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Pressions accrues de la France pour renforcer l'Europe

Décidément la crise a du bon pour la construction européenne et pour l'abandon du libéralisme. Et c'est la France, en la personne de Nicolas Sarkozy, qui a fait pression pour renforcer le rôle de l'Europe et celui des Etats: le 21 octobre devant le Parlement européen, le 22 à Argonay en France puis le 24 à Pékin lors du sommet Europe-Asie. Tout cela n'a pas encore l'ampleur de ce qui serait nécessaire mais il s'agit pourtant d'un bon début. Nous étions restés méfiants jusqu'à présent face au super-activisme du président français Nicolas Sarkozy, partant de l'idée qu'en diplomatie précipitation ne veut pas dire mouvement. Et constatant par ailleurs qu'en France même, comme ailleurs en Europe, les partis de droite au pouvoir ne suivent qu'avec réticence des propositions visant à définir ce qu'il faudra bien appeler un néo-colbertisme européen. Il est clair que pour eux, tout devra redevenir comme avant le danger passé. Mais il n'en sera sans doute rien, car la crise continue à galoper.

Quant à Nicolas Sarkozy, il est de plus de plus évident que porté par l'ambition, il retrouve les points les plus forts d'une tradition publique nationale que l'on pouvait croire morte sous les coups de l'américanisme. L'histoire est ainsi pourvoyeuse  de circonstances où une conjonction d'évènements et de causes différentes peut faire bouger ce que l'on croyait acquis. Il serait mal venu de ne  pas en prendre acte et de ne faire en sorte que le mouvement s'élargisse. Pour cela, il faut garder en tête l'objectif final, celui que personne ne veut encore admettre, c'est-à-dire l'arrêt des formes actuelles de croissance aux termes desquelles se trouve la destruction des ressources terrestres. 

Le Parlement de Strasbourg


C'est devant le Parlement européen le 21 octobre  que Nicolas Sarkozy a fait part de deux grandes idées que pour notre part nous avons toujours soutenues. La première vise, en attendant un hypothétique nouveau Traité, à donner à l'Eurogroupe un rôle plus marqué dans la gouvernance économique (et par conséquent politique) de l'Europe. Il est évident que l'arrivé à la présidence du Conseil européen de personnalités tchèque puis suédoises ouvertement eurosceptiques ne pourra que favoriser les manœuvres anti-européennes, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. De plus la Commission sera en fin de mandat avant les élections européennes de juin 2009. Il faut donc dès maintenant prendre des mesures pour que ce qui a été péniblement construit ne soit pas remis en cause.

Renforcer l'Eurogroupe et proposer à  Nicolas Sarkozy de le présider serait une solution, à condition que les chefs d'Etat et de gouvernement en deviennent membres, au lieu des seuls ministres des finances. Le  maintien de la formule actuelle, comportant l'estimable mais terne Jean-Claude Junker à la tête des ministres des finances de  pays membres de l'euro,  ne pourrait que ramener  cette structure informelle au rôle effacé dans lequel  certains Etats, notamment l'Allemagne, voudrait le limiter. Ajoutons à propos de Jean-Claude Junker qu'il a beaucoup déçu ceux qui voyaient en lui un responsable de caractère. Il était triste de le voir prendre fait et cause pour le secret bancaire, même si c'est sur celui-ci que le Luxembourg base sa prospérité.

Dans l'état actuel des rapports de force entre gouvernements européens, il est évident que seule l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l'Eurogroupe pourra donner à cette structure le poids nécessaire pour la relance de l'autorité de  l'Europe au plan international. Par ailleurs,associer comme ce fut évoqué Gordon Brown à l'Eurogroupe, si le Premier britannique  persistait dans ses bonnes intentions de se démarquer du libéralisme et du dollar, parait intéressante. Mais il faudra faire attention. Gordon Brown et la City derrière lui pèsent d'un tout autre poids que Jean-Claude Junker.

Ces propositions rencontreront beaucoup d'opposants, notamment de la part d'Angela Merkel qui ne veut pas faire de l'Eurogroupe un gouvernement économique de la zone euro, risquant de menacer l'indépendance de la BCE et les intérêts allemands, Mais il faudra absolument les reprendre et les soutenir dans les médias. En dehors de cette discussion, la réunion de Strasbourg n'a soutenu aucune décision forte. En particulier, la proposition de la France de mettre en place un ou plusieurs fonds d'intervention européens, dits fonds souverains, n'a pas fait l'unanimité. De tels fonds sont cependant indispensables pour éviter que les fonds chinois et arabes, riches de plusieurs trillions de dollars n'achètent toutes les entreprises européennes et surtout ne décident dans leurs seuls intérêts ce que devront être les futurs investissements nécessaires à l'Europe. Mais les grands Etats n'en veulent pas, pour des raisons peu avouables : peur de devoir comprimer les dépenses de consommation afin de se procurer des ressources, peur de voir des fonds européens privilégier les stratégies industrielles des autres Etats au lieu des leurs propres.  Ceci est tout à fait lamentable et devra changer, si l'Europe ne veut pas disparaître, non seulement au plan économique mais au plan de sa civilisation.

