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Les aberrations de la politique française au Moyen-Orient

Il ne faut pas confondre la politique française au Sahel et celle menée depuis plusieurs années au Moyen Orient. L'une était nécessaire. L'autre est catastrophique.

Il ne faut pas confondre la politique française au Sahel et celle menée depuis plusieurs années au Moyen Orient. La première s'imposait au gouvernement Hollande. Il n'était pas possible de laisser s'installer entre Tchad, Niger, Mali et Sahara des bases de djihadistes combattant tout autant les intérêts français dans la région que les Etats africains considérés, ainsi d'ailleurs à terme que l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. Même si les pays de l'Union européenne ne mettent aucun empressement à soutenir l'effort militaire français – c'est le moins que l'on puisse dire - ils l'approuvent chaudement en paroles.

Toute autre a été la politique française au Moyen Orient, poursuivie avec aveuglément par la France, sous les présidences Sarkozy puis Hollande. Il fut un temps où le Quai d'Orsay avait élaboré ce qui fut appelé la « politique arabe de la France ». Trouvant ses origines dans les temps les plus anciens et étant l'expression d'une certaine idée du rôle de la France dans le monde, la politique arabe renouvelée et affirmée avec force par le général de Gaulle avait été poursuivie et développée par tous ses successeurs. Elle reposait sur la volonté de maintenir les grands équilibres géopolitiques, en s'appuyant sur les Etats depuis longtemps alliés de la France, Syrie, Liban voire Libye. Elle visait notamment une solution durable des conflits, en particulier la question nationale palestinienne.

Cette politique se heurtait depuis longtemps aux intérêts britanniques. Mais ce fut récemment sous les coups de la géostratégie américaine qu'elle a perdu toute consistance. Cette géostratégie, d'ailleurs erratique, vise dorénavant à protéger les intérêts militaires et pétroliers américains au Proche et au Moyen Orient, à quelque prix que ce soit. Plus récemment, la stratégie américaine s'est attaquée directement à la présence des intérêts russes. La Russie, redevenue l'ennemi n° 1 à abattre, doit être combattue, non seulement en Ukraine mais en Méditerranée. Pour cela, il faut provoquer des changements de régime dans les Etats supposés lui être favorables. La première visée était et reste l'Iran, mais celle-ci ne se laisse pas aisément manipuler. Est venue ensuite la Syrie de Bashar al Assad. Il s'agit d'un dictateur qui n'a rien d'un tendre, mais ce n'est pas ce que lui reproche Washington. Il reproche au fils Bashar, dans la ligne du père Haffez, d'avoir toujours entretenu de bons rapports avec la Russie, se traduisant concrètement par la location d'une base dans le port de Tartous.

Washington n'a donc pas hésité à soutenir financièrement et militairement les diverses forces d'opposition violentes qui se manifestaient au Moyen Orient contre Damas, notamment les brigades de la prétendue armée Syrienne libre. On ne peut pas croire que ce faisant la diplomatie américaine ne se rendait pas compte qu'elle armait, avec des moyens considérables, les forces qui en Irak et aux frontières syro-turques tentent aujourd'hui d'établir un califat islamique. Certes, Obama a organisé depuis quelques mois une coalition internationale, rassemblant principalement des Etats du Golfe, censés combattre contre Daesh. Mais ce combat est mené d'une façon très molle. Par contre, il se fixe toujours en priorité, ouvertement ou de façon plus discrète, le renversement de Bashar al Assad.

Responsabilité historique de la France

Or, et là est la responsabilité historique de la France, celle-ci a endossé tous les buts de guerre affichés par le Département d'Etat et l'armée américaine. Le gouvernement français a continuellement soutenu et armé les mouvements combattant Damas. Il ne pouvait pas ignorer cependant ce que constataient ses services de renseignements. Ces armes étaient récupérées par tous les combattants djihadistes, dont de nombreux européens, venus guerroyer en Syrie. Il y a quelques mois, François Hollande était prêt à envoyer les Rafales français bombarder les positions syriennes. Il l'aurait d'ailleurs fait, si la Russie n'avait pas clairement fait comprendre à Washington que ce type d'intervention serait clairement considéré comme inamical, provoquant un retrait forcé d'Obama.

Il est clair que si Bashar al Assad tombait, il serait immédiatement remplacé par des bandes tribales animées du désir d'en découdre militairement avec l'Occident. La France en serait été directement responsable. C'était ce qui s'était passé il y a quelques années en Libye. Sarkozy, poussé par l'Amérique et sans réfléchir aux conséquences, avait engagé ses Rafales et même le porte-avions Charles de Gaulle, contre les armées de Khadafi. Celui-ci n'était guère sympathique (encore que quelques mois auparavant, il avait été reçu avec tous les honneurs à l'Élysée) Mais une fois Khadafi éliminé, dans les conditions ignobles que l'on sait, la France, et avec elle les pays du Maghreb et même du Sahel, précédemment cités, ont vite compris l'erreur faite. La Libye est devenue un repaire de djihadistes, menaçant toute la région, ainsi que les pays européens eux-mêmes. Le drapeau noir de Daesh flotte ouvertement en Cyrénaïque.

La soumission de la France à l'Amérique, dans tous les développements de la politique anti-russe imposée à l'Europe, s'est marquée, en dehors d'un engagement de l'Otan en Ukraine, par des conséquences dont elle fait aujourd'hui les frais. Il s'agit notamment des « sanctions ». Concernant le thème de cet article, le fait que la France ait obéi aux Etats-Unis en rejetant le projet d'oléoduc dit Southstream proposé par Moscou, s'est traduit par un revirement de la Russie. Il en résultera que pour accéder au gaz russe, la France et les autres Etats européens devront négocier avec la Turquie, lui donnant un poids diplomatique que l'Europe lui avait refusé dans les négociations concernant l'entrée de ce pays dans l'Union. Or la Turquie, Etat se prétendant « islamiste modéré », comme si ce terme avait un sens, favorisera inévitablement le jeu des islamistes djihadistes autour de l'accès au gaz russe devenu turc.

Dans les négociations avec l'Iran concernant l'avenir du nucléaire iranien, la France se fait aujourd'hui remarquer par une intransigeance exceptionnelle, alors que le groupe des négociateurs, parmi lesquels les Etats-Unis, visent à des positions plus conciliantes. La France veut-elle faire des Iraniens, parmi lesquels de nombreux intérêts qui lui sont favorables, des ennemis irréconciliables? Et pour quelles raisons?


N'anticipons pas les résultats de l'enquête en cours, concernant l'attentat révoltant ayant frappé Charlie Hebdo. Même si les meurtriers n'apparaissent pas avoir été formés et armés au Moyen Orient, d'autres, selon nos services, sont manifestement prêts à agir. On ne pourra pas ne pas imputer ces drames, en large partie, à la « politique arabe de la France » ou à ce qui en tient lieu aujourd'hui, sous la pression de l'Amérique.Sous cet angle, on ne pourra pas ne pas trouver insultante la déclaration de condoléances, en français, de John Kerry, 




08/01/2015
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