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Manifestations à Paris. Absence de l'Inde et de la Chine

Autant que nous puissions le savoir, aucun représentant des gouvernements chinois et indien n'était présent dans l'exceptionnel rassemblement des chefs d'Etat et de gouvernement tenu le 12 janvier à Paris pour confirmer leur engagement en faveur de la démocratie. Ils n'étaient même pas représentés par leurs ambassadeurs. S'ils le furent, ce fut avec une exceptionnelle discrétion. Ce n'était pas le cas de la Russie, en la personne d'un homme de grande qualité, le ministre des Affaires étrangères Serge Lavrov, porteur d'un message de sympathie à la France de Vladimir Poutine.
Concernant la Chine et l'Inde, comment expliquer leur absence? Il faut espérer que leurs gouvernements avaient été invités par l'Elysée. Pourquoi n'aurait-ce pas été le cas alors que l'on pouvait voir parader au premier rang le très contesté président ukrainien Petro Porochenko. D'autres explications sont envisageables. La première est que ce qui se passe en France, voire en Europe, laisse totalement indifférents des blocs géopolitiques de plus d'un milliard de ressortissant chacun. La seconde est que ces gouvernements n'ont pas voulu s'exprimer publiquement en faveur de la liberté de la presse et d'autres valeurs démocratiques, lesquelles c'est le moins que l'on puisse dire ont du mal à s'affirmer chez eux, notamment en Chine, et que leur présence à Paris aurait paru encourager. Une autre explication pourrait être que la Chine et l'Inde ont un certain mal à contenir des minorités s'affirmant musulmanes, éventuellement terroristes, soutenues par des Etats tels que le Pakistan avec lesquels ils sont en guerre larvée. Peut-être les gouvernement chinois et indiens n'ont-ils pas voulu mettre de l'huile sur le feu.

Il reste que les perspectives d'une participation des pays européens aux grands projets du Brics, qui se mettent en place actuellement et commencent à être considérés en Europe comme un contrepoids indispensable à l'impérialisme du dollar, ne pourront être acceptés dans cette même Europe si la Chine et l'Inde refusent systématiquement toute reconnaissance à ce que nous appelons ici non sans raisons – comme l'a montré l'exceptionnelle participation populaire aux défilés des 10 et 11 janvier – les valeurs de démocratie, liberté d'expression, droit des femmes, laïcité dont la France en tant que nation et en tant que civilisation peut à juste titre s'enorgueillir.

Comment concevoir le développement d'une coopération au sein de ce que certains d'entre nous souhaitent, nomment un grand projet euroBrics, si les membres du Brics paraissaient se moquer de ces valeurs. Ceci n'est pas le cas de la Russie, qui serait disposée depuis longtemps à afficher ses racines européennes, mais qui est scandaleusement repoussée par l'Europe sous la pression américaine, ayant depuis longtemps enrégimenté l'Europe à son service au sein de l'Otan. Mais que penser de la Chine? Ce pays investit dorénavant en Europe et notamment en France des milliards de dollars. Elle est ainsi en voie de prendre en mains nos aéroports, dont celui de Toulouse. Va-t-elle continuer à se comporter vis-à-vis de nos valeurs comme l'ont fait dans un passé plus lointain les conquérants espagnols à l'égard des valeurs amérindiennes?

Si cela s'avérait être le cas, il ne faudrait pas être grand devin pour annoncer que la coopération euroBrics attendue par beaucoup ici se transformerait vite en affrontements euroBrics. Obama et l'Empire américain pourrait alors se réjouir de nous voir les rejoindre dans la guerre qu'ils mènent désormais au plan mondial contre Moscou et Pékin.


Discussion: 
On m'écrit
Chine et Inde se reconnaissent-ils dans la liberté d'expression défendue en France à Paris le 11 janvier?  Est-il désormais possible de dire tout et n'importe quoi sur tout et n'importe qui ? Est-ce vraiment souhaitable ?
Comment lutter contre le racisme et l'anti-sémitisme en affirmant une liberté d'expression totale ?
Qui juge de ce qui est un appel à la haine et de ce qui ne l'est pas ? et selon quels critères objectifs ?


Je réponds

Ce n'était pas seulement la liberté d'expression qui était défendue en France. C'était plus largement ce que les juristes nomment l'Etat de droit. Ainsi, concernant la liberté d'expression, dans un Etat comme la France dont les citoyens veulent qu'il se comporte en Etat de droit, c'est à la loi, dont les administrations publiques assurent l'application, de dire en quoi consiste cette liberté...avec recours possible devant les tribunaux civils, pénaux et administratifs. En amont, c'est  au Parlement, lui-même librement élu,  de décider de ce que sera la loi sur ce sujet. Ceux qui ne sont pas d'accord avec la loi peuvent la contester par les voies politiques, afin de la faire modifier par de nouvelles majorités parlementaires, mais pas par des voies de fait contraires aux lois et règlements.  Par contre chacun d'entre nous est libre  de donner son opinion sur ces thèmes. Internet a permis de généraliser les débats.

On dira que ce schéma légaliste semble utopique. Mais je ne vois pas par quoi le remplacer. Il semble admis dans l'ensemble des pays européens, constituant une des composantes de ce qu'il faut bien appeler la civilisation européenne.

Chine et Inde ne sont évidemment pas obligées de l'adopter. Mais leur présence à la manifestation n'aurait pas signifié qu'elles se ralliaient à la version de la liberté d'expression reconnue en France. Elles se ralliaient à une condamnation contre le terrorisme aveugle, qu'elles combattent sur leur propre territoire. 



12/01/2015
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