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Otan. Des décisions inadmissibles, mais admises par la France

L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan), qui s'est réunie jeudi 4 et vendredi 5 septembre pour un sommet à Newport (Royaume-Uni), s'est prononcée sur les points suivants (source Le Monde). En rouge, nos commentaires

Une force de réaction rapide rénovée

La NATO response force (NRF) actuelle – 5 000 hommes, 30 à 60 jours de délai pour être mobilisée – est trop lente. Surtout, elle n'a jamais été utilisée, sauf pour des opérations humanitaires ponctuelles. La nouvelle force « très rapide », qualifiée de « fer de lance » (spearhead) doit pouvoir mobiliser un bataillon (800 hommes) dans les deux jours, une brigade (5 000 à 7 000 hommes) dans les 5 à 7 jours, et ce partout dans le monde.

Quand on considère que derrière l'Otan se tiennent les Etats-Unis, ceci signifie une possibilité d'intervention militaire des Etats-Unis partout dans le monde. Comme cette possibilité existe déjà, en quoi ceci est-il nouveau? La décision implique la possibilité d'un engagement militaire des pays européens dans des pays et lieux d'affrontement où ils n'auraient aucune intention d'aller, par exemple en Asie et plus immédiatement, contre la Russie. Ceci évidemment sans consultation des gouvernements et parlements de ces pays. La disposition est extrêmement dangereuse.

La nouvelle NRF s'appuiera sur des états-majors multinationaux renforcés en France, Royaume-Uni et Pologne. De plus, des bases logistiques avancées munies d'équipements et de munitions, capables d'accueillir des troupes en cas de besoin, seront installées dans les pays Baltes, en Roumanie et en Pologne.

Le rôle de ces derniers pays comme ligne de front d'un militarisation de l'Europe dirigée contre la Russie se trouve réaffirmée. Quand on sait la politique irresponsable que mènent déjà ces pays contre Vladimir Poutine, soutenue en sous-mains par l'Amérique, cette disposition est particulièrement dangereuse. La Russie serait en droit de protester énergiquement, compte-tenu du fait que l'Europe et la Russie ne sont pas – et ne pourront jamais – être en guerre.

La demande des alliés de l'Europe d'orientale de créer de nouvelles bases permanentes au sens classique du terme a été écartée.

Ce refus semble-t-il résulte du refus des grands Etats européens de s'engager à installer d nouvelles bases « américaines » en Europe. Un peu de bon sens a prévalu en ce domaine.

Le « plan de réactivité » dans lequel s'inscrit la NRF comprend des exercices permanents de façon à faire « tourner » de façon continue les troupes sur tout le territoire de l'OTAN.

Un plan de soutien à l'Ukraine

L'OTAN s'engage à défendre l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Ceci est inadmissible. Les ukrainiens russophones demandent au contraire soit une véritable autonomie, soit une fédéralisation forte, qui sera présentée par Kiev comme une atteinte à l'intégrité territoriale de l'Ukraine. La Russie soutient cette exigence. Beaucoup de responsables politiques et européens aussi. L'Otan entrera-t-elle en guerre pour défendre l'intégrité territoriale de l'Ukraine, si une telle autonomie s'établissait de fait, Kiev s'étant révélé incapable de l'empécher militairement? .Ou se limitera-t-elle à des gesticulations ?

L'Alliance ne mettra pas de troupes en Ukraine, cette question se traite au niveau bilatéral. L'Ukraine ne rejoindra pas l'OTAN, ce qui exige le respect d'une série de critères sur la qualité des forces armées et le respect de l'Etat de droit.

Encore heureux. Si ceci avait été décidé, c'était une véritable déclaration de guerre à la Russie, susceptible d'être suivie des pires escalades.

Le communiqué final du sommet de Newport rappelle simplement la traditionnelle « politique de la porte ouverte » de l'Alliance. Un fonds, abondé au départ de 15 millions d'euros, permettra de soutenir l'armée ukrainienne et d'accompagner sa réforme. Des moyens de renseignement, ainsi qu'une aide en matière de cyberdéfense, seront aussi apportés. Un plan de traitement des blessés du conflit est mis en place.

La prétendue cyberdéfense existe déjà. Elle est en fait, comme l'ont montré les révélations de Edwards Snowden, un atout de plus donné à la CIA et à la NSA (américaines) pour non seulement espionner la région, mais le cas échéant pouvoir détruire les communications internet et informatiques des pays soi-disant « défendus ».

Des mesures pour l'avenir de l'OTAN

Parmi elles, l'Alliance va renforcer ses capacités de cyberdéfense. Celle-ci est définie comme faisant partie du cœur de métier de l'OTAN, la défense collective.

Cf notre observation ci-dessus.

« L'initiative pour le développement de capacités de défense », ensemble de mesures pour aider des pays partenaires à former leur armée, va être étendue à la Géorgie, la Moldavie et la Jordanie. Dans un temps futur elle sera applicable à l'Irak (si son gouvernement le demande) et à la Libye (si la situation sécuritaire le permet).

L'OTAN adopte un paquet de mesures de soutien aux forces géorgiennes.

Les pourparlers avec le Monténégro vont s'ouvrir au plus tard en 2015 en vue d'une intégration.

Tout ceci démontre la volonté des Etats-Unis, via l'Otan, d'intervenir de plus en plus concrètement dans les pays « aidés ». Y compris sous la forme d'une aide à la lutte contre le soi-disant Etat islamique, aide qui au vu des expériences précédentes aura toute les chances de se transformer en appui aux djihadistes.

Un engagement budgétaire

Les 28 Etats membres promettent de dépenser 2 % de leur PIB au titre de la défense, et 20 % de cet effort à l'investissement dans les futurs équipements militaires. Cet objectif est fixé à l'horizon 2025. Il n'est pas contraignant. Mais c'est la première fois que l'OTAN le formalise de cette façon solennelle, dans une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord.

Ceci est inacceptable, notamment pour un Etat comme la France qui jusqu'à présent avait voulu consacrer des ressources budgétaires, malheureusement chaque jour plus réduites, à une force de défense nationale, en attendant le mise en place d'une vraie défense européenne, placée non sous le commandement de l'Otan, mais sous celui d'une force véritablement européenne, c'est-à-dire, comme l'Union européenne elle-même devrait l'être, puissante, autonome et indépendante de toutes influences extérieures.

On notera par ailleurs que, durant ce sommet, le président de la République française a paru plus attaché à défendre sa réputation personnelle qu'à affirmer une position française elle-même puissante, autonome et indépendante de toutes influences extérieures.

Il n'est pas revenu sur la véritable capitulation que lui ont imposé les représentants de l'Otan concernant la non-livraison aux Russes des deux BPC (bâtiments de projection et de commandement) déjà payés par eux.

NB. On pourra lire un article traduit en français de Pepe Escobar sur le même sujet, publé par saker.fr
http://www.vineyardsaker.fr/2014/09/06/loeil-itinerant-lotan-va-t-liberer-djihadistan/

06/09/2014
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