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Le Franc suisse et la guerre contre l'euro.

Le 15 janvier, à la surprise générale, la Banque nationale Suisse (BNS) a annoncé qu'elle abandonnait le cours plancher de 1,20 franc suisse (CHF) par euro établi en septembre 2011 pour lutter contre l'appréciation de la devise helvétique jugé dangereuse pour les exportations suisses.
La hausse du CHF résultait notamment de la demande des fonds de pensions et fonds spéculatifs qui y voyaient une monnaie stable, contrairement au dollar et à l'euro sujets à diverses fluctuations. Autrement dit, la BNS annonçait qu'elle renonçait à vendre du CHF à partir de ces réserves, pour acheter de l'euro, comme elle le faisait jusqu'à présent afin de diminuer la pression de la demande sur le CHF afin d'en stabiliser le cours. Mais la faiblesse de l'euro rendait cette défense de plus en plus difficile à mettre en œuvre.

L'élément apparemment déclencheur de la décision de la BCF fut la perspective de voir la BCE s'engager dans une action massive de rachat de dettes d'Etat dès la semaine prochaine. Il s'agissait de la politique dite de quantitative easing envisagée par Mario Draghi, afin de soulager les dettes souveraines des Etats européens les plus faibles, notamment la Grèce. Mais cette politique se traduira par le création d'importantes quantités d'euros, dont le cours face au dollar et au CHF se déprécierait d'autant. Dès l'annonce de cette décision, le cours de l'euro était passé sous le niveau qu'il avait face au dollar lors de son introduction.

Pressentant l'imminence de la décision de la BCE, la BNS a pris les devants pour éviter d'avoir à engager davantage encore de moyens financiers afin d'empêcher le franc suisse de s'apprécier. Ses réserves en CHF auraient sans doute été vite épuisées. En conséquence, le CHF est passé sous la parité avec l'euro (1 euro = 0,85 CFH contre 1,20 la veille) et a gagné jusqu'à 29 %.

La hausse du CHF a entrainé de nombreuses conséquences, abondamment décrites par la presse internationale: menaces sur les exportations suisses, gains au contraire pour les détenteurs de contrats libellés en CHF et les frontaliers. Les contrats à terme sur le franc suisse ont connu de nombreuses perturbations (arrêt de cotation pendant une minute) dans la journée compte tenu de la volatilité et du volume très élevé des transactions, tant en CHF qu'en euro et même en dollar.

Aujourd'hui, la BNS envisagerait un plan de secours pouvant consister à lier le franc suisse à un panier de devises (euro, dollar, yen, ...). L'objectif serait de stabiliser le CHF autour de 1,10 CHF par euro,. Mais défendre ce niveau risquera d'être difficile.

Ces derniers évènements montrent l'importance géopolitique des conséquences des fluctuations entre les cours des diverses monnaies, dont beaucoup sont d'origine spéculative. Or des variations apparemment modestes de la valeur d'une monnaie par rapport aux autres peuvent provoquer des difficulté, voire la ruine, de secteurs entiers des économies de certains pays..

Une manoeuvre impulsée par Wall Street ?

Pourquoi cependant la soudaineté de la décision de la BNS, contraire aux attitudes plus diplomatiques des banques centrales, qui a surpris tous les observateurs? Un expert financier dont nous avons reçu le diagnostic estime que ce fut Wall Street qui a été à la source de cette décision autant brutale inattendue. Pour lui, ce n'était pas la stabilité réputée des politiques menées par la Suisse qui faisait du CHF une monnaie forte, mais une politique délibérée des centres de décisions informels basés à Wall Street, agissant à travers les principales banques suisses telles que l'UBS, Pictet, le Crédit suisse. Longtemps Wall Street avait privilégié l'existence d'un CHF fort, mais les temps avaient changé.

En effet, la politique adoptée par la CHF, résumée ci-dessous, visant à acheter de l'euro en vendant du CHF, avait eu de bons résultats pendant 3 ans, avec une stabilisation du cours du CHF. Or cette stabilité n'était pas favorable aux spéculateurs. La décision du 15 janvier de la BNS, entrainant une hausse importante du CHF, n'aurait donc pas été provoquée par la crainte d'un quantitative easing provenant de la BCE, qui aurait entrainé une baisse de l'euro. Elle aurait été prise sous la pression des « intelligences » de Wall Street, voulant permettre, à l'occasion du boom spéculatif devant en résulter, des gains considérables au profit de leurs amis hedge funds ayant fait le bon choix.

Derrière un service ainsi rendu aux amis, l'intervention de Wall Street serait le premier indice d'une guerre contre l'euro, passant des mesures « douces » suivies jusqu'à présent, à des mesures plus violentes. Et pourquoi faire tomber l'euro, en dehors du fait qu'il a toujours été considéré comme une menace pour le dollar. Afin de provoquer un reflux de hot money aux Etats-Unis. Ce reflux contribuerait à aider le dollar, déjà en difficulté pour d'autres raisons. En effet, un achat massif de dollars devrait aider le gouvernement américain à mieux lutter contre le double déficit, budgétaire et du commerce extérieur, en train de prendre une allure inquiétante.

Certains diront que l'opinion de cet expert, citée ici, semble teintée d'esprit conspirationniste. Donnons la parole ci-dessous à un autre expert, qui nous a communiqué son point de vue, et qui ne voit rien de particulièrement anormal dans la décision de la Banque suisse

Je pense que l'analyse évoquée dans la 2e partie de cet article est totalement erronée; il n'y a pas de complot  de Wall-Street qui veuille tuer l'euro pour favoriser le dollar.Le seul problème est qu'il y a une armée d'acheteurs de francs suisse, en cette période troublée, notamment suite aux récents attentats de Paris.
Et quand le flot d'acheteurs est trop pressant, la barrière artificielle de 1 € > 1.20 franc suisse saute d'elle-même; la Banque Nationale Suisse (BNS) ne peut pas la maintenir en achetant des tombereaux d'euro, sauf à faire faillite....

PS au 19/01

Concernant les menaces sur l'euro, voir
http://www.solidariteetprogres.org/franc-suisse-euro-la-fin.html

Voir aussi de François Asselineau
https://www.upr.fr/actualite/europe/quoi-joue-mme-merkel

Ces questions paraitront fort complexes, décourageant l'analyse. Nous essaierons dans quelques jours d'en donner de nouvelles interpétations


17/01/2015
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
Tuer l'euro pour sauver le soldat dollar
18/01/2015 10:23:23 | Par : MCP
Je suis toujours convaincue que l'euro n'étant que la variable d'ajustement du dollar, il été créé dans cet unique objectif: permettre la colonisation accélérée des pays de la zone euro. Les US en sont désormais au stade selon lequel il faut tuer l'euro pour sauver le soldat dollar ..pour effectivement faire revenir des capitaux chez eux .. ce qui explique les taux bas en Europe . 
 
La Suisse refuse de se plier aux diktats de l'UE  sur un bon nombre de sujets , économiques et financiers  et elle s'est raprochée de la Russie et de la Chine avec qui elle entretient de bons rapports. Dans ce contexte , les attaques sur l'euro qui ont provoqué la réaction de la BNS  vont affaiblir économiquement la Suisse qui aura plus de mal à exporter ses produits . 
 Il s 'agit d'une guerre non conventionnelle , mais c'est une guerre  et la monnaie est une arme de destruction massive  ,  en particulier le dollar . 
 
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