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L'Egypte à la Une

En France, l'Egypte du président Abdel Fattah al-Sissi est régulièrement présentée par diverses associations comme une dictature ne faisant aucun cas des « droits de l'homme ». Ceci parce que son gouvernement, constamment attaqué par des djihadistes dans le Sinaï ou par des militants islamistes armés se référant à la Confrérie des Frères Musulmans, se défend d'une façon quelque peu brutale. Il faut pourtant savoir ce que l'on veut 1).
Veut-on qu'une nouvelle forme de l'émirat islamique s'installe au Caire, menaçant dorénavant directement l'Afrique et l'Europe? Loin de lui faire des difficultés, au nom des « droits de l'homme », l'Europe devrait voir dans Abdel Fattah al-Sissi un partenaire stratégique d'une extrême importance, méritant au moins autant d'égards qu'un Recep Tayyep Erdogan à la démarche de plus en plus inquiétante.

C'est en tous cas ce qu'a bien compris Vladimir Poutine, qui termine ce 10 février une visite officielle de deux jours en Egypte. Les conclusions de la rencontre n'ont pas été encore publiées intégralement ce soir, mais les éléments déjà annoncés sont du plus grand intérêt.

Il s'agit d'abord d'une coopération diplomatique d'ensemble. Elle doit permettre à l'Egypte de s'émanciper de l'influence des Etats-Unis, jugée au Caire comme irresponsable et orientée exclusivement vers la défense des intérêts américains. Elle vise également à mieux conjuguer les efforts des deux pays dans la lutte contre l'Etat islamique. Sur ce plan l'Egypte ne souhaite pas soutenir directement la coalition hétéroclite montée par les Etats-Unis dans la lutte contre DAESH. Elle comporte des mesures anti-Bashar al Assad en Syrie qui ne sont acceptables, ni par la Russie ni par l'Egypte.

Mais ce sont les aspects économiques des futures relations russo-égyptiennes qui retiennent l'attention. Nous évoquons régulièrement ici l'intérêt des mesures de grande ampleur que les pays membres du BRICS ont décidé de mettre en oeuvre. Or clairement Vladimir Poutine est venu au Caire proposer à l'Egypte de s'associer au BRICS. Il s'agira d'abord de permettre la facturation des échanges commerciaux et touristiques entre les deux pays en utilisant les monnaies nationales respectives. Autrement dit, il s'agira d'un pas important de plus dans le programme de dédollarisation proposé par la Russie à ses partenaires du BRICS.

De plus, le ministre égyptien de l'Industrie, Mounir Fakhri Abdel Nour, a annoncé de la signature d'un contrat entre l'entreprise de gaz russe Gazprom et la compagnie nationale gazière égyptienne EGAS portant sur la livraison de gaz naturel liquéfié pendant cinq ans. La Russie montre ainsi que les politiques de sanctions imposées par les Etats-Unis à son industrie pétrolière n'empêche pas cette dernière de continuer à être prospère. D'autres programmes économiques communs sont à l'étude, par exemple concernant la protection de l'environnement. Dans le domaine de l'industrie de l'armement, par ailleurs, des accords sont en cours de négociation.

Rôle de la France ?

Si la coopération égyptienne ainsi mise sur les rails ne se cache pas de chercher à limiter l'influence américaine, ira-t-elle jusqu'à concurrencer la coopération avec d'autres Etats européens? Il ne semble pas pour le moment que ceci soit dans les intentions des deux chefs d'Etat. La France sera particulièrement sensible à la place qui pourra lui être faite dans la nouvelle Egypte. On sait qu'un contrat important de fourniture de matériel aéronautique et naval est en cours de discussion. La volonté française traditionnelle d'échapper en ce domaine à l'écrasante domination que l'Amérique impose à ses allées devrait représenter une carte favorable, tant aux yeux de Abdel Fattah al-Sissi qu'à ceux de Vladimir Poutine, pourtant grand promoteur des exportations de matériel militaire russe. 2)

1) Comme nous l'exprimions dans un article de août 2013 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1157

2) Encore faudra-t-il que la France, en mettant fin à l'embargo scandaleux qu'elle exerce sur la livraison des deux porte-hélicoptères de type Mistral acquis par la Russie, montre qu'elle n'est plus dorénavant aux ordres de Washington.



10/02/2015
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