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Le 6 février 2015, date historique ?

Le 6 février 2015 a vu dans la soirée les trois chefs d'Etat Poutine, Merkel et Hollande conférer pendant 5 heures sur les perspectives d'amélioration des relations entre la Russie et l'Europe. Cette réunion à elle seule a constitué un fait remarquable: celui où dans un domaine qui devrait exclusivement intéresser ces deux continents, les Etats-Unis ne soient pas invités.
Certes, ils n'étaient pas loin, de même que le catastrophique président de l'Ukraine Porochenko. Ils n'ont pas manqué de faire savoir que Merkel et Hollande agissaient avec leurs complet accord. Pour un peu Washington aurait annoncé que l'Allemande et le Français n'étaient pas intervenus de leur chef, mais pour porter un message, sinon un ultimatum, au Russe.

Il reste que dans l'image de cette conférence, Poutine, Merkel et Hollande sont seuls à la table de négociation. Le symbole est déjà important. Quel que soit la suite qu'aura la rencontre, le fait que les chefs d'Etat allemand et français aient enfin réalisé ce que depuis des mois une grande partie de leurs opinions attendait d'eux, s'affranchir un tant soit peu du suprématisme américain, vaut d'être noté.

On notera aussi que l'Allemagne et la France ont aussi osé s'affranchir de l'écrasante tutelle des institutions européennes de Bruxelles, notamment du furieusement anti-russe Donald Tusk, que le hasard des rotations a propulsé pendant 2 ans et demi à la tête du Conseil européen. Le polonais Donald Tusk que l 'on verrait mieux drapé dans la bannière américaine que dans celle de l'Europe.

Ces évènements suffiront-ils à faire du 6 février une date historique? Il serait prudent pour en juger d'attendre les suites immédiates de la réunion tripartie, qui devraient être connues dans quelques jours. Mais dès maintenant, à la date du 7 février où ce billet est écrit, nous pouvons préciser de quelle histoire, de quelle Histoire le 6 février pourrait être la date.

La mort programmée de l'Europe

Une première Histoire serait celle qui verrait l'Amérique réussir ce qui est son principal objectif depuis la chute du communisme, détruire la Russie actuelle en tant que puissance militaire et diplomatique indépendante. Est-ce son objectif, objectera peut-être le lecteur? Ne voit on pas Obama rester encore un peu prudent dans la guerre engagée contre la Russie? Mais ceux qui observent de près l'ambiance politique régnant actuellement outre-atlantique sont sans illusions. Les néo-cons, relayés par la très grande majorité du Congrès, ne cessent d'affirmer une posture plus qu'agressive. Ils seront bientôt rejoints semble-t-il par Hillary Clinton si celle-ci accède à la présidence. Par ailleurs l'omni-présent lobby militaro-industriel, à qui la guerre portée en Ukraine par Obama a déjà apporté des profits inespérés, ne peut que favoriser un réarmement général de l'Amérique. Alors la contrainte des restrictions budgétaires cessera de se faire sentir à son égard.

Or si dans cette marche inéluctable à la guerre entre la Russie et ce que la propagande américaine continue à nommer l'Occident, lequel terme mobilise les européens sans jamais les consulter, le 6 février 2014 marque un pas décisif et irréversible vers l'armement de l'Ukraine, une mobilisation accrue sur le terrain des forces de l'Otan, une rupture radicale des relations diplomatiques et économiques entre l'Europe et la Russie, ce 6 février sera bien une date historique, mais d'une triste Histoire, tel que l'attentat de Sarajevo l'a été pour l'histoire de l'Europe en 1914.

Une autre Histoire

Ce serait celle, faut-il le préciser, qui verrait enfin s'organiser des coopérations stratégiques entre l'Europe et la Russie, plutôt qu'une régression continue des relations que l'on attendrait de pays partageant le même espace eurasiatique. Nous avons ici plusieurs fois montré l'intérêt de ce que pourrait être une véritable alliance euro-russe. Mais avant même d'en arriver là, les champs de travail en commun dans les domaines énergétiques, économiques, environnementaux, scientifiques, sont si nombreux que des gouvernements européens refusant d'en convenir signeraient véritablement la mort de l'Europe et de la civilisation qu'elle représente.

Faut-il rappeler que coopération avec la Russie ne signifierait pas soumission aux stratégies de cette dernière. Il s'agirait d'une coopération d'égal à égal, que l'Europe est encore assez puissante pour se permettre. Cette coopération serait d'autant plus facilitée que la Russie d'aujourd'hui n'est en rien ce que les esprits pénétrés d'atlantisme viscéral veulent en faire, une sorte d'empire bismarkien-national-socialiste assoiffé de lebensraum vers l'Ouest. Elle a bien d'autres soucis. Il s'agit pour elle de trouver une place correspondant à ses intérêts de demain dans les grands ensembles géopolitiques en train de se mettre en place, le Brics et l'Organisation de coopération de Shanghai notamment.

Dans ces ensembles, qui seront enfin capables de remettre à sa place l'Empire américain, l'Europe aurait toute sa place. C'est pourquoi aujourd'hui Washington cherche à en faire définitivement l'ennemie de la Russie. Si le 6 février 2015 marquait enfin la prise de conscience par l'Europe de ses véritables intérêts, alors il s'agirait effectivement d'une date historique.

Mais ne rêvons pas. Le pire survient généralement plus vite que le meilleur.

07/02/2015
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