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Et si François Hollande se redonnait une vraie légitimité?

Nous ne faisions pas ici allusion à la façon dont le président de la République a géré la suite des attentats du 11 décembre, façon très appréciée et qui lui a permis une sensible remontée dans les sondages. Non. Nous faisons allusion à l'occasion historique qu'il aurait de réinscrire la France au rang des grandes puissances en négociant un accord sans arrière-pensées, complet et durable, avec la Russie de Vladimir Poutine. Il s'agirait par cet accord d'établir un pont entre l'Europe et l'Eurasie dont la France et la Russie devraient être les deux piliers porteurs.


En fait François Hollande n'a guère d'autre choix que ressusciter la vieille entente franco-russe, sauf à accepter que dans la seconde moitié de son règne, la France ne devienne le 17e Land de la République Fédérale d'Allemagne. Cet amenuisement est en bonne voie pour le moment. Tous les diplomates européens savent que l'état d'esprit de la chancelière Merkel est celui de quelqu'un qui se sent prêt à diriger l'Union Européenne. Comme nous l'avons relevé plusieurs fois, elle parle désormais au « nom de l'Union Européenne ». En France, l'influence industrielle et financière allemande vient à la seconde place derrière celle des intérêts américains. Sait on que l'Allemagne a déjà complètement remplacé la France au sein d'Airbus, que les naïfs français croient encore être un des fleurons de l'industrie aéronautique nationale. Jusqu'à une période récente, l'Union Européenne c'était, pour simplifier, l'économie de l'Allemagne avec la voix de la France. Maintenant, c'est l'économie de l'Allemagne avec la voix de l'Allemagne.

Si François Hollande, sans remettre en cause la participation à la zone euro et moins encore à l'Union européenne, s'opposait plus directement à la gouvernance allemande, notamment à la Banque centrale européenne, ou dans les relations avec l'Ukraine, il pourrait compter sur le soutien de la Russie. Le moment est favorable car l'opinion française semble se lasser de se voir entrainer par Berlin et derrière Berlin, par Washington, dans un Poutine-bashing systématique. Ceci d'autant plus que, à la suite des attentats de Paris, le rôle que pourrait jouer la Russie, expert reconnu internationalement de la lutte contre le terrorisme, serait un argument fort qui pourrait changer durablement l'image de ce pays dans nos médias.

Plus généralement, les intérêts français, agricoles, industriels, scientifiques, culturels, poussent la France à sortir de la guerre froide contre la Russie imposée par l'Amérique, qui leur coûte de plus en plus cher. Si la France prenait la tête d'un mouvement d'émancipation à l'égard de l'Otan, ses relations diplomatiques et les intérêts des entreprises françaises en Russie s'en trouveraient renforcés. Il n'est pas vrai que, contrairement d'ailleurs à ce que pronostiquent les diplomaties américaines et allemandes, la Russie ait définitivement résolu d'abandonner l'Europe à ses humeurs et de se tourner vers la Chine et autres pays du Brics. Si elle le fait actuellement, c'est parce qu'elle s'est heurté jusqu'à présent aux rebuffades de la France, bien illustrées par la déplorable affaire des BPC Mistral.

Un mouvement de fond

Mais il semble bien qu'en haut lieu, bravant les interdits de Washington, la position de la France à l'égard de la Russie évolue dans un sens favorable. Différents indices peuvent le laisser espérer, notamment les déclarations de l'ambassadeur de France en Russie, Jean-Maurice Ripert, au quotidien « Kommersant » que nous avons mentionnées dans un article précédent: « Nous ne voulons pas accepter la rupture, le fait que la Russie s'éloigne de l'Europe ou l'Europe de la Russie. Le concept d'Eurasie ne me gêne pas, c'est une réalité. La Russie est un pont entre l'Europe et l'Asie, et, bien sûr, la Russie fait partie de l'Europe ».

 Ainsi donc, un mouvement de fond commencerait qui pourrait, s'il allait à son terme, changer complètement la donne dans les relations entre la France et la Russie, la France et l'Europe et donc l'Europe et la Russie. Et tout ceci à l'initiative de la France et, en particulier de son président. François Hollande . Il y retrouverait un poids qui pourrait lui permettre de relancer une carrière politique que tout le monde considérait il n'y a pas longtemps comme virtuellement terminée. De son côté la Russie ne trouverait que des avantages, sous la direction de Vladimir Poutine, à cette nouvelle connivence, sinon entente Franco-Russe. Dans l'opinion russe, derrière un bling-bling en train de perdre de l'importance découlant de l'accès aux Coca-Cola, McDonald et films hollywodiens, une ancienne sympathie sur le mode non seulement sentimental mais principiel avec la France, qui n'avait jamais disparu, est en train de renaître.

La France a besoin de croire à nouveau en elle. La meilleure façon de lui redonner cette confiance serait de lui redonner sa place dans la diplomatie mondiale. La confiance retrouvée ne règlerait évidemment pas les problèmes intérieurs (économie, immigration, etc.) mais créerait la seule ambiance propice au règlement « à la française » de ces problèmes.


Pour le comité directeur d'Europe solidaire
Jean-Paul Baquiast
Jean-Claude Empereur

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Post Scriptum . Coopération dans le domaine de l'armement

En rêvant un peu (beaucoup) nous pourrions suggérer que la France (Dassault) et la Russie (Sukhoï Cie) pourraient s'entendre pour proposer à l'Inde un marché 50/50, avec  d'un côté des Rafales et de l'autre des Sukhoï SU 30 MK (ou équivalent) . Cette offre conjointe se traduirait dans l'immédiat par une coopération pour assurer la cohérence de la flotte, et plus tard par des rapprochements industriels et de recherche conjoints. Chacun des deux partenaires, au plan industriel et de la recherche y aurait intérêt

Dassault ne sera sans doute pas d'accord. Mais lui ou le gouvernement français devraient se persuader que compte tenu des blocages américains chez les acheteurs potentiels de Rafale, il n'en vendra pas un seul exemplaire sans un partenariat avec la Russie, notamment dans la perspective des pays du Brics.

Mais Dassault se satisfait peut-être des commandes françaises, assurant un minimum d'activité. Ces commandes n'iront pourtant qu'en diminuant.
19/01/2015
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