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Réforme de l'ordre financier international.

Gesticulations ou vraies volontés d'aboutir
Le samedi 18 octobre, face à la tempête boursière et à la crise financière, George W. Bush a cédé aux demandes européennes présentées par Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso à Camp David. Il a accepté, non pas un mais plusieurs sommets, dont le premier pourrait avoir lieu à New-York dès novembre, c'est-à-dire après les élections à Washington mais encore sous sa magistrature. Symboliquement, le lieu serait l'ONU, selon l'offre du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Il s'agit d'un pas dans le bon sens, mais jusqu'où se concrétiseront les réformes?

G.W. Bush  n'a donné aucun engagement sur les sujets qu'il accepterait de traiter ni sur les positions qu'il prendrait. Tout au contraire, Nicolas Sarkozy, s'exprimant en tant que président en exercice du Conseil européen, a formulé des propositions précises. Il semble, même si cela n'a pas encore été vérifié dans le détail, que les autres gouvernements européens approuveront celles-ci, bien que certains le feront avec une certaine tiédeur. Pour Nicolas Sarkozy, de plus, cette réunion devrait réunir les pays du G8 élargi au G5, les cinq pays émergents que sont la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud, ainsi qu'à "un pays arabe".

On peut saluer le volontarisme manifesté par le président français, sans lequel pas grand-chose à ce jour n'aurait été décidé, entre un G.W.Bush peu soucieux de voir l'Europe en position d'arbitrer la réforme et un José Manuel Barroso dont la ferveur interventionniste affichée peine à faire oublier  des années de militantisme ultra-libéral.

L'Union, par la bouche de Nicolas Sarkozy, veut une réforme profonde du système actuel, une sorte de Bretton Woods bis, du nom des accords de 1944 qui avaient jeté les bases du système financier actuel. De même les Européens proposent une supervision mondiale des marchés, qui serait confiée au Fonds monétaire international (FMI). Jusqu'où iraient la supervision et donc la régulation ? Pas très avant, si l'Europe se ralliait à la position américaine, soutenue par le Canada,  selon laquelle il était "essentiel de préserver  les fondements du capitalisme démocratique", soit le capitalisme actuel.

En Europe, c'est le chef du gouvernement espagnol, Jose Luis Zapatero, qui parait le plus proche de la position française. Il vient de demander, le 19, une régulation plus stricte du secteur financier  et une supervision internationale, au moins au niveau de l'Union européenne.  En soulignant la responsabilité très importante des agences de notation, il a demandé à l'Union de prendre "le leadership du changement".

Un aspect essentiel de la réforme du système financier international sera le point, souvent évoqué dans notre revue, de la lutte contre les paradis fiscaux. Elle est au programme d'une réunion internationale mardi 22 à Paris, à l'initiative de la France et de l'Allemagne. Le Premier ministre français François Fillon a pour sa part véhémentement critiqué mardi devant l'Assemblée nationale l'existence de paradis fiscaux, appelant à leur disparition dans le cadre de la refondation du système financier international.

Selon l'ONG Transparence International France, il y aurait une cinquantaine de paradis fiscaux dans le monde, dans lesquels plus de 400 banques, deux tiers des 2.000 +hedge funds+ (fonds spéculatifs) et deux millions environ de sociétés écran géreraient quelque 10.000 milliards de dollars d'actifs financiers. Soit quatre fois le PIB de la France. Certaines études citent des montants 2 à 3 fois plus élevés.

Nous estimons que la suppression des paradis fiscaux, qui sont la honte des pays dits civilisés, et notamment de la vertueuse Europe, marquerait un véritable changement dans les mœurs économiques et politiques du monde. Mais aura-t-elle lieu et dans quels délais ? Sous quelles formes d'autres modalités  de fuite devant l'impôt et de fraude généralisée ne réapparaîtraient-elles pas? Là encore, y-a-t-il une volonté ferme d'aboutir ou de pures gesticulations ? La difficulté, rarement évoquée, est que les paradis fiscaux ne sont que de "petits" instruments au service des grandes institutions économiques et  financières, qui s'en servent pour protéger leurs investisseurs en leur évitant de payer trop d'impôts. Au premier rang desquelles se place l'Etat américain, qui exonère d'impôts toutes ses grandes entreprises exportatrices par le biais de filiales dans les Antilles britanniques. La question des paradis fiscaux montre bien les ambiguités de projets de réformes qui peuvent être évoqués pour calmer les opinions publiques mais que nul décideur n'aura jamais la volonté d'entreprendre véritablement.

Que conclure?  Certes, dans le discours, comme rappelé ci-dessus, Nicolas Sarkozy s'est engagé à fond, paraissant vouloir entraîner derrière lui un gouvernement et une majorité plus réticents, comme au delà une Europe toujours divisée sur les modalités. Reste que l'opposition socialiste, en France et en Europe, rappelle qu'il y a quelques mois, il faisait des propositions à l'opposé de celles qu'il retient aujourd'hui. Reste aussi qu'en France même, le gouvernement et la majorité ne font rien pour favoriser le retour de l'Etat dans la régulation économique et financière, dans le soutien aux services publics et dans la relance d'investissements qui, comme ceux évoqués ici dans un article en faveur de l'énergie verte, obligeraient à lancer  hors critères de Maastricht de grands emprunts à long terme garantis par les Etats.

Si par ailleurs, à Bruxelles, la Commission européenne, qui est à l'instar de son président "libérale  jusqu'aux os ", demeurait  en place, si enfin les gouvernements européens du « bloc de l'Est » très pénétrés d'atlantisme et de néo-libéralisme, reprennaient  du poids, les belles intentions manifestées par Nicolas Sarkozy resteront dans l'histoire, là encore,  comme de simples gesticulations.

On notera par ailleurs, chose apparemment petite mais bien révélatrice, que le dossier monté ces jours-ci contre DSK a pour effet de fragiliser le FMI,  ainsi que la position française concernant sa réforme. Les gens bien informés disent en effet que DSK a du tomber dans un piège américain dont  bien des personnalités étrangères en poste à Moscou du temps de  l'URSS ont connu les mordantes mâchoires. Ce devrait en être fini en tous cas de ses projets de grande carrière. Il est interdit à un ambitieux de tomber dans des pièges, quels qu'ils soient.
20/10/2008
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