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La chute des prix du pétrole est-elle orchestrée, et si oui par qui?

Depuis le printemps de l'année 2014, une baisse continue des prix du pétrole avait été observée. Celle-ci avait été imputée par la plupart des analystes à deux tendances de long terme: la récession dans beaucoup de pays consommateurs et le développement de sources d'énergie alternatives.
Parallèlement la production massive de gaz de schistes par les Etats-Unis ne pouvait que contribuer à l'excès de l'offre sur la demande et donc à la baisse des prix. Cependant passer d'un prix du baril à plus de 100 dollars à un prix voisin de 60 dollars pouvait paraître relever de causes différentes.

En effet la récession n'est pas générale. Elle ne touche guère que l'Europe. Les pays asiatiques demeurent assoiffés de pétrole et de gaz. Par ailleurs, la production de gaz par les Etats-Unis, bien qu'importante, ne devrait pas suffire à augmenter sensiblement une offre mondiale où la part des Etats-Unis demeurera mineure. Enfin, les énergies de substitution ne prendront que très lentement la place du pétrole et du gaz. En conséquence, la baisse des prix du pétrole ne paraissait pas relever de telles causes spontanées. D'autant plus que les majors du pétrole, compagnies ou pays pétroliers, n'ont pas intérêt à voir baisser les pris. Cette baisse rendrait plus coûteux les investissements nécessaires à la recherche de nouvelles sources pour le long terme, indispensables si l'on veut éviter la chute de la production.

Il a donc été tentant d'attribuer la baisse du prix du baril à des manoeuvres de type géopolitique. L'hypothèse a été confortée le 27 novembre 2014, avec la décision des douze membres de l'Opep de ne pas réduire le volume de leur production. Cette décision a brutalement accéléré la chute du cours du baril. L'une des interprétations de ce geste qui a circulé alors a été que les États-Unis et l'Arabie se sont entendus pour nuire à deux adversaires communs particulièrement dépendants des recettes pétrolières: la Russie et l'Iran, sans mentionner le Vénézuela.

Cependant un prix du baril durablement bas serait dommageable pour les compagnies américaines et canadiennes qui forent à des coûts souvent supérieurs à 60 dollars le baril. Les projets les plus chers d'exploitation de sables bitumineux au Canada ont des seuils de rentabilité proches des 100 dollars, tandis que la plupart des barils saoudiens coûtent moins de 20 dollars à extraire. Les Etats-Unis étaient-ils prêts à sacrifier une part de leur production au bénéfice d'une guerre des prix contre la Russie. Cela aurait voulu dire imposer aux américains eux-mêmes des sanctions un peu comparables à celles dont ils veulent frapper la Russie. De plus, entre la Chine et la Russie des accords commerciaux de long terme sont en cours de négociations. Ils ne devraient pas être sensibles à des modifications conjoncturelles du prix international du pétrole. D'autant plus qu'ils seront signés dans une devise (mix de rouble et de yuan) faiblement convertible en dollars.

Déclaration du ministre saoudien de l'Energie

Or l'homme considéré comme le plus influent au sein de l'Opep, le ministre saoudien de l'Énergie, Ali al Naïmi, a récemment déclaré dans une interview à l'Agence de presse officielle saoudienne qu'il n'était pas dans l'intérêt des producteurs de l'Opep de réduire leur production, quel que soit le prix, qu'il soit de 20 dollars le baril ou de 60 dollars. On peut comprendre que, dans son esprit, si le royaume saoudien réduisait sa production, le prix remonterait et les Russes, les Brésiliens et les producteurs de pétrole de schiste américains prendraient des parts de marché au détriment de l'Arabie saoudite et plus généralement de l'Opep.

Il ne s'agirait donc pas d'une manoeuvre conjointe des Etats-Unis et de l'Arabie dirigée contre la Russie, comme pourraient le laisser supposer les nombreux déplacements récents de John Kerry à Ryad. Il s'agirait plutôt d'une manœuvre de l'Opep destinée à déstabiliser l'offre américaine. Ceci d'autant plus qu'aujourd'hui l'Arabie Saoudite ne soutient plus que mollement les politiques erratiques de Barack Obama dans les région. Elle semble au contraire soucieuse de se concilier les bonnes grâces de la Russie, de plus en plus considérée comme un partenaire incontournable à terme.

A plus longue échéance, dans les 5 ans, il faudra que les pétroliers reprennent leurs investissements de recherche, ainsi que rappelé plus haut. Une remontée des prix sera donc sera nécessaire. L'Opep le sait, comme d'ailleurs la Russie. Mais à court terme et en attendant, beaucoup de dégâts auront été faits parmi les foreurs américains et canadiens. Au plan politique, les soutiens dont bénéficient encore Obama et les néo-cons du Congrès se seront certainement érodés. S'en féliciteront tous ceux qui combattent, en Amérique du Nord comme en Europe, l'extraction des gaz de schiste.



29/12/2014
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