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La lutte contre le prétendu Etat Islamique (EI)

Dans une intervention au 7-9 de France Inter le 10/10, Dominique de Villepin, ancien premier ministre français, principal auteur du refus historique de participer à la guerre américaine contre Saddam Hussein, pronostique que, si de nouvelles méthodes de lutte ne sont pas adoptées, l'EI se répandra comme un cancer dans tout le Proche et Moyen Orient, ainsi qu'en Europe même.

Il constate que les frappes aériennes menées, sans aucune concertation internationale, par Barack Obama, n'empêchent en rien la propagation de ce cancer. Au contraire, elles l'encouragent. D'une part les frappes tuent des civils et multiplient de ce fait automatiquement les soutiens à l'EI. D'autre part et plus généralement, le fait même qu'il s'agisse fondamentalement d'une guerre américaine suffit à rendre l'EI plus populaire que jamais, compte-tenu des souvenirs désastreux laissés par les interventions américaines dans la région. Il suffit que le drapeau américain soit brandi quelque part pour qu'il soit foulé aux pieds ou brulé.

Pour Villepin, la meilleure stratégie de lutte serait de mener localement de petites actions diplomatiques, en accord avec les pays et les groupes ethniques et religieux capables localement de contrer la dissémination de l'EI, s'ils y voyaient un intérêt. Ces actions devraient être coordonnées par une structure internationale associant les Etats directement concernés et les Etats européens.

Une structure internationale

Sur le papier, une telle solution serait séduisante. La première démarche de cette structure internationale serait de s'affranchir de l'influence de Washington. Il serait peut-être impossible de renvoyer Obama au règlement exclusif de ses problèmes intérieurs, vu l'influence que l'Amérique s'est acquise historiquement auprès des Etats pétroliers du Golfe, mais si la structure internationale proposée par Villepin prenant suffisamment d'autorité, elle pourrait ramener les Etats-Unis à une place plus modeste.

Que sont les Etats dont cette structure internationale devrait être composée?
- Les Etats arabes (où ce qu'il en reste) directement concernés, Irak, Jordanie, Etats du Golfe, Liban.
- Les Etats musulmans jusqu'à présent exclus par la volonté américaine: Syrie de Bashar al Assad, Iran.
- Des Etats géographiquement intéressés mais encore non engagés véritablement: Turquie, Egypte, Palestine, Israël. On fera valoir que la présence de ce dernier agira comme un boute-feu sur tous les autres. Il faudra bien cependant prendre l'habitude de l'associer aux grandes décisions intéressant la région, ne fut-ce que pour l'aider à se dégager de l'influence américaine qui à long terme sera destructrice pour lui.
- Des Etats voisins directement ou indirectement impliqués, notamment du fait de la contamination du djihad auprès de leur jeunesse: Etats du Maghreb, Russie et finalement Etats européens, sans exclusives. La plupart de ceux-ci ne veulent pas s'engager dans ce conflit, le plus notable étant l'Allemagne, mais ils seront obligés très prochainement de se mobiliser.

Que devrait faire cette coalition: sans exclure éventuellement des interventions militaires provenant de tel ou tel de ses membres (Turquie, Egypte, France...) ? Elle devrait surtout mener, comme Dominique de Villepin le recommande, des négociations de terrain visant à résoudre les principales confrontations internes donnant du grain à moudre à l'EI. Villepin a mentionné la nécessité d'aborder de front les problèmes auxquels se sont heurtés les intérêts sunnites en Irak, face à la chute de Saddam Hussein. Leur redonner une légitimité au sein du nouveau gouvernement irakien, comme en face des intérêts chiites dans la région, serait essentiel. Il faudrait traiter de même les difficultés des minorités incapables de se faire entendre autrement qu'en prenant les armes, en priorité celles des kurdes. Plus généralement, il faudrait analyser en détail les raisons pour lesquelles l'EI se propage de façon virale, et tenter d'y apporter des solutions.

Une tâche impossible?

Tâche impossible, dira-t-on. La tâche serait très difficile en elle-même, mais elle restera en effet indéfiniment impossible si les Européens, en accord avec les Russes, ne s'engagent pas eux-mêmes afin de prendre diplomatiquement la tête de la structure internationale envisagée. Ceci devrait se faire sur le terrain, par des actions locales inter-ambassades (ou d'autres plus discrètes), mais aussi au Conseil de Sécurité et à l'ONU.

En convenir, objectera-on à nouveau, ne fera pas progresser la solution d'un pouce si aucun Etat ne s'implique directement dans le projet. Le champ restera définitivement libre pour les manoeuvres aussi intéressées que catastrophiques de Barack Obama, John Kerry et autres CIA.

Dominique de Villepin, à cet égard, s'est montré, tout au moins dans son entretien avec France Inter, bien naïf. On attendrait de lui, comme de ceux pensant comme lui, qu'ils conduisent, en France d'abord, au sein de l'Union européenne, une campagne dénonçant la passivité et l'atlantisme des chefs de gouvernement de l'Union, comme de la diplomatie européenne. Villepin ne pourrait le faire seul, mais une telle action de salut publique serait certainement prise en compte par beaucoup de responsables au sein des différentes forces politiques, de gauche ou de droite.

En attendant, il ne nous restera que nos yeux pour pleurer la propagation du prétendu Etat Islamique, y compris, répétons-le, pour ce qui nous concerne, en France même.

Note.
Voir "Les bénéfices de la guerre contre l'EI pour les industriels américains de défense. "

http://www.spacewar.com/reports/US-led_air_war_a_boon_for_defense_contractors_999.html

10/10/2014
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