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Les 27 à Bruxelles : (petits) pas vers des positions communes

Le 16 octobre 2008, les 27 dirigeants européens, au terme d'un sommet de deux jours à Bruxelles, ont annoncé qu'ils se sont mis d'accord pour envisager des mesures communes face à la récession économique qui menace dans le sillage de la crise financière. Le texte final précise qu'après s'être entendus sur un plan massif de soutien aux banques éventuellement en difficulté, les pays de l'Union prendraient les mesures nécessaires pour soutenir la croissance et l'emploi face au ralentissement de l'activité.

Si le besoin parait reconnu de tous, les mesures à prendre n'ont pas fait l'unanimité. On le comprend un peu, tout en le regrettant, compte tenu des différences dans la situation économique des Etats. Les  chefs d'Etat et de gouvernement ont souhaité prendre le temps de la réflexion. Ils ont demandé à la Commission européenne de "formuler d'ici la fin de l'année des propositions adaptées, notamment pour préserver la compétitivité internationale de l'industrie européenne". Beaucoup pensent  à l'automobile, qui traverse une passe difficile. Les constructeurs ont multiplié les annonces de suppressions d'emploi dans le secteur ces dernières semaines.

Au-delà malheureusement, l'idée d'un plan de relance généralisé, suggéré par le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer, ne semble pas à l'ordre du jour. Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a rejeté l'idée en expliquant que cela contribuerait seulement à creuser des déficits publics déjà importants. Nous qui précédemment le félicitions pour son audace, nous ne pouvons que regretter ce manque de clairvoyance.

Dans le domaine de la lutte contre le réchauffement climatique, qui devrait faire partie de ce plan de relance, l'unité européenne est encore peu évidente. Certains pays trouvent les mesures proposées par la France et par la Commission pénalisantes pour leurs industries. Il semble que les pays réfractaires se verront reconnaître à la fin de l'année des délais et des exemptions. Cela sera d'un très mauvais exemple. On voit la distance qui reste à parcourir pour que des mesures communes pourtant d'un intérêt évident soient acceptées par les lobbies nationaux.  Mais en matière de protection de l'environnement, les choses changeront sans doute sous la pression des nécessités.

Pour notre part, nous avons déjà indiqué ici qu'une relance économique généralisée s'impose – ou s'imposera très vite. Mais elle devra ne pas se tromper d'objectifs. L'industrie automobile, que cela fasse plaisir ou non, devra se reconvertir rapidement et profondément. Elle n'est plus une priorité. Le vrai besoin prioritaire de l'Europe consiste à se débarrasser de son addiction au pétrole et au gaz, en généralisant l'électricité verte (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=153&r_id= ). Pour cela, un plan massif de prêts à long terme aux PME, les mieux à même d'intervenir dans ce domaine très décentralisé, assurerait une relance certaine et très vite rentable. Pour le reste, il faudra, toujours en visant de préférence  les PME, définir quelques domaines stratégiques où investir de l'argent avec la garantie des Etats. Les opinions comprendront très bien l'intérêt de telles politiques, si elles sont convenablement expliquées.

L'autre priorité des Européens est d'obtenir une refonte du système financier international allant dans le sens d'un plus grand contrôle. Ils reprochent aux Etats-Unis d'avoir trop longtemps refusé d'intervenir au nom du libéralisme économique, ce qui a permis aux investisseurs de réaliser des opérations toujours plus risquées et opaques. Le président Sarkozy et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso doivent rencontrer samedi 18 à Camp David le président George W. Bush pour en discuter, et préparer le sommet mondial que les Européens demandent en novembre pour reconstruire le système financier. Le sommet mondial devra, indique Nicolas Sarkozy, se traduire " par des décisions concrètes et pas simplement par des principes. Mais une  grande obscurité pèse encore sur ce que demandera ou proposera l'Union à ce sommet mondial – à supposer qu'elle puisse adopter un front commun.

Par ailleurs, les Européens se sont abstenus lors de leur sommet de relancer les négociations visant à renforcer leurs liens avec Moscou. Ils espèrent le faire lors d'un sommet avec le président russe Dmitri Medvedev mi-novembre. Il ne faudrait pas tarder, malgré les réticences du « bloc de l'Est ».

Observons que la question de la réforme des institutions européennes est dans beaucoup d'esprits. En absence de Traité, face à de grands Etats et à des entreprises mondialisées,  la tête politique de l'Union n'existe toujours pas. C'est ce qu'a fait remarquer à Arlette Chabaud, hier sur France 2, le premier ministre belge. Le projet de Traité  lui-même n'est sans doute pas assez volontariste à cet égard. On commence à penser que si la présidence tchèque du Conseil européen, s'exerçant à partir du prochain semestre, persiste dans son opposition scandaleuse à l'Europe, celle-ci ira à la catastrophe – à moins que, nécessité faisant loi, les grands Etats (Grande Bretagne  comprise ? ) décident de faire sécession autour de l'Eurogroup.
17/10/2008
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