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Armer les peshmergas

Pour une fois, il faut féliciter François Hollande. Il a pris la décision qui s'imposait: livrer des armements français aux peshmergas, qui sont les combattants du Kurdistan irakien. Leur « Etat » est actuellement soumis sur toutes ses frontières à une forte offensive des djihadistes du « Califat islamique en Irak et au Levant » eux-mêmes lourdement armés à partir de matériels récupéré en Libye ou sur les troupes irakiennes, notamment des blindés.

Les matériels, qui ne seront malheureusement pas livrés immédiatement, sont de type léger: des mortiers, des missiles anti-chars, des véhicules, des munitions et surtout des systèmes de communication, d'observation et de reconnaissance dont ne disposent pas les Kurdes. La Grande Bretagne vient de proposer de contribuer à la livraison avec des avions de transports militaires, avions dont la France, on le sait, est cruellement dépourvue.

On pourra reprocher à François Hollande d'avoir pour ce faire attendu le feu vert de Barack Obama, dont il apparaitra une fois de plus comme le « caniche ». Les Américains, pour leur part, outre qu'ils ont un consulat et des services à Erbil, la capitale, s'intéressent surtout aux réserves de pétrole du Kurdistan. Mais la question n'est plus là dorénavant. Elle est de savoir ce que fera ou ne fera pas l'Europe pour s'opposer à la mise en place progressive d'un Etat islamique décidé à s'étendre dans tout le Moyen Orient. Cette structure, notamment par l'intermédiaire des volontaires dhihadistes qu'elle recrute désormais dans toutes les villes européennes, peut devenir si elle n'est pas arrêtée, un véritable danger systémique, non seulement contre l'Europe et des pays voisins tels que l'Egypte, mais au delà contre l'Union eurasiatique que Vladimir Poutine a récemment décidé de constituer.

Les Kurdes, notamment ceux du Kurdistan irakien, sont dans l'ensemble musulmans, mais ils abritent différentes autres communautés religieuses, notamment des chrétiens avec qui ils vivent pacifiquement. Venir à leur aise ne peut en aucun cas être attribué à une politique anti-islamique systématique. Certes, leur positionnement politique n'est pas toujours pro-européen. Mais dans l'ensemble ils représentent, quoique en dise la Turquie, un élément d'équilibre essentiel dans la toute la région. Nous en avons discuté dans des articles précédents. Les aider s'impose donc.

Tous les gouvernements européens n'en sont pas convaincus, sauf sans doute l'Italie Enfermés dans leur égoïsme et leur courte-vue, ils se réfugient courageusement, actuellement, dans l'abstention. Cependant une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne sur l'Irak a été fixée au vendredi 15 août, a annoncé mercredi en fin d'après-midi un porte-parole des services de Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne. On observera avec intérêt les décisions qu'elle prendra.

François Hollande, dans cette affaire, a fait ce que nous aimerions qu'il fasse sur tous les dossiers européens urgents, bloqués par l'incapacité de l'Union à se comporter comme un véritable Etat. Il a décidé d'agir seul, en espérant que d'autres le suivront. Mais, pour ce faire, à l'avenir, il faudrait revenir sur la politique actuelle désastreuse de réduction des dépenses militaires françaises. Si l'on veut être pris au sérieux, il faut s'en donner les moyens. Même s'il faut pour cela augmenter les impôts.

Compléments en date du 14 août 2014

Certains correspondants reprochent une grande naïveté à l'article ci-dessus, lequel approuve l'appui militaire (en matériels) qui devrait être apporté par la France aux peshmergas du Kurdistan irakien. Ils me font valoir que, bien plus encore que je ne l'écrivais moi-même, l'opération de secours aux peshmergas a été initialisée presque entièrement par Barack Obama. Celui-ci voulait éviter à tous prix que les djihadistes ne s'emparent, à Erbil, capitale menacée du Kurdistan, du « consulat » américain. Celui-ci n'est en effet pas un simple consulat, mais un noeud de services et forces spéciales américaines, récemment renforcées, chargées de protéger les intérêts pétroliers et politiques américains dans la région. Barack Obama ne voulait certainement pas que se renouvelle l'équivalent de la prise par les djihadistes de l'ambassade américaine à Benghazi qui lui fut reprochée avec véhémence. Toute cette argumentation est développée dans un article de Pepe Escobar, qui vient d'être traduit par nos amis du Saker.fr et dont nous conseillons vivement la lecture. http://www.vineyardsaker.fr/2014/08/13/loeil-itinerant-obama-bombarde-calife/

