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Poutine riposte enfin

Beaucoup s'étonnaient, en Russie comme en Europe, de constater que Poutine ne semblait pas réagir aux injustes agressions américaines, prenant la forme de « sanctions » économico-politiques relayées docilement par les Européens.

 

Laisser en effet l'Amérique croire qu'elle pouvait impunément imposer au monde entier sa volonté croissante de « détruire la Russie » risquait de conduire à la guerre. Ne pas réagir pouvait en effet être considéré comme une forme d'acquiescement russe, non seulement aux procès injustes qui lui sont faits dans l'affaire ukrainienne, mais même à son incapacité de tenir tête à l'Amérique.

Or celle-ci, qui dans certaines sphères politico-militaires se croit encore une superpuissance n'aurait pas manquer d'en abuser. Outre la Russie, sortant à peine du délabrement que lui avait imposé l'Occident après la chute du communisme, mais d'autres parties du monde, notamment la Chine, auraient vu très vite les agressions contre elles, éventuellement militaires, s'intensifier.

Mais Poutine a finalement réagi. Le jeudi 7 août un "embargo total" sur la plupart des produits alimentaires européens et américains a été décrété. La Russie menace aussi d'interdire le survol de son territoire entre l'Europe et l'Asie.

Cet embargo alimentaire d'une durée d'un an concerne le boeuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait, les légumes et les fruits en provenance des États-Unis, du Canada, de l'Union européenne, de la Norvège mais aussi de l'Australie. Cette interdiction pourra toutefois être levée si "nos partenaires font preuve d'une approche constructive", a déclaré Dmitri Medvedev dans une intervention télévisée.

Ce ne fut pas pour Poutine une décision facile, car il s'en prenait ainsi indirectement aux consommations de la classe dite des « nouveaux riches », très influents en Russie. Mais le patriotisme russe, très sous estimé en Occident, fera sans doute accepter la chose. En contrepartie, les pays exportateurs de ces produits vers la Russie enregistreront une baisse de leur commerce estimée aujourd'hui globalement à 10%. Dans l'état de surproduction propre en cette saison à certains marchés, ce ne sera pas négligeable. Les producteurs, notamment européens, s'en prendront-ils à leurs gouvernements qui se sont laissés engager de façon irresponsables dans les sanctions décidées par Washington? Le proche avenir le dira.

Poutine aurait pu aller plus loin, notamment fermer le robinet du gaz russe vers l'Europe. Les pays de l'Europe du Nord, notamment l'Allemagne, en auraient particulièrement souffert. Mais d'une part il se serait privé d'une source de revenus sinon essentiels du moins importants, mais il pouvait craindre de dresser radicalement contre lui les opinions publiques européennes. On peut être certain cependant que l'industrie allemande, déjà peu enthousiasmée par les sanctions, le sera de moins en moins en réfléchissant à cette perspective.

Concernant cependant les conséquences à plus long terme des contre-sanctions russes aux sanctions « occidentales », elles seront nécessairement favorable à la construction d'un BRICS beaucoup plus décidé encore à contester la domination américaine et celle du dollar. En effet, en échange d'importations accrues de pétrole et de gaz russes, les pays du BRICS, auxquels s'ajoutera sans doute très vite l'Argentine révoltée par le traitement que lui impose l'Amérique, pourraient voir s'ouvrir pour eux d'intéressantes perspectives d'exportation vers la Russie. D'abord dans le domaine de la viande ou des fruits et légumes, mais très vite concernant d'autres produits finis ou semi-finis. Ainsi la population russe ne serait-elle pas obligée de restreindre trop longtemps son niveau de consommation.

Les dindons de la farce, si l'on nous permet l'expression, seront alors et plus que jamais les Européens, empêtrés dans un atlantisme qui les a toujours paralysés et qui le fera de plus en plus. Dans un endroit aussi à l'écart des conflits que sont les stations alpines, l'on commence à s'en inquiéter. Après tout, les nouveaux riches russes, qui font la fortune de certaines stations, pourraient redécouvrir avec intérêt le tourisme vers le Caucase ou l'Himalaya.

07/08/2014
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