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Russie. La France fait un geste, Poutine y est sensible.

La presse a rapporté les conditions dans lesquelles s'est déroulé la visite dite « impromptue », mais préparée depuis déjà quelques jours, entre François Hollande et Vladimir Poutine à Moscou le 6 décembre. Ceux qui comme nous regrettaient le fait que la France se soit laissée entraîner par faiblesse atlantiste dans une quasi-guerre froide avec la Russie, ont repris quelque espoir à cette nouvelle.
La modération du ton des deux présidents, leurs sourires réciproques, pourraient laisser augurer que la diplomatie française retrouverait à cette occasion un peu d'autonomie. Pour notre pays plus encore que pour les autres Etats de l'Union européenne, la possibilité de coopérations stratégiques avec la Russie est essentielle, tant sur le plan économique que culturel. François Hollande a-t-il commencé à le comprendre?

Il ne faut pas être trop optimiste. Les pressions pour ramener la France dans le rang, tant au sein de l'Union que de l'Otan, vont se déchaîner. Il est à craindre que dès demain l'on s'en aperçoive. Elles viendront nécessairement de la diplomatie américaine mais aussi sans doute de Angela Merkel, saisie depuis quelques semaines d'une passion anti-russe que rien ne justifierait, sauf des causes à elle personnelles. Se présentant mardi pour prendre le tète de la CDU, Angela Merkel suscite de plus en plus de critiques de la part du patronat allemand concernant sa rigueur à l'égard de Moscou. L'attitude plus ouverte de François Hollande ne fera qu'accentuer ces critiques. Ceci explique-t-il cela, c'est-à-dire le ton peu diplomatique par lequel la Chancelière a reproché à la France, ce dimanche, dans Die Welt, son incapacité à se réformer?

L'affaire du Mistral sera évidemment symbolique de l'évolution des rapports entre la France et la Russie. N'anticipons pas ce qui va se passer, mais reprenons un peu d'espoir. Cependant il y aurait bien d'autres dossiers sur lesquels la reprise d'une coopération avec Vladimir Poutine pourrait aussi se révéler symbolique d'une évolution en profondeur des relations entre la France et la Russie. Nous pensons notamment à la relance du projet de gazoduc South Stream. La France n'est pas assoiffée de gaz comme l'Allemagne, cependant de bonnes coopérations entre ses géants énergétiques et leurs homologues russes seraient indispensable pour les deux parties. Ne mentionnons pas la fin des « sanctions » décidées par Washington à l'égard de Moscou, qui pénalisent la France autant sinon plus que la Russie. Il suffirait que la France décide unilatéralement de ne plus les appliquer pour que tout l'édifice imposé par Barack Obama s'effondre. Pourquoi ne pas en grande cérémonie , sur fond de Père Noël russe, Ded Moroz (en russe Дед Мороз) décider d'honorer les commandes russes de dindes et oies de Noël pour que ceci se produise.

Quoiqu'il en soit  l' «impromptu de Moscou » montre à ceux connaissant mal les subtilités du jeu diplomatique, qu'il ne faut jamais jurer de rien en ce domaine. Des situations apparemment bloquées peuvent se débloquer d'un coup. Malheureusement l'inverse est toujours tout autant possible.


07/12/2014
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