctionnement de l'Union. Ainsi la visite de Vladimir Poutine n'est pas présentée comme un « sommet russo-hongrois », Bruxelles estimant que de tels sommets entre un Etat membre et la Russie n'étaient pas concevables (sic). Il s'agit donc d'une simple réunion de travail.

Nécessairement cependant, à une époque ou l'Europe s'interroge sur la volonté ou l'absence de volonté du gouvernement grec de s'affranchir des aspects les plus destructeurs de la tutelle de l'Union européenne, la visite de Vladimir Poutine et ses suites auront certainement des échos à Athènes. Alexis Tsipras ira-t-il jusqu'à proposer au président russe une « réunion de travail » non loin de l'Acropole pour discuter d'éventuelles coopérations économiques et financières?

1) En juillet 2014, Victor Orbán avait déclaré à Baile Tunad que la Hongrie veut construire « une société basée sur le travail qui assume [...] ne pas être de nature libérale », « un État illibéral et non pas un État libéral, sans renier les valeurs fondamentales du libéralisme comme la liberté ». Il justifiait cela par le fait que « l'État hongrois libéral n'a pas protégé le pays de l'endettement, n'a pas protégé les familles de l'esclavage de la dette », et que « le thème à succès aujourd'hui dans la réflexion politique est de comprendre les systèmes qui ne sont pas occidentaux, pas libéraux, pas des démocraties libérales, peut-être même pas des démocraties, et qui apportent quand même le succès à leurs nations, [...] Singapour, la Chine, l'Inde, la Russie, la Turquie ». Ces déclarations ont été présentées comme inquiétantes par la presse internationale sous influence américaine. Où voulait-il en venir? 



16/02/2015
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