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Peut-être un premier pas vers une alliance stratégique Russie-Union européenne

Dans le brouhaha suscité par la crise des marchés boursiers, l'opinion semble n'avoir pas attaché beaucoup d'importance à la réunion tenue à Evian, à l'initiative de l'IFRI et de son président Thierry de Montbrial, dans le cadre de la World Policy Conference (WPC), le 8 octobre.. Y participaient un certain nombre de chefs d'Etat et de gouvernement. Le président russe Dmitri Medvedev y fut, avec Nicolas Sarkozy, l'invité de référence.

L'opinion a eu tort de ne pas faire attention à l'évènement. Peut-être nous faisons nous des illusions, mais nous pensons qu'il peut s'agir d'un premier pas très important vers l'arrimage de la Russie à l'Europe, dans la constitution d'un grand ensemble politique et économique susceptible de renforcer l'indépendance et la puissance des deux partenaires face aux autres puissances.

On ne peut que féliciter le président français Nicolas Sarkozy, bien aidé il est vrai par la diplomatie française, d'avoir compris le rôle pilote que peut jouer la France dans ce rapprochement russo-européen. Il a pris soin de ne pas s'exprimer au seul nom de la France, mais en tant que président du Conseil Européen. Sans l'adhésion, d'une part des Etats déjà depuis longtemps favorables à ce rapprochement, Allemagne, Italie notamment, d'autre part des Etats du nord et de l'est de l'Europe encore inquiets des risques d'une reprise de l'expansion russe, la  démarche française serait sans grande portée.

Quel est l'intérêt de la Russie dans une telle perspective ? Manifestement, une très grande partie des personnalités russes qui réfléchissent calmement à l'avenir de leur pays sont européanophiles. Les bons esprits comprennent bien que, malgré ses grands intérêts asiatiques, le cœur historique de la Russie demeure européen. La Russie, nous l'avons expliqué dans des articles précédents, dispose actuellement de vecteurs de puissance importants, dans l'énergie et les matières premières, mais elle conserve des faiblesses dont il n'est pas nécessaire de refaire la liste ici, qui ne pourront que se réduire dans la coopération avec les pays de l'Union européenne, première ou seconde puissance économique du monde, d'une part, ensemble généralement démocratique et modéré au plan politique d'autre part.

Quant à l'Europe, elle peut apporter beaucoup à la Russie, en termes de l'économie réelle dont on parle beaucoup en ce moment. Elle dispose encore de pôles de recherche, d'enseignement supérieur et d'industries avancées qui ne demanderont pas mieux que coopérer avec leurs homologues russes, sur le plan de la réciprocité.

Nous voyons pour notre part un autre grand avantage aux perspectives de rapprochement. Celui-ci diminuera le rôle encore excessif joué par la diplomatie américaine en Europe, au détriment aussi bien de la détente avec la Russie que de la construction d'une véritable indépendance européenne. Les manœuvres ouvertes ou « couvertes » (covert) des intérêts américains, dans les pays européens ou au sein de l'Otan, visent essentiellement à diaboliser la Russie. L'objectif est d'abord d'empêcher le rapprochement européano-russe dont nous venons de parler, qui réduira nécessairement l'influence américaine dans le monde. Il est aussi, à titre interne, de conserver la maîtrise des approvisionnements pétroliers et gaziers du Caucase, comme de justifier de nouvelles dépenses militaires, sans lesquelles le Pentagone perd une part de sa raison d'être.

La réunion d'Evian n'a pas abordé ouvertement ces différents enjeux, qui espérons-le sont cependant restés présents dans l'esprit des participants. Elle a cependant affiché des perspectives de rapprochement intéressantes, une fois levé l'irritant préalable du retrait russe de la Géorgie.

Concernant le Caucase, Nicolas Sarkozy a fait une concession importante aux thèses russes, en se prononçant pour la participation de "tous les acteurs concernés" aux discussions qui doivent s'engager le 15 octobre à Genève au niveau des experts. Ceci laissait entendre que les Ossètes du Sud et les Abkhazes pourraient être associés à cette réunion, alors que leur déclaration d'indépendance, reconnue par la Russie, avait été rejetée par les Occidentaux. Il a eu parfaitement raison. L'Europe pourrait très bien envisager de reconnaître à terme ces deux micro-Etats, en échange d'une concertation réaffirmée russo-européenne  dans le traitement des relations avec tous les pays frontaliers, à commencer par l'Ukraine. L'essentiel sera, répétons-le, de faire cesser les gesticulations américaines conduites sous couvert de l'Otan.

Par ailleurs et surtout, Nicolas Sarkozy a estimé que le retrait russe ouvrait la perspective d'une reprise des négociations sur un nouvel accord stratégique Union Européenne-Russie. Le gel de ces discussions (principalement sous la pression américaine, rappelons-le)  était la principale mesure prise à l'encontre de la Russie par les Européens début septembre. "Une telle ambition, si elle est partagée, tracera le chemin vers un véritable espace économique et humain commun", a assuré Nicolas Sarkozy. L'objectif pourrait être de reprendre la proposition qu'il avait faite en septembre à l'ONU, visant à la constitution d'un espace économique commun qui unirait la Russie et l'Europe.

Il a également proposé la tenue fin 2009 d'un sommet de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) afin de ré-étudier les conditions de la sécurité sur le continent. Il a rejoint en cela les propositions précédentes de Dmitri Medvedev en juin, visant à travailler sur un "pacte régional" de sécurité européen, pour remplacer les structures héritées de la Guerre froide. Sous la pression américaine, certains gouvernements européens avaient vu là une tentative de réduire l'influence de l'Otan. Mais si l'Union réaffirmait sa puissance économique et militaire, elle n'aurait pas à craindre de participer à un tel pacte régional.

Concernant enfin la crise financière, Dmitri Medvedev s'est déclaré favorable à une réunion du G8 élargi "pour régler les problèmes du système financier mondial" proposée par la France. Celle-ci estime, à juste titre, que ce sommet international devrait se tenir après l'élection présidentielle américaine, début novembre.

Pour revenir sur l'économie et sur l'Otan, nous terminerons par une constatation de bon sens. Beaucoup de pays, membres ou non membres de l'Otant, souhaitaient y adhérer non pour des questions de sécurité (que l'Amérique serait bien incapable d'assurer), mais parce que cette adhésion rassurait les investisseurs internationaux. Si l'Europe savait sortir  avec élégance de la crise actuelle, en montrant qu'elle dispose d'une puissance économique suffisante, ne reposant pas sur des bases spéculatives, alors que Wall Street  est en train de plonger le monde entier dans le rouge, les investisseurs internationaux viendraient investir dans l' « économie réelle » d'un axe Europe Russie, sans se préoccuper d'éventuelles protections de la part de l'Otan.  
09/10/2008
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