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François Hollande n'a pas eu le discours de combat qui s'imposait

François Hollande avait lors de son intervention du 6 novembre sur TF1 l'occasion, n'ayons pas peur des mots, d'entrer dans l'histoire. Il aurait pu démontrer que derrière ce président falot et soumis aux contraintes extérieures qu'il a désormais la réputation d'être, il y avait un grand chef de guerre. Un chef à la hauteur de la grande nation, la France, dont il a vanté les capacités tout au long de ses propos, mais qui pour le moment dépérit faute de savoir contre quoi ou mieux pour quoi se battre.

Mais dans quel combat devrait-il engager ce grand pays? Ceux qui n'ont rien compris à l'évolution du monde global répondront, comme Emmanuel Todd qui ferait mieux de limiter ses talents à la démographie,qu'il faut combattre l'Allemagne, sortir de l'euro et finalement sortir de l'Union européenne. Comme si se retrouver seul et démuni face au bloc dollar, mais aussi face au bloc en cours de formation du BRICS, serait une solution.

Ce serait tout le contraire que devrait faire la France: rester dans l'euro, rester dans l'Union mais forcer ses partenaires à la suivre dans une réforme en profondeur de ces deux institutions, réforme qu'il faudrait mieux d'ailleurs qualifier de révolution.

Dans quels domaines? Les exemples abondent. Nous les avons souvent évoqués ici. Nous en mentionnerons seulement deux. Il y aurait d'abord le domaine institutionnel: transformer les Etats de l'eurogroupe en les dotant d'une harmonisation fiscale et réglementaire sans faille. L' énorme scandale que vient de révéler ce que l'on nomme désormais le LuxLeaks, l'évasion fiscale à laquelle se livrent à travers le Luxembourg les géants américains et américano-européens, n'en est qu'un petit exemple (disons cependant à cette occasion que renvoyer Jean Claude Juncker de son siège de président de la commission européenne s'imposerait d'urgence aux gouvernements européens).

Europa

Mais au delà de cette affaire, nul n'ignore que les évasions et fraudes fiscales au sein d'une Europe non harmonisée fiscalement s'élèvent à des centaines de milliards. Valéry Giscard d'Estaing vient dans son dernier livre « Europa », d'ailleurs curieusement passé sous silence, d'en faire la proposition. François Hollande se serait grandi en reprenant ce thème à son compte.

Le second grand domaine est celui de l'investissement. François Hollande a fait miroiter les merveilles à attendre de la transition énergétique et de la lutte contre le réchauffement. Soit, mais avec quel argent? Précédemment nous avions montré que pour résoudre le problème du manque de ressources budgétaires et résoudre à l'occasion le problème du la dette, les gouvernements européens devaient modifier les statuts de la Banque centrale européenne de façon à ce que celle-ci puisse créer des euros en quantités suffisantes, puis les prêter aux gouvernements (et non aux banques) à condition que ceux-ci les affectent à des fonds d'investissement productif.

Si François Hollande, au lieu de se noyer dans l'évocation de réformettes franoo-françaises dont personne ne constate la mise en application, avait annoncé qu'il se battrait jusqu'à ce que mort s'en suive avec ses partenaires européens pour obtenir d'eux ces réformes, l'enthousiasme des téléspectateurs aurait été grand. De deux choses l'une en effet. Ou bien il ne réussirait jamais à ébranler les gouvernements européens, bien conseillés par la finance internationale, et ses exigences n'aboutiraient pas. mais il aurait eu au moins le mérite de les tenter.

Ou bien au contraire, devant une crise qui ne cessera de s'aggraver, ses propositions auraient convaincu un nombre suffisant de gouvernements européens, eux-mêmes pressés d'agir par leurs opinions publiques. Alors l'Europe se débarasserait de ses blocages, la France n'hésiterait plus à s'affirmer comme un des ses leaders...

Et François Hollande, pour reprendre notre expression introductive, entrerait dans l'Histoire. Au contraire d'Obama qui s'est révélé à l'usage n'être que le pantin de Wall Street, il montrerait qu'il n'est pas le pantin de « son ennemi, la finance » dénoncée par lui avec véhémence lors de la campagne électorale.

Malheureusement, on peut craindre que, durant la seconde moitié de son septennat, il n'ait pas le courage d'entreprendre qu'il n'a pas fait durant la première.



07/11/2014
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