Argonay

Constatant le refus européen de décider de fonds souverains européens, Nicolas Sarkozy a proposé le 22 à Argonay de mettre en place un fonds souverain à la française (fonds stratégique d'investissement) adossé aux organismes publics de crédit. La Caisse des dépôts en assurerait la gestion, sous la surveillance de l'Assemblée nationale et du parlement. Ce fonds viendrait en aide aux entreprises en difficulté et le cas échéant pourrait intervenir dans le capital d'entreprises jugées stratégiques menacées par les investissements étrangers. Il faut le faire. Mais la majorité actuelle, soutenue par le patronat (Medef)  n'y est guère favorable. Elle ergote sur le montant du fonds, qui ne pourrait pourtant pas être inférieur à 100 milliards, comme sur les ressources d'emprunts auxquelles le fonds ferait appel et sur le type d'entreprises qu'il devrait privilégier.

On voit que le fonctionnement d'un tel fonds, à moins de céder aux improvisations et aux pressions électorales, nécessiterait  des compétences  techniques et à des volontés politiques dont depuis quelques années, la France, démagogie anti-Etat aidant, s'est privée.  Plus généralement, il devra s'insérer dans la définition de stratégies économiques et sociales à long terme. Celles-ci n'auraient guère de sens si elles étaient arrêtées sans coordination avec les pays européens. Mais une fois encore, saluons la proposition de Nicolas Sarkozy en espérant qu'elle sera suivie d'effets et surtout, qu'elle jouera le rôle d'entraînement nécessaire, face à des Etats comme l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie qui ne pourraient pas rester en dehors de tels dispositifs. Nicolas Sarkozy a promis d'en reparler à nos voisins.

Pékin


Après Argonay,  et suivant en cela les bottes de sept lieues de Nicolas Sarkozy, nous nous retrouvons en cette fin de semaine à Pékin. Il s'agissait de participer à une réunion de l'Asem ou Asia- Europe Meeting rassemblant  43 pays, les 27 pays de l'Union européenne et 16 pays d'Asie, qui représentent près de 60% du PIB mondial (http://ec.europa.eu/external_relations/asem/index_en.htm) . Cette instance, qui se réunissait pour la 12e fois,  à une époque où il est important pour l'Europe et l'Asie de montrer une volonté d'approche commune des problèmes du monde, était une occasion à ne pas manquer pour rappeler les domaines non pas d'affrontements mais de coopération où l'Europe et l'Asie devraient se retrouver. On peut regretter que la Russie n'en fasse pas partie, mais peut-être ne faut-il pas voir trop loin.

Même si cela n'a pas été affiché, chez beaucoup de participants  se trouvait la volonté de s'affranchir dans les relations entre l'Asie et l'Europe de la tutelle américaine pour laquelle l'Europe n'est qu'une petite partie d'un Occident dont l'Amérique  s'est instituée le leader. Mais aujourd'hui, l'Amérique n'est plus à la hauteur de ses ambitions et il semble que les pays asiatiques commencent à le comprendre, même si leur « addiction au dollar » comme monnaie de réserve demeure entière.

Très concrètement, la volonté était de préparer sur des bases aussi communes que possible le grand sommet du G20 du 15 novembre à Washington, où la Chine a déclaré vouloir prendre toute sa place. Ce sommet réunira les grands pays industriels du G8 (Etats-Unis, Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie), onze grands pays émergents et l'Union européenne, ainsi que le secrétaire général de l'ONU. C'est, rappelons le, l'Union européenne, sous la houlette de la France, qui a réussi à faire accepter l'idée au président américain George W. Bush.

A Pékin, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a confirmé le besoin d'une plus grande régulation financière pour assurer la stabilité financière et économique du monde.  Les participants ont convenu que cet objectif passait par un rôle accru du Fonds monétaire international (FMI), notamment "dans l'assistance aux pays sérieusement touchés par la crise, à la demande de ces derniers".

Les représentants des pays membres de l'Asem se sont retrouvés aussi  pour des discussions notamment sur le climat et la sécurité alimentaire. Plusieurs grands problèmes menaçant le monde devraient être traités conjointement par les deux continents :  les  changements climatiques, le développement durable, la sécurité énergétique et alimentaire, les conflits régionaux, la prévention des désastres, la cohésion sociale et les dialogue entre les cultures.

A l'ouverture du sommet vendredi, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avait appelé à une "action conjointe" forte des deux continents, alors que l'Europe tentait d'enrôler l'Asie dans sa campagne pour une refonte du système financier et un nouveau Breton Wood. Décidément, notre cher Barroso compte sur la France pour être confirmé dans sa fonction...

Ceci étant, le sommet n'étant pas une instance de décision, aucune annonce concrète ne sera faite. C'est compréhensible mais bien dommage. On constate en effet que les appels à davantage de régulation des marchés financiers et des autres grandes politiques publiques restent encore assez creux. Mais faute de mieux, félicitons-nous, chers lecteurs,  de voir que ces appels sont  lancés. Ceci aurait été inimaginable il y a 6 mois, notamment de la part de l'Europe.
25/10/2008
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Nombre de réaction(s) : 1
Félicitons Jean-Pierre Jouyet.
25/10/2008 18:16:25 | Par : Regulus
La France, c'est lui, pour le moment. Sarkozy a le bon sens de ne pas en prendre ombrage. Pourvu que cela dure.
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