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Etat de grâce pour l'Union Européenne. Mais jusqu'à quand ?

La crise fait de plus en plus de miracles. Vive la crise. Grâce à elle, chaque jour parait apporter de bonnes nouvelles. La construction d'une Europe indépendante et forte semble se préciser peu à peu, cette Europe que nous appelions de nos voeux mais que nous croyions condamnée par la démission des grands Etats et la petitesse des gouvernants.

Imaginons le scénario de toutes les renaissances. Le Royaume Uni, poussé par Gordon Brown, se rend compte que l'affaiblissement de l'Amérique ne justifie plus qu'il  continue à lui servir de brillant second. Il réalise que son avenir  se jouera dorénavant au sein d'un concert de puissances continentales  à qui les Britanniques apporteront leurs immenses qualités mais aussi auprès desquelles  ils pourront retrouver un sens de l'Etat et de la grandeur qu'ils avaient sacrifié au seul profit des financiers de  la City.  

L'Allemagne de son côté découvre, sans doute en grande partie grâce au ministre des finances Peer Steinbrück, plus audacieux en cela que la Chancelière Angela Merkel,  qu'il ne suffit pas de se reposer  sur les points forts de l'industrie allemande. Elle réalise qu'elle peut, en se rapprochant de ses voisins, défendre des positions internationales qui lui donneront un prestige nouveau incontestable : l'ouverture à l'Est ou la lutte contre les paradis fiscaux, par exemple.

Quand à la France, elle constate  que ses vieux rêves de grandeur semblent reprendre vie et donner des ailes à un Nicolas Sarkozy qui parait transformé. De libéral et atlantiste qu'il était avant la crise, il reprend tous les thèmes que les militants français de la cause européenne avaient toujours défendus, mais auxquels ils avaient cessé de croire : le rôle des Etats pour promouvoir les grands investissements, la nécessité de construire un gouvernement économique de l'Europe au sein de l'Eurogroupe, le refus de laisser les entreprises échapper à leurs devoirs civiques au sein de réseaux bancaires offshore leur assurant un inadmissible secret couvrant toutes les turpitudes – sans oublier la nécessité de faire enfin reconnaître l'urgence de la défense de l'environnement.

Mais ne s'agira-t-il pas d'un beau rêve, dont nous retomberons très vite?  Nicolas Sarkozy, en champion de l'interventionnisme étatique, parait bien fragile. En France même, il n'a pas renoncé à privatiser ce qui reste d'entreprises publiques, comme à continuer d'affaiblir les administrations, l'éducation nationale et la recherche. Quant à l'Allemagne, au moindre prétexte susceptible d'effrayer ses industriels, par exemple en matière d'environnement, elle menace de rompre l'entente franco-allemande pourtant si nécessaire. Par ailleurs et plus gravement, les grandes visions européennes semblent encore la laisser un  peu froide. Ne parlons pas de la Grande Bretagne, car il est difficile de prévoir vers quoi elle basculera : un retour dans le giron de l'Amérique, dont elle espère que le départ de G.W. Bush la rendra un peu plus fréquentable...ou au contraire une vraie alliance cordiale salvatrice avec le Continent, ce à quoi elle s'était refusée depuis trois siècles ?   

Reste aussi le lancinant problème institutionnel. Que va devenir au premier janvier prochain le sursaut européen auquel nous assistons aujourd'hui ? L'actuel Premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Junker, effrayé de constater qu'il devra peut-être combattre le secret bancaire sur lequel le Luxembourg a fait sa fortune, risque de battre en arrière de toutes ses forces. Par ailleurs et plus gravement, l'anti-européen  chef du gouvernement tchèque prenant la présidence du Conseil européen fera nécessairement retomber l'Europe dans l'impuissance et accessoirement sous la coupe des Etats-Unis...

Nous sommes de ceux qui pensent que si les choses se passent ainsi,  les grands Etats européens, France en tête, devront faire sécession. Mais Nicolas Sarkozy et les autres iront-ils jusque là ? On peut en douter. Si ce n'est pas le cas, notre beau rêve actuel s'effondrera.
21/10/2008
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