Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

Un Kurdistan indépendant

Dans un article du 18 juin, Vers un grand Kurdistan? nous évoquions, avec une sympathie certaine, la possibilité que soit le Kurdistan irakien seul, soit les autres parties d'un Kurdistan encore divisé, se dotent d'un statut commun d'Etat.


Même si, à la suite du dessin artificiel des frontières au Moyen-Orient, et sous la pression des Etats voisins, cette perspective n'avait pas été retenue par les  vainqueurs de 1920, maîtres du jeu à l'époque, elle mériterait tout à fait pensons-nous d'être aujourd'hui imposée, non par des étrangers mais par les Kurdes eux-mêmes. Indiscutablement ceux-ci ont autant de titres que des Irakiens plus que jamais divisés, à bénéficier de cette reconnaissance internationale.

Nous écrivions dans l'article précité:http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1389 « Ce projet était né à la fin du 19e siècle. Divisés depuis 1639 entre les Empires perse et ottoman, les Kurdes revendiquent depuis cette époque l'unité d'un territoire où leur peuple, d'origine indo-européenne, vit depuis l'Antiquité. En 1920, après la chute de l'empire ottoman, les alliés promettent la création d'un grand État du Kurdistan. Mais celui-ci ne verra jamais le jour. En 1923, le peuple kurde est placé sous l'autorité de quatre pays : Turquie, Iran,Syrie sous protectorat français et Irak sous protectorat britannique.

Aujourd'hui, le Kurdistan reste un territoire mythique, sans frontières reconnues, et les Kurdes une nation sans État. Les trente millions de Kurdes du Moyen-Orient n'ont pourtant cessé de lutter pour faire reconnaître leurs droits culturels et politiques, face à des États centralisateurs et répressifs. Mais les divisions linguistiques et religieuses les ont conduits à lutter en ordre dispersé. Aussi bien, les partis politiques kurdes, y compris le PKK en Turquie, semblent s'être résignés à n'obtenir que l'autonomie de chaque minorité kurde dans le cadre des États existants. C'est ce qu'ils ont acquis en Irak après des luttes sanglantes avec Saddam Hussein ».

Il ne nous appartient pas ici de parler pour les Kurdes. C'est à eux de savoir et faire savoir ce qu'ils veulent devenir. Constatons seulement qu'aujourd'hui, les Kurdes d'Irak, autrement dit de la région autonome du Kurdistan, ont jusqu'à présent été les seuls à s'opposer victorieusement à ce que la presse occidentale considérait comme inévitable, la mise en place d'un prétendu « Califat pour l'Irak et le Levant ». Celui-ci serait une catastrophe pour les confessions et les tribus ne s'étant pas ralliés à l'islamisme de combat qu'il prétend incarner. Non seulement les Chrétiens d'Orient dont à juste titre les Européens doivent se préoccuper mais les représentants d'autres confessions et les Kurdes eux-mêmes auraient été passés au fil du sabre, si ces Fous de Dieu avaient pris le pouvoir. Ne mentionnons pas la menace qui aurait aussi pesé sur l'Europe, la Russie, l'Egypte et quelques autres.

Certains de nos lecteurs, (un peu extrémistes, nous en avons) nous avaient reproché récemment de féliciter François Hollande d'avoir pris la décision de réapprovisionner en armes les peshmergas, autrement dit les combattants de la région autonome de Kurdistan (Voir notre article « Armer les peshmergas » http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1451&r_id=) . Les forces kurdes, quoique relativement bien organisées et disposant d'un armement léger, ne sont plus en état de faire face aux djihaddistes. Rappelons que ceux-ci avaient été initialement financés et armés par Washington, avant de se voir traités en ennemis, aux hasards de la diplomatie fluctuante américaine dans la région (diplomatie du dollar et des forces spéciales).

Aujourd'hui, pour préserver leur forte présence à Erbil et aussi leurs visées sur le pétrole kurde, les Etats-Unis ont pris la décision d'aider les peshmergas à défendre les frontières de la province, mais aussi le grand barrage hydroélectrique de la région. Courageusement cependant ils ont limité leurs interventions à des frappes aériennes, dont on nous assure qu'elles seraient très efficaces (à voir).

L'appui récent américain aux peshmergas ne devrait pas être une raison d'un retrait européen qui serait inqualifiable. Intrépidement, le 15 août, les chefs d'Etat européens ont décidé de ne rien décider., laissant chacun faire comme il l'entend. En dehors de François Hollande, qu'il faut répétons le-féliciter de cette décision, que l'on apprécie ou pas sa politique sur d'autres dossiers, le Royaume-Uni, l'Italie et la Tchéquie auraient choisi de faire de même. Mais Berlin, nous apprend un éditorial du Monde en date du 19 août, s'interroge encore. Il ne faudrait pas, selon le ministre des affaires étrangères Franck Walter Steinmeier, que les combattants kurdes se retournent contre l'Etat central de Bagdad.

Quel soudain amour pour le nouveau gouvernement Irakien a saisi les Allemands? Pour eux, un Etat kurde indépendant, selon le Monde qui rapporte cette position en l'approuvant servilement, déstabiliserait encore plus le Moyen-Orient , en entrainant une guerre de tous contre tous. Avait-on raisonné comme cela lors de la réunification des deux Allemagnes, en prétendant sans preuves qu'une Allemagne réunifiée déstabiliserait toute l'Europe ?

L'Orient est certes compliqué. Mais il vaut mieux lui appliquer des idées simples que pas d'idées du tout. Nous faisons pour notre part le pari que le Kurdistan renforcé déstabiliserait, non la région, mais l'offensive djihaddiste. L'enjeu vaut bien de courir le risque.

19/08/2014
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 2
L'auteur se trompe lourdement
19/08/2014 15:25:13 | Par : JB
Le Kurdistan autonome irakien n'existe que parce que le clan Barzani à sa tête joue le jeu des intérêts américains et israéliens dans la région ( En vendant son pétrole à ses derniers et en affaiblissant l'Irak chiite proche de l'Iran ) Il est a noter que le PKK a très fortement condamné la création de cette entité autonome, qu'il considère comme faisant le jeu de l'impérialisme américano-sioniste.


Désolé mais je persiste
19/08/2014 15:34:14 | Par : JPB
Dans mes trois articles sur le Kurdistan, j'évoquais surtout un Kurdistan autonome regroupant ses différents composantes. Je sais, c'est aujourd'hui un voeu pieu. Mais si la diplomatie européenne (?) n'était pas terrifiée par la peur de la Turquie, elle pourrait jouer cette carte. Quant au PKK que vous citez, il faut prendre ses propos avec recul. Dans l'immédiat, ce n'est pas lui qui s'oppose à la montée du "Califat" dans la région, mais la Région autonome, quels que soient les motivations de Barzani.
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire