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D'offensive, la guerre américaine pour la suprématie devient progressivement défensive.

A supposer que survienne dans les prochains jours une stabilisation de la situation en Ukraine faisant une place convenable à l'Est russophone, imposée à Kiev par un accord entre la Russie et les Européens, peut-on penser les Etats-Unis cesseront pour autant de pousser à la guerre contre la Russie, en Ukraine et ailleurs? On peut craindre qu'il n'en soit rien.
Il faut bien voir en effet que les Etats-Unis sont engagés dans un effort global pour imposer leur domination au monde entier. Cet effort n'est pas nouveau. Il a pris une ampleur tous azimuts depuis la seconde guerre mondiale. Il s'agissait et s'agit encore aujourd'hui d'une démarche principalement offensive: faire régner partout la suprématie américaine. Le récent rapport dénommé Stratégie pour la Sécurité Nationale, que vient de produire l'administration Obama, avec l'accord du président, est très explicite à cet égard 1)

Mais aujourd'hui, la démarche offensive se double d'une démarche défensive. Les stratèges américains ont bien compris que la Russie demeure plus que jamais pour l'Amérique une menace quasi existentielle. Ceci non pas principalement parce qu'elle dispose de l'arme nucléaire et de moyens militaires conventionnels modernisés, mais parce qu'elle est le principal moteur d'une réorganisation géostratégique du monde dont nous avons souvent parlé ici, qui se nomme le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et quelques autres).

Or si les objectifs annoncés par le BRICS se finalisaient (dédollarisation, Fonds monétaire et Banque mondiale BRICS, grands programmes économiques BRICS), il en serait fini du monopole imposé par Washington, la Banque fédérale et le dollar au reste du monde. De plus, dans le cadre du BRICS ou dans des structures telles que l'Organisation de coopération de Shanghai, d'autres rapprochements entre la Russie et la Chine pourront se développer, notamment dans le domaine militaire.

Ces relations bien avancées entre Russie et Chine sont déjà perçues à Washington comme s'opposant directement à la politique américaine dite du « pivot vers l'Asie », tendant à encercler puis affaiblir la Chine. Depuis au moins deux ans, celle-ci est considérée au même titre que la Russie comme un adversaire potentiel dont il faut par tous les moyens limiter la montée en puissance. Il est clair dans cette optique que si la Russie de Poutine s'effondrait sous les diverses agressions diplomatiques, économiques et éventuellement militaires menées contre elle en Ukraine et ailleurs, notamment au Moyen-Orient, il en serait de même de la Chine. Celle-ci ne s'effondrerait peut-être pas à proprement parler, mais elle cesserait d'être dangereuse. Washington pourrait alors la manipuler, comme il essaye constamment aujourd'hui de manipuler l'Inde.

Une guerre sur des fronts multiples.


Mais comment faire disparaître la Russie en tant que puissance? La Russie reste forte malgré les diverses sanctions imposées par Washington. Par ailleurs,en dehors même du BRICS, elle dispose d'un minimum d'alliances diplomatiques. Celles proviennent notamment de grands pays européens. Comme l'ont montré les entretiens Merkel, Hollande, Poutine de ces derniers jours, ni l'Allemagne ni la France ne veulent pour leur part renoncer aux multiples avantages de la coopération économique et culturelle avec la Russie. Pour vaincre ces diverses résistances, les Etats-Unis devraient donc mettre les grands moyens, en mobilisant l'ensemble des leviers dont ils disposent dans le monde.Un article récent du polémiste américain Mike Whitney en fait un recensement détaillé 2)

A le lire, on pourrait conclure que l'Amérique dispose de tant d'armes diverses pour déstabiliser la Russie, bien au delà du champ de bataille ukrainien, que celle-ci, malgré sa résilience, ne pourra pas les surmonter. L'article est effectivement à méditer. Cependant, dans la suite de ce que nous exposions plus haut, nous pensons que l'auteur sous-estime, pour des raisons qui nous échappent (??. voir notre commentaire note 2) l'impact considérable sur les équilibres mondiaux actuels qu'aura la mise en place effective des accords BRICS. Ainsi rien que dans le domaine du gaz, les accords russo-chinois concernant la vente de gaz russe à la Chine devraient atténuer sensiblement les conséquences sur le rouble de la baisse du prix du baril imposée actuellement par l'Amérique afin d'affaiblir Moscou.

Il est difficile de dire aujourd'hui si la connivence Poutine, Merkel et Hollande se poursuivra. Mais si elle se poursuivait, on peut penser que les intérêts économiques allemands et français pousseraient pour qu'elle s'étende à d'autres domaines, ce contre quoi les Etats-Unis ne pourraient rien faire, sauf à provoquer des attentats sous faux drapeau destinés à détruire les relations euro-russes. Bien plus, ce pourrait être à cette occasion que pourrait enfin s'amorcer, au delà de la seule Russie une coopération euroBRICS – le cauchemar de Washington - garantissant, notamment dans la perspectives des grandes crises environnementales à venir, de meilleures chances d'adaptation pour l'ensemble des pays concernés.

Notes

1) Voir l'article du WSWS sur ce sujet https://www.wsws.org/en/articles/2015/02/07/nssd-f07.html

2) Voir l'article "L'option Fallujah pour l'Ukraine de l'Est" http://www.legrandsoir.info/l-option-fallouja-pour-l-ukraine-de-l-est-counterpunch.html
Précisons que si l'on peut étudier les arguments présentés dans ce genre d'article comme sur ceux d'autres sites dits alternatifs américains, il faut aussi s'en méfier. Il s'agit souvent, sous un affichage anti-Système, de propager des informations servant en fait la suprématie du Système américain .La CIA n'est sans doute pas loin.

08/02/2015
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