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Le NAFTA et le Mexique

Voulons nous la même chose en Europe avec le TAFTA ?
Le Mexique est de plus en plus considéré par les Latinos-américains comme un Etat failli, dont les autres pays d'Amérique centrale et d'Amérique du sud devraient fuir l'exemple. Il se caractérise notamment par un gouvernement soumis en permanence aux pressions de Washington, par des administrations centrales et locales inefficaces et souvent corrompues, par l'explosion des inégalités, par l'omniprésence des gangs dont les victimes se comptent par milliers chaque année. La population mexicaine cherche depuis longtemps à émigrer, principalement vers les Etats-Unis. Mais là elle rencontre de plus en plus la mort à la frontière, dans le désert, sous les coups de la garde nationale américaine et des narco-trafiquants mexicains et américains bien établis aux Etats-Unis même.

Or le Mexique devait bénéficier, selon les affirmations de ses « élites » relayant celles des Etats-Unis, des bienfaits du Nafta, Accord de libre-échange nord-américain, ou ALENA, signé entre les Etats-Unis, le Canada, et le Mexique, et entré en vigueur il y a 20 ans. Ce traité, dont les mérites avaient été annoncés à grand bruit dès l'origine et qui ont été vantés depuis à répétition, devrait servir de modèle aux accords équivalents que Washington voudrait imposer aux Etats européens, sous le nom de Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (également connu sous le nom de Traité de libre-échange transatlantique Tafta), comme aux Etats du Pacifique sous le nom de Partenariat transpacifique Tpa.

Cependant, à l'occasion de ce vingtième anniversaire du Nafta, des bilans peuvent être tirés. Loin d'évoluer vers la prospérité, la société mexicaine continue à compter 45 % de pauvres, soit 53 millions de personnes, contre 47% en 1992. Au delà de cette progression vers de hauts niveaux de vie dont le rythme n'a rien de foudroyant, les protagonistes du Nafta font valoir l'explosion des exportations mexicaines: +100 % entre 1993 et 2000, quand celles du Canada et des Etats-Unis n'augmentaient que de 30 %.

De plus, de telles statistiques doivent être examinées en détail. Elles montrent bien leur caractère trompeur. En effet, 75 % du volume mexicain d'exportations sont composés, en 2013, de biens eux-mêmes importés précédemment par le Mexique, notamment des Etats-Unis ! C'est que le Mexique héberge sur son territoire un nombre important de sociétés de commerce nord-américaines, qui y bénéficient grâce aux détaxations et déréglementations autorisés par le Nafta, de facilités leur permettant de réexporter vers les Etats-Unis et plus largement vers le monde une grande partie de leurs produits importés au Mexique. La valeur ajoutée par l'économie mexicaine, c'est-à-dire par le travail des citoyens mexicains, est infime. Il ne s'agit pas en effet du cas d'un pays en développement qui installe sur son territoire des usines de fabrication filiales de maisons-mères lesquelles font appel à un fort emploi local.

L'effet Wallmart

L'article de Marianne cité ci-dessous parle de « l'effet Walmart » . Walwart est une chaine américaine tentaculaire de distribution, installée au Mexique dès 1991. Sa prospérité doit beaucoup au Nafta et au libre-échange, le Mexique l'ayant rapidement exemptée de taxes à l'importation. Walmart a par ailleurs largement utilisé la corruption pour s'implanter dans tous les lieux urbains et touristiques jusque là interdits au commerce. Ses produits, tous généralement importés des Etats-Unis, sont vendus sur le marché mexicain à des prix légèrement inférieurs à ceux vendus aux Etats-Unis, mais le modeste gain de pouvoir d'achat en résultant pour les consommateurs du pays est compensé par le fait que la plupart de ces produits, échappant au minimum de réglementation imposée aux Etats-Unis pour la protection des consommateurs, encouragent l'obésité, l'alcoolisme et l'empoisonnement par les composés chimiques.

Le Nafta, bénéficiant aux grands groupes américano-mexicains, provoque par ailleurs une accélération de l'expropriation des cultivateurs pauvres, de la sur-exploitation des ressources naturelles et plus généralement de l'exploitation capitaliste des travailleurs et petits artisans. L'agriculture traditionnelle, considérée (y compris à travers les westerns hollywoodiens) comme faisant partie de la civilisation mexicaine, est désormais anéantie sans ménagement. Il en est de même des petits commerces. Certes, les intérêts financiers mexicains basés à Wall Street en tirent des bénéfices croissants, mais ils utilisent ceux-ci à la spéculation boursière et non à l'investissement productif au Mexique même.

Il ne reste plus aux victimes de cette américanisation forcée qu'à tenter de s'expatrier illégalement aux Etats-Unis. Au cours de ce processus, ils tombent aux mains, comme rappelé ici en introduction, des réseaux de narco-traficants et de prostitution. Certains parlent même de trafics d'organes. Aux Etats-Unis, sur onze millions de clandestins présents sur le territoire américain, six millions seraient mexicains. Au Mexique même, l'on compterait désormais 90.000 victimes des gangs, sans mentionner 300.000 disparus que l'on ne retrouvera jamais. A ce nombre viennent de s'ajouter les 43 étudiants d'Iguala, venus sous le feu de l'actualité ces derniers jours. Sans être prophète de mauvais augure, on peut penser qu'eux-aussi ne seront jamais retrouvés.

Ajoutons que, dans cette lutte entre le pot de fer et le pot de terre, il faut mentionner les grands intérêts canadiens, originaires de ce pays si propre et si honnête. Ils viennent s'ajouter à leurs homologues nord-américains pour pressurer la population et l'économie mexicaine.

Les groupes de pression qui militent, au sein de la Commission européenne comme dans les gouvernements nationaux, en vue d'une approbation rapide du Tafta, ne peuvent évidemment pas ignorer ce côté peu reluisant du Nafta. Mais ils espèrent en tirer des avantages analogues. Au moment où l'Europe s'engage, bien lentement d'ailleurs, dans des procédures d'harmonisation fiscale devant éviter les abus de ce qui a été nommé le Luxleaks, c'est-à-dire l'attribution aux multinationales américaines d'une exemption d'impôts quasi-totale dès lors qu'elles installent des filiales au Luxembourg, nous pouvons nous préparer dans le cadre du Tafta à la reconduction de cette impunité scandaleuse à l'échelle, cette fois-ci, de l'Atlantique nord tout entier. S'y ajoutera, dans le cadre du « pivot » organisé par Obama en direction de l'Asie Pacifique, un élargissement de l'espace ouvert européen vers une partie de l'Asie et du Pacifique.

Lire

* Le Nafta:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_de_libre-%C3%A9change_nord-am%C3%A9ricain

* Article de Marianne (dont nous avons repris beaucoup d'éléments. Merci Marianne)
http://www.marianne.net/Avec-le-NAFTA-le-Mexique-devait-connaitre-la-prosperite_a243304.html

* Sur la rébellion au Chiapas, écouter
http://espoirchiapas.blogspot.mx/2000/12/capsule-audio-depuis-le-chiapas.html 

 

15/12/2014
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