Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

L'Eurogroup : Bien, mais pourrait beaucoup mieux faire

En attendant l'annonce simultanée, lundi 13 octobre après midi, des mesures qu'adopteront la France, l'Allemagne, l'Italie « et d'autres » pour préciser la façon dont ces gouvernements utiliseront les moyens d'intervention composant la boite à outils décidée la veille lors de la réunion de l'Eurogroup, nous pouvons sans attendre faire quelques constatations et propositions :

1.  En l'absence d'institutions européennes capables de parler d'une seule voix dans la crise, face aux silences sidérants de la Commission, l'Eurogroup, structure relevant de la « coopération renforcée » associant les pays ayant adopté l'Euro, a enfin décidé d'intervenir. C'est une excellente chose. Nicolas Sarkozy a rempli comme il convenait son rôle de président du Conseil Européen. Il n'est pas évident que d'autres l'auraient fait avec la même vigueur à sa place.  Les Etats composant l'Eurogroup, lequel comporte aussi la BCE dont on n'a pu que saluer la sagesse en ces temps d'emballement, disposent de jure et de facto d'un pouvoir financier, économique et politique dont ils n'avaient jamais usé jusqu'à présent, de peur de susciter les foudres des représentants du capitalisme anglo-saxon. Ils sont enfin sortis de leur réserve. Je rappelle à titre personnel que dans mon livre « L'Europe et le vide de puissance », j'avais (suivant en cela Jean-Pierre Chevènement et quelques autres) proposé de faire de l'Eurogroup un gouvernement économique et financier de la zone euro, pour faire sortir l'Europe du vide institutionnel. On en est encore loin, mais crise aidant, on s'en rapprochera sans doute.

Les 15 de l'Eurogroup ne sont pas les 27 de l'Union, mais ils sont tout à fait dans leur rôle en assumant  leurs responsabilités. Les autres Etats les suivront et les remercieront. Notons que Gordon Brown, dans la crise, s'est rapproché de ses collègues de l'Eurogroup, au moins en adoptant des mesures analogues. En fait, il est venu à Canossa, ce que peu de commentateurs ont osé dire.

Ajoutons que la Grande Bretagne et les pays non membres de l'euro devraient aujourd'hui réfléchir à l'intérêt qu'ils auraient à faire front commun au sein de la zone euro. Ceux qui espéraient pouvoir réaliser des profits à court terme en refusant toute discipline et en s'inspirant de la démarche désastreuse des Etats-Unis devraient aujourd'hui réfléchir. Quant à l'Islande, qui avait jugé bon de s'enrichir en spéculant à tout va loin des contraintes de l'Union et de l'euro, qu'elle prenne un bon bouillon serait bien mérité. Elle pourra survivre en vendant de la graisse de baleine, qu'elle se déshonore en continuant à chasser.

2. Garantir les crédits interbancaires et sauver si besoin était des établissements financiers en difficulté nécessitera comme chacun en convient que les Etats engagent leurs crédits, dans tous les sens du terme, sur le plan budgétaire et financier comme au plan politique. La chose est nécessaire, ne la discutons pas. Notons cependant que l'on ne connaît pas encore les détails de ces interventions, les modalités de la nécessaire coordination entre Etats, la façon dont ces mesures s'appliqueront aux filiales européennes des banques et sociétés américaines : va-t-on s'endetter pour soulager les pressions sur la dette américaine et donc sur le dollar de la mise en œuvre du plan Paulson ?  

Personne par ailleurs n'a relancé l'idée d'une instance européenne d'évaluation des marchés financiers et de correction de leurs dérives. Personne n'évoque par ailleurs la nécessité de limiter drastiquement les possibilités de prêts à la consommation des particuliers, sur le modèle des crédits hypothécaires américains. 

Personne non plus ne semble envisager les conséquences de la reprise des cours de Bourse, si elle se produisait. Ce ne sont pas les petits déposants et leurs  plans d'épargne qui en profiteront. Les fonds souverains arabes et asiatiques disposant de trillions de dollars  disponibles vont, si nul ne les en empêche, pouvoir racheter à bas prix les actions de toutes les entreprises européennes cotées en bourse. Or personne n'a encore émis l'idée sacrilège qu'il faudra fixer des limites strictes à l'intrusion des capitaux étrangers dans les entreprises des Etats européens, que celles-ci soient ou pas stratégiques.

Personne, enfin et à l'inverse, n'a publiquement évoqué ce qu'il faudra faire si la reprise ne se produit pas. Garantir les crédits interbancaires pourrait se révéler impossible. Ce marché, autrement dit le marché monétaire,  est actuellement gelé. L'essentiel des opérations  étant réalisé exclusivement de banques à banques centrales, celles-ci  portent à leur bilan un poids pouvant être insupportable à terme (5.000 milliards de dollars par jour selon un de nos amis expert). Il parait par ailleurs tout aussi  irréaliste de garantir tous les dépôts bancaires des particuliers et des entreprises, en cas de poursuite de la panique.  Les banques restant privatisées et obéissant à la règle du chacun pour soi ne feront rien pour améliorer la situation d'ensemble.


3. Dans l'hypothèse optimiste où la bulle des marchés financiers se dégonflait, les vraies difficultés qu'affronte le monde, et qui pèsent plus particulièrement sur l'Europe, apparaîtraient de nouveau en plein jour. Là encore, l'Eurogroup devrait sans tarder se positionner en tant que gouvernement économique de la zone euro. La première priorité sera de relancer les investissements productifs en Europe. Nous avons présenté un programme en ce sens dans un article précédent qui reste plus que jamais d'actualité. (Pour une relance européenne de l'économie réelle http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=148&r_id= )

4. Mais cette relance des investissements devra se faire en vue de mieux armer l'Europe dans sa confrontation avec les problèmes de fond de l'économie mondiale. Ce ne sera pas en poussant les Européens à des comportements de consommation-gaspillage, au nom d'une prétendue croissance, qu'ils pourront affronter les exigences de la raréfaction de l'énergie et des matières premières, comme celles de la guerre économique avec les grands pays non-européens. L'Europe doit assumer un modèle de décroissance compensée par une croissance des investissements dans les sciences et les connaissances qui lui permettront de survivre demain, face à des puissances qui font ou feront exactement le même pari. Pour cela, un gouvernement de type néo-colbertiste, étendu à l'échelle européenne, doit dès maintenant être envisagé.

4. Si l'Europe ne s'est pas donnée des objectifs ambitieux sur les points que nous venons d'évoquer, elle ne pèsera pas lourd dans un futur Bretton Woods étendu aux pays émergeants, destiné à réviser non seulement les règles des marchés monétaires et financiers, mais ceux de l'économie mondiale . Les Européens pourrons seulement attendre d'entendre ce que diront sur ces points les représentants de  l'Amérique, avant de s'empresser de reprendre leur propos à leur compte.

Bref, une hirondelle ne faisant pas le printemps, les Européens doivent plus que jamais se préparer à des jours difficiles.
13/10/2008
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire