Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

Nouvelle offensive contre la présidente de l'Argentine Cristina Kirchner ?

Dans un article du 2 aout 2014 « L'Argentine menacée d'un défaut de paiement 1) nous indiquions que le capital financier américain, très présent en Argentine et soutenue par la diplomatie de Washington, s'efforce depuis de nombreux mois de provoquer la chute de l'actuelle présidente de l'Argentine Cristina Kirchner.
 Celle-ci, même si elle loin de mener une campagne déterminée pour la re-conquête de l'indépendance argentine à l'égard de l'Amérique, sur le mode de ce que fit en son temps le président chilien Salvador Allende, ne manifeste sans doute pas encore la docilité attendue d'un dirigeant d'Amérique Latine à l'ancienne mode. Elle a par ailleurs le plus grand tort de flirter avec le Brésil et ses partenaires du BRICS, notamment la Russie, en vue de faciliter les projets du même BRICS visant à provoquer un début de dédollarisation de l'économie mondiale. .

Il n'est donc pas étonnant que constamment se produisent des opérations de déstabilisation à son encontre dont la plupart ne sont pas remarquées par l'opinion internationale. La mort mystérieuse du procureur Alberto Nusman représente-t-elle une opération de déstabilisation mieux réussie que les autres? Nous n'avons évidemment, pas plus que d'autres observateurs mieux introduits, la possibilité d'en discuter avec suffisamment d'arguments. Cependant connaissant le climat politique en Argentine, que les Etats-Unis semblent considérer encore comme relevant de la doctrine de Monroe, il n'est pas interdit de se poser des questions 2)

Rappelons que le 18 janvier, le procureur argentin Alberto Nisman était retrouvé mort alors qu'il accusait Cristina Kirchner d'entrave à la justice. Près d'un mois plus tard, le procureur qui a repris l'affaire, Gerardo Pollicita, a renouvelé cette accusation. Selon celle-ci, la présidente aurait couvert Téhéran, soupçonné d'être l'instigateur de l'attentat antisémite perpétré le 18 juillet 1994 à la mutuelle juive AMIA (Asociación Mutual Israelita Argentina), qui avait coûté la vie à quatre-vingt-cinq personnes. Le tout dans le but de promouvoir les relations commerciales de l'Argentine avec l'Iran.

Il est de fait que, selon des sondages difficilement vérifiables, plus de 70 % des Argentins ne croient pas au suicide d'Alberto Nisman. L'histoire récente de l'Argentine est ponctuée de morts douteuses, aux allures criminelles, jamais éclaircies. Ces jours-ci, des manifestations de rue réclamant toute la lumière sur l'affaire Nisman se sont produites à Buenos-Aires. Mais quand on sait comment de telles manifestations peuvent être organisées par des services en relation avec la CIA, afin de provoquer un changement de régime, on a le droit de rester dubitatif.

Quant à l'accusation, n'ayant évidemment pas eu l'accès au dossier, nous ne pouvons prétendre en discuter les fondements. Disons seulement à première vue que l'Argentine, même dans une situation économique difficile, n'aurait guère besoin du soutien de Téhéran, particulièrement compromettant. Celui des pays du BRICS devrait lui suffire, sans mentionner celui de certains pays de l'Union européenne. A supposer que la mort d'Alberto Nusman n'aie pas été un suicide, il n'est pas nécessaire de chercher longtemps avant de trouver d'autres intérêts économiques et politiques pour qui cette mort rendrait service, en vue de provoquer la chute de Cristina Kirchner.

Il n'est pas exclu que, en dehors de l'Argentine, de telles opérations soient conduites prochainement au Brésil et au Vénézuela, pour provoquer là-aussi des changements de régime. La présidente Dilma Rousseff, semble-t-il, en est pleinement consciente. Que Dieu la garde.

Notes

1) Dans cet article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1441, nous indiquions notamment ceci: « L'Argentine avait été invitée à la dernière réunion des BRICS à Fortaleza. A l'époque, Mme Kirchner n'avait pas évoqué, sauf à mots couverts, le défaut de paiement qui la menaçait. L'occasion aurait cependant été bonne pour elle de dénoncer le jeu des spéculateurs américains (notamment les fameux fonds vautours) soutenus par la législation des Etats-Unis, s'acharnant sur un pays fragile.

Certes la gestion de la présidence Kirchner n'était pas irréprochable, au contraire. Mais aujourd'hui, à supposer que le pays veuille redresser la barre, tout se conjugue de la part du système financier dont le centre est aux Etats-Unis, pour l'enfoncer davantage. Jusqu'où? Sans doute jusqu'à ce que pour payer ses dettes, l'Argentine vende au plus offrant, comme le fait la Grèce en Europe, les ressources dont elle dispose encore. Un changement de régime s'en suivrait alors (regime change) et un dictateur à la Peron, soutenu par les Etats-Unis dont il se ferait le champion, pourrait prendre le pouvoir pour 20 ans.

La Chine et la Russie ont bien vu le rôle que les pays du BRICS pourraient jouer pour faire échapper les émergents à l'emprise du dollar. En visite officielle à Buenos Aires, à la mi-juillet, le président chinois avait promis d'importants investissements en Argentine, en particulier dans les secteurs énergétiques. Quelques jours auparavant, le président russe, Vladimir Poutine, également en visite à Buenos Aires, a lui aussi exprimé son intérêt pour les importantes réserves argentines en pétrole et en gaz. Il ne s'agit pas d'offres désintéressées, au contraire. Elles auraient cependant l'avantage, si l'Argentine donnait suite à ces propositions, de faire intervenir des investisseurs susceptibles de contrebalancer l'influence actuelle écrasante de Wall Street et de Washington. On peut penser par ailleurs que le futur fonds monétaire et la future banque d'investissements décidés par les BRICS pourraient à terme mieux aider l'Argentine que le FMI et la Banque mondiale, à reconquérir son indépendance, même si leurs ressources n'étaient pas initialement suffisamment importantes pour faire face à des besoins importants.

2) Le 2 décembre 1823, lors de son septième message annuel au Congrès, le président américain James Monroe a déclaré que « l'Amérique du Nord et du Sud ne sont plus ouvertes à la colonisation et que toute intervention européenne dans les affaires du continent sera perçue par les Etats-Unis comme une menace pour la sécurité et la paix. En contrepartie, les États-Unis n'interviendront jamais dans les affaires européennes ». On sait ce qu'il en est aujourd'hui, la doctrine continue à être appliquée dans toutes les affaires centre et sud-américaines, mais elle ne l'est plus du tout dans les affaires européennes, où les interventions américaines sont permanentes.


14/02/2015
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire