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La Grèce devrait dorénavant sortir de l'euro

De plus en plus de commentateurs s'interrogent aujourd'hui sur l'intérêt de la zone euro. Certes, la monnaie commune peut apparaître comme un utile complément à l'Union européenne, l'Union européenne elle-même étant présentée comme permettant aux Etats européens de peser collectivement dans un monde dominé par les Etats-Unis. Mais l'expérience de ces dernières années à montré qu'il n'en était rien.

Loin de prendre de l'indépendance à l'égard de ces derniers, notamment pour se rapprocher d'autres centres géopolitiques émergents, en premier lieu ceux du Brics, les gouvernements européens ont accepté de continuer à servir docilement la suprématie américaine. Ceci s'est traduit au plan de la zone euro. Les Etats membres de celle-ci n'ont pas voulu faire de l'euro l'auxiliaire d'une stratégie visant à se constituer en une union fédérale solide. Pour cela, il aurait fallu qu'ils acceptent une harmonisation fiscale et réglementaire. Il aurait fallu également qu'au lieu d'ériger la Banque centrale européenne (BCE) en autorité indépendante, ils en fassent l'instrument d'une politique de puissance commune, comme l'est la Banque fédérale américaine pour Washington.

La plupart des observateurs estiment aujourd'hui que l'Union européenne et avec elle la zone euro, ont principalement eu comme résultat d'assurer, au sein d'une zone dollar toujours dominante, un rôle de brillant second au profit de l'Allemagne. Ceci n'est pas faux, comme le montre aujourd'hui l'acharnement de Berlin pour éviter toute réforme de l'euro et du statut de la BCE. Mais il s'agit d'un calcul à courte vue. Les puissances internationalement dominantes sont aujourd'hui et resteront demain bien supérieures en force à celle d'une zone euro fut-elle dominée par l'Allemagne, où les autres membres perdraient progressivement du poids. Au sein de la zone euro telle qu'elle actuellement pratiquée, l'Allemagne restera toujours une brillante seconde de l'Amérique, alors qu'au sein d'une zone euro conçue comme un instrument collectif au service de l'Europe toute entière, elle aurait pu acquérir, en le partageant avec les autres, un poids égal à celui de l 'Amérique.

Cette évolution de la zone euro, au profit grandissant de l'Allemagne et de quelques uns de ses alliés fidèles mais de moindre importance, pose à tous les autres pays, en premier lieu à la France, la question de savoir s'ils ont intérêt à demeurer au sein de la zone. Il y a encore un an, la question n'avait guère de sens, sauf pour des eurosceptiques convaincus. Mais aujourd'hui, le mépris avec lequel les institutions européennes, appuyées par le FMI, c'est-à-dire par l'Amérique, ont accueilli les demandes du nouveau gouvernement grec visant à sortir de l'enfermement imposé par le statut de l'euro, fait réfléchir tous les autres Etats. Même s'ils ne sont pas dans une situation aussi difficile que celle de la Grèce, ils pourraient très vite s'y trouver demain.

Diktat de la BCE, Diktat de l'Allemagne

On sait que la BCE a décidé le 4 février de suspendre l'exception qu'elle consentait à la Grèce, le fait d'accepter temporairement les obligations d'État grecques émises pour soutenir les prêts des banques grecques à l'économie. Ceci en réaction punitive à la volonté manifestée pourtant très diplomatiquement par le gouvernement grec, en vue d'obtenir un allégement du remboursement de la dette grecque, dette dont rappelons le l'actuel gouvernement n'est en rien responsable.

On peut craindre que cette décision intransigeante de la BCE, évidement soutenue sinon provoquée par l'Allemagne ne provoque dans les jours qui viennent à Athènes une panique bancaire. Les banques grecques auront un grand besoin de liquidités. Elles pourront en demander à la BCE dans le cadre d'un programme d'aide urgente à la liquidité bancaire nommé ELA. Mais ce programme est soumis aux règles de la Troïka et il n'a été renouvelé que jusqu'au 28 février. Autrement dit, il n'offre aucune perspective d'avenir.

