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Réflexions sur la crise

L'extrême volatilité présente des indices boursiers -qui gagnent ou perdent d'un jour sur l'autre entre 5 et 15% suivant l'humeur du moment- n'est pas sans rappeler les soubresauts spasmodiques du gibier blessé à mort (perdreau ou lièvre) juste avant qu'il ne rende l'âme ; les chasseurs qui se comptent parmi nos lecteurs nous comprendront.

Aujourd'hui, en vérité, la totalité du système financier ( soit l'ensemble « banque/assurance » au niveau mondial ) nous semble à l'article de la mort, et en tout cas absolument impossible à sauver via les moyens actuellement prévus par l'Europe et les Etats-Unis, à savoir l'injection massive et illimitée de cash pour colmater les brèches qui se multiplient et s'agrandissent de jour en jour, sans que l'on ait la moindre idée de leur point d'arrêt probable.
Pour nous jeter à l'eau, à notre sens la situation nette comptable dudit système, au niveau mondial, peut être estimée à l'heure présente entre – 5000 (version très optimiste) et -15 000 (version plutôt réaliste) milliards  de dollars, soit l'équivalent à l'envers du PIB américain. Ce calcul- de coin de table mais fort concret-  résulte d' une évaluation globale du montant des créances bancaires irrécouvrables ( sur hedge funds, mutual funds, groupes industriels, banques, sociétés d'assurance, Etats, collectivités locales, PME, subprimes, immobilier, crédits à la consommation....) exacerbées par la crise, mâtinées de défauts de CDS (Credit default swaps/ encours total d'environ 60 000 milliards de dollars) et d'érosion spectaculaire des actifs des compagnies d'assurance (actions/dettes/immobilier), qui ne pourront pas de ce fait remplir leurs engagements à terme face à leurs clients d'assurance-vie et de retraite.

Mais au-delà de ces chiffres alarmants, il existe une perspective autrement plus inquiétante, à savoir l'effondrement envisageable du système, par effet de dominos, une première faillite d'un grand établissement en provoquant par ricochet des dizaines d'autres, affolant les particuliers comme les entreprises qui chercheront alors par millions à récupérer leur argent- chose évidemment impossible...

A partir de là des troubles sociaux s'ensuivront, d'une ampleur variable suivant le degré d'optimisme ou de pessimisme que l' on voudra bien retenir ; ce sera l'Argentine de la dernière crise, ou bien « Mad Max » revisité; en tout cas, rien de bon pour nos sociétés.

Que faire alors ? Faut-il sombrer dans le négativisme total ? A notre sens non. Tout d'abord il faut arrêter de croire tout et n'importe quoi (les gouvernements vont nous sauver, notre argent est garanti...), d'accepter tout et n'importe quoi ( la Bourse remonte de 10% aujourd'hui, c'est très bien...), en un mot d'adopter la politique de l'autruche, et ce à partir du moment où l'on décide  se placer en citoyen responsable.

Ensuite, comme nous sommes en situation de guerre financière, à la veille de l'explosion, il faut d'urgence instaurer un couvre-feu financier, avec une prise de contrôle immédiate et temporaire par les Etats du système « banque/assurance », pour le mettre à l'abri de la faillite ; cette prise de contrôle, effectuée sans débourser un seul centime, et ce à l'opposé des dispendieux plans de sauvetage actuels, permettra de faire repartir – de gré ou de force- le marché des crédits interbancaires, poumon du système mais aujourd'hui gelé, car les directeurs de salles de marchés auront l'ordre de travailler avec leurs collègues, qu'ils le veuillent ou non ; à partir de là, la confiance se rétablissant entre banques, un fonctionnement normal du système financier se remettra progressivement en place, et l'on peut espérer alors que les marchés financiers, boursiers et autres, corrigeront peu à peu leurs excès actuels.

Cette mesure, nous le répétons non coûteuse, aura l'avantage de rassurer les agents économiques qui constateront qu'il y a désormais un pilote dans l'avion ; elle permettra aussi de jeter les bases d'un assainissement de pratiques bancaires excessives, abondamment décriées par les médias mais de fait tolérées aujourd'hui encore par les pouvoirs publics, qui prennent de facto comme conseillers pour résoudre la crise ceux-là même qui l'ont provoquée ( ce ballet de présidents de banques sur le perron de l'Elysée avait vraiment quelque chose d'indécent...).

En conclusion, les banques et les compagnies d'assurance constituent, par leurs services rendus, un bien public aussi important, voire certainement davantage dans la vie de tous les jours, que les routes, les aéroports ou les télécommunications ; un excès de déréglementation, ou plutôt la recherche perverse d'échapper aux réglementations, les a précipitées au seuil de la faillite ; il importe à présent que les Etats régaliens reprennent d'urgence les choses en main pour rétablir la situation ; sinon, tout cela risque fort de déboucher sur le chaos dans un horizon rapproché
                                                                                                                     
Joseph Leddet. 1)

30/10/2008
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