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Négociations sur le nucléaire iranien. Report ou échec définitif?

Le 24 novembre 2014, l'Iran et les 5+1 (Chine, Etats-Unis, Russie, France et Grande-Bretagne, membres permanents du Conseil de sécurité, ainsi que l'Allemagne) ont reconnu après de multiples rencontres pendant un an, ne pas pouvoir s'accorder sur un texte qui garantirait la nature pacifique du programme nucléaire iranien, contre une levée des sanctions. Les négociateurs devront se voir de nouveau au moins pendant sept mois supplémentaires, dans l'espoir d'aboutir à un accord. La date limite a été repoussée au 30 juin 2015.
Que faut-il en penser? Un échec définitif, dorénavant très prévisible, serait-il une bonne ou une mauvaise chose? Les avis diffèrent. Nous pensons pour notre part que l'Iran ne veut pas vraiment d'accord, tout au moins dans les termes que veulent lui imposer, non à proprement parler les 5+1, mais le seul Washington, soutenu vigoureusement en cela par Israël.

Un tel refus de la part de Téhéran se comprendrait. Un observateur objectif ne peut manquer de constater que les termes de l'accord proposé sont en fait véritablement humiliants pour la République Islamique. Ils s'en prennent à sa souveraineté profonde. Mais que chercherait en ce cas les Etats-Unis? S'agirait-il pour eux de vouloir « normaliser » l'Iran en l'intégrant de force parmi les pires suiveurs de la politique extérieure américaine, sur le modèle de la Pologne et des Etats Baltes, en coupant ce faisant ses liens avec la Russie et Damas? ?

Un « regime change »?

S'agit-il même de tenter d'aller plus loin, en espérant provoquer un « changement de régime ». Dans cette perspective, l'Amérique pourrait espérer qu'à force de le voir avaliser des humiliations imposées par la diplomatie américaine, , le « Guide suprême » lui-même serait obligé de désavouer le chef actuel du gouvernement Hassan Rouhani. L'Iran en reviendrait à une ligne dure, mais la poursuite et l'aggravation des sanctions américaines pourrait alors provoquer, à la suite de manifestations de populations excédées, une chute du régime. Pourrait alors succéder, selon le processus expérimenté lors des révolutions de couleur, la mise en place d'un gouvernement docile aux intérêts américains, une sorte de Shah d'Iran à la mode de ce siècle? Bien évidemment, un tel régime ouvrirait grand aux intérêts pétroliers américains la porte des puits iraniens.

Or ceci ne se produira pas. Il paraît évident que le sentiment national iranien résistera et se renforcera malgré les sanctions. Il n'est pas certain que l'Iran confronté à la rupture des négociations et au rejet de Washington, développerait immédiatement une arme nucléaire, encore moins qu'elle s'en servirait pour menacer Israël...Encore que, comme nous l'avions indiqué dans un article précédent, la possession par l'Iran de la bombe n'aurait rien d'extraordinaire, au regard du nombre de pays qui l'ont et ne s'en servent pas. 1)

Il est certain par contre que, à la suite de la rupture des négociations, si celle-ci se confirmait, et même dès maintenant, l'Iran se rapprochera plus étroitement encore de la Russie et, derrière la Russie, d'autres de ses partenaires du BRICS, en premier lieu la Chine, pour qui l'orientation à l'est de l'Iran serait la bienvenue. L'intégration de l'Iran dans le BRICS pourrait d'ailleurs en résulter. Les intérêts européens au Moyen Orient ne devraient pas en souffrir, dans la mesure évidemment où les européens cesseraient de se faire dicter par l'Amérique la conduite à tenir à l'égard de l'Iran.

Mais, direz-vous, quelle horreur? L'Iran? Un pays qui continue à appliquer une loi islamique rigoureuse, exécutant par pendaison sur des grues de chantier les condamnés à mort et aliénant plus que jamais les femmes? On peut penser au contraire que la société iranienne, rassurée sur la préservation de son identité culturelle au sein d'un BRICS bien plus tolérant aux différences que ne l'est l'Amérique, évoluerait en douceur vers un régime de type démocratique et libéral sinon laïc comme il en existe en Europe et, quoique l'on prétende, en Russie. Les jeunes étudiants et étudiantes iraniens de plus en plus nombreux sur les campus européens ne pourraient en tous cas que favoriser cette évolution.


1) Voir notre article  Avenir possible des relations entre l'Europe et l'Iran
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1466


29/11/2014
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