Nous ne nions en rien les arguments de cet article, néanmoins nous pensons que les conclusions du nôtre ne doivent pas dans l'ensemble et jusqu'à plus ample informé, être modifiées. Si François Hollande a reçu le 9 aout le président du gouvernement régional du Kurdistan d'Irak, Mahmoud Barzani, ce n'est pas uniquement pour faire plaisir à Obama. Il arrive de temps en temps que la diplomatie française puisse avoir quelques opinions de son propre chef. Ledit Barzani préside aux destinées de la région autonome kurde depuis la réunification, en 2005, des régions kurdes d'Irak, qui étaient autonomes depuis la première guerre du Golfe en 1991 mais divisées. Le Kurdistan jouit d'une certaine autonomie dans la conduite de ses affaires, notamment pétrolières, gênant ceux voulant se les approprier, y compris aujourd'hui le « Califat islamique » précité. Une élection présidentielle doit se tenir en septembre, et Mahmoud Barzani envisage de se présenter à un troisième mandat, ce que l'opposition juge illégale. On ne sait ce qu'il en sera, mais pour le moment il est là.

Or répétons-le, il faut savoir ce que l'on veut. Veut-on que le susdit Califat ajoute à son tableau de chasse la province autonome? Ceci en ferait une puissance quasi incontournable. Ni l'Europe, ni la Russie, ni l'Egypte, ni même sans doute l'Iran, ne pourraient s'en réjouir. Si l'on veut éviter cela, même si l'on est momentanément sur la même longueur d'onde que l'Amérique, il faut aider les combattants peshmergas. Ceux-ci répètent à tout va qu'ils n'ont pas besoin d'hommes, fussent-il fournis par les services secrets américains, mais d'armes. Il faut leur en donner. Peut-être se retrouveront-elles par des voies obscures aux mains des djihadistes, mais peut-être pas. Le risque vaut d'être couru.

Comme indiqué dans notre article, les représentants des Etats membres de l'Union européenne devraient en débattre le 15 aout. Se limiteront-ils à traiter la question humanitaire ou aborderont-ils les aspects militaires? Connaissant l'énergie (!) que met la Haute représentante Catherine Ashton sur ce dossier, toutes les options seront sur la table, comme l'on dit, y compris celle de ne rien faire.

PS au 16 août.
Le 15 aout, les représentants des Etats membres de l'Union européenne ont décidé, avec une touchante unanimité - ou plutôt pusillanimité - que chaque Etat européen fera ce qu'il jugera bon dans ce domaine.



13/08/2014
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La prudence s'impose
15/08/2014 15:15:24 | Par : JVL
Sans entrer dans de longs développements , je tiens cependant à dire que, pour ma part, je suis totalement acquis à l'idée d'aider les Kurdes à s'opposer aux Fous de Dieu qui déferlent sur l'Irak. Mais en revanche, je ne pense pas judicieuse la décision de livraison d'armes prise par Hollande. Celles-ci arriveront tardivement, elles seront livrées à des personnels non expérimentés et non instruits, renouvelant le risque de fausse manoeuvre et de bavure du type Vol Malaysian. Mal servies par des personnels vulnérables, ces armes risquent également d'aboutir in fine dans les mains des Islamistes, car on ne s'improvise pas guerrier professionnel face à des combattants en fait assez entrainés.
Donc pour moi, c'est une faute de plus de la part de notre diplomatie, une diplomatie au jour le jour sans réelle vision géostratégique et conçue dans la précipitation sous le coup de l'émotion, conformément au comportement désormais habituel du pouvoir politico-médiatique actuel .
En revanche je suis évidemment fortement partisan d'un pont aérien d'aide humanitaire et également de frappes aériennes, à la condition expresse qu'elles soient PARFAITEMENT ciblées, ce qui suppose une capacité de renseignement particulièrement performante et un discernement dans la désignation des cibles qui n'est pas donné à tout le monde, l'exemple d'Israël est là pour nous le rappeler .
Peut-être est-ce peu glorieux , mais je crois que la plus grande prudence doit être de mise dans nos rapports avec les différents acteurs du Moyen Orient, quels qu'ils soient. L'Union Européenne n' a peut-être pas tout-à-fait tort de ne pas s'engager dans la voie préconisée par la France et la Grande-Bretagne.
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