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G20: Parler pour ne rien dire?

A propos du communiqué final du G20 (texte exhaustif non encore disponible à la date où nous écrivons ce commentaire)

Pouvait-on raisonnablement attendre du G20 des décisions (et pas seulement des recommandations) susceptibles d'influer sensiblement et de façon volontariste sur l'évolution du monde? Evidemment pas, compte-tenu des divergences d'intérêts des pays représentés. Le G20 est, à une autre échelle, entravé par le même mal qui frappe d'autres institutions internationales, notamment l'ONU: les conflits et oppositions entre membres. Pour que de tels organismes puissent exprimer une volonté commune, il faudrait qu'un danger considérable menace l'humanité toute entière, et ceci à très court terme. Les dangers qui menacent sont sérieux. N'en faisons pas la liste, nous l'avons souvent faite. Mais ils ne sont pas à échéance immédiate. L'impossibilité de se projeter dans le long terme qui caractérise encore les sociétés humaines fait qu'ils ne sont pas abordés, sinon de façon très superficielle.

Ainsi en a-t-il été du réchauffement climatique et de la destruction des écosystèmes. Le G20, qui rassemble quelque 90% de l'économie de la planète, aurait du en bonne logique en faire une de ses priorités. Or l'Australie, présidant la session et qui manifeste dans ce domaine une courte vue et un égoïsme touchant au crime contre l'humanité, ne le voulait pas. Cependant, comme les Etats-Unis et la Chine qui venaient d'annoncer des objectifs certes modestes mais néanmoins préférables à leur précédente inaction, ont voulu que le sujet soit traité, le communiqué final pose le principe d'une « action résolue et effective » sur le climat dans la perspective de la conférence de Paris de décembre 2015. Il mentionne, entre autres instruments, le fonds « vert » de l'ONU destiné à aider les pays pauvres à s'adapter. A la vue de quoi, décider une « action résolue et effective », ne se traduisant pas aucunes décisions concrètes, remises à plus tard, ne pourrait que faire rire, si le sujet n'était pas si grave.

En matière de croissance, dont la présidence australienne voulait faire un thème-clé du G20 en demandant « moins de bavardage et plus de mesures concrètes », il a été décidé de rechercher une croissance additionnelle d'au moins 2,1 % des PIB cumulés d'ici 2018. Ceci correspondrait à un surcroît de richesses de 2 000 milliards de dollars et des millions de créations d'emplois supplémentaires. Mais dans quels domaines? Pour détruire un peu plus encore les ressources de la planète, qui vit déjà largement au dessus de ces ressources. Et comment?

Des stratégies nationales de croissance devront être mises en place ou précisées, déclare le G20. Elles reposent sur un effort supplémentaire d'investissements dans les infrastructures, soit, mais aussi des mesures ultra-libérales supplémentaires (déréglementation du marché des biens et des services, « flexibilité » accrue des marchés du travail...). Nul n'ignore ce que signifie ce terme, qui est depuis peu régulièrement dans la bouche de M. Gattaz en France: fin de toute protection des travailleurs, totale liberté donnée aux employeurs.

Quant à l'engagement pris pour plus de transparence fiscale, le G20 a insisté sur la nécessité de travailler, entre autres, sur la réduction du shadow banking (la finance de l'ombre). Il a salué le Plan de l'OCDE dit BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) destiné à lutter contre l'érosion des bases d'imposition et le transfert des bénéfices des grandes entreprises vers des pays à bas taux d'imposition . Il faudra aussi faire la transparence sur les tax rulings (les accords fiscaux signés entre administrations et multinationales), présentées, avec une prudence que l'on saluera, comme « des pratiques dommageables ».

Mais quand on sait qu'en ce domaine les Etats, même ceux réputés les plus vertueux, hébergent des paradis fiscaux, laissent faire ou encouragent des pratiques quasi maffieuses ou maffieuses se traduisant par un minimum de 1.000 milliards par an de fraudes diverses, restant à la charge des contribuables honnêtes et des citoyens pauvres (non représentés en tant que tels au G20), l'on ne peut que, selon l'expression célèbre, se tapoter dubitativement le menton.

Haut les coeurs donc. Rendez-vous au prochain G20.

Note au lecteur:

Ce petit texte, consacré aux questions économiques et financières, ne commente pas l'attitude honteuse orchestrée par Obama à l'égard de Vladimir Poutine à ce G20. Nous l'avions fait dans notre précédent article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1559&r_id=

Nous y montrions cependant aussi que le piège tendu à Poutine est en train de se retourner contre les "Occidentaux" dont, en tant que français, nous ne nous honorons pas d'appartenir.

17/11/2014
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