Que peut faire le gouvernement grec, dont les décisions seront attentivement suivies par tous les gouvernements et mouvements politiques voulant en Europe, chez eux aussi, diminuer le poids d'une dette et des mesures d'austérités accablantes en résultant?

Il pourrait capituler, mais ce serait sa mort politique et sans doute avec celle-ci la mort de tout espoir en la démocratie qui pouvait subsister en Grèce. Une manifestation spontanée de quelques milliers de personnes décidées à soutenir le gouvernement vient de se produire à Athènes. D'autres s'ensuivraient nécessairement. Un sondage récent a montré que 70% des Grecs, bien plus que ceux qui ont voté Syrisa le 25 janvier, soutiennent le gouvernement et le pensent capable de mener une véritable politique de survie pour le pays.

A défaut de capitulation le gouvernement grec pourra essayer de mettre en place des contre-mesures. Certaines seront nécessairement très mal reçues, telle la fermeture momentanée des banques ou une limitation aux retraits des particuliers. D'autres seront plus techniques, telle celle visant à autoriser la Banque centrale de Grèce à prêter aux banques. Mais les unes et les autres n'auront qu'une portée et surtout une durée limitée. Les ressources de la Banque grecque sont limitées. Très vite, le « défaut » de la Grèce, précédé par la fuite de ce qui restait des activités productives de ce pays, s'ensuivrait. Il s'agirait en fait d'une sortie de la zone euro, imposée sans gloire et par le petite porte.

Sortir volontairement de l'euro

Or une sortie volontaire serait bien entendu dès maintenant possible. Elle pourrait être présentée aux électeurs comme la conséquence des exigences inadmissibles tant de la BCE que de l'Union européenne et en premier lieu de l'Allemagne.

En cas se sortie la Grèce serait dans une meilleure situation qu'elle ne l'était en 2010. Comme l'écrit sur son blog Jacques Sapir (il est vrai adversaire ancien et déterminé de l'euro): «  A cette époque, le budget était gravement déséquilibré. Aujourd'hui, le budget est équilibré au niveau du solde primaire, ce qui revient à dire que si la Grèce n'avait aucune dette (et donc pas d'intérêts à rembourser) elle n'aurait nul besoin d'emprunter à nouveau, et bénéficierait même d'un excédent. La balance commerciale, elle, est légèrement déficitaire. Mais, compte tenu des élasticités-prix qui peuvent être calculées, si la Grèce dévaluait de 30% à 35%, elle accroîtrait ses exportations de manière significative et serait en excédent. Signalons d'ailleurs qu'une dévaluation de la monnaie grecque accroîtrait les ressources fiscales en monnaie locale, provenant des armateurs car ces derniers opèrent en dollars. Quant aux investissements directs dans ce pays, on imagine sans peine qu'avec un budget à l'équilibre, un solde commercial positif et un avantage compétitif très sérieux sur ses concurrents, ils ne tarderaient pas à affluer ». Bien entendu, la Grèce ferait défaut sur sa dette dans le cas d'une sortie de l'Euro. Mais, n'ayant plus à emprunter, elle ne risque rien à se couper de ses créanciers. Au-contraire, ce sont ces derniers qui viendront à résipiscence, comme le montre l'histoire des nombreux pays qui sont passés par un défaut sur la dette.

Une dévaluation de 30% à 35% redonnerait à l'économie non seulement sa compétitivité mais elle permettrait au gouvernement d'avoir des marges de manœuvres dans le domaine social, en même temps qu'il en aurait par le défaut de fait sur la dette.(Voir http://russeurope.hypotheses.org/3397)

Bien évidemment, le fait de sortir de la zone euro en répudiant la dette souveraine pénaliserait tous les créanciers, et pas seulement les intérêts spéculatifs. De nombreux petits épargnant européens en seraient les victimes. Mais le gouvernement pourrait envisager des mesures lui permettant de ne pas frapper définitivement ces épargnants. Il pourrait par exemple décider d'affecter dans les prochaines années au remboursement de quelques dettes judicieusement choisies, une partie des bénéfices que pourrait procurer à l'économie grecque une possible reprise de la croissance découlant de sa sortie de l'euro.

06/02/2015
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