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Sommet Inde-Europe à Marseille le 29.09.2008

L'Union européenne et l'Inde se retrouvent lundi 29 septembre à Marseille en sommet annuel afin de négocier un accord de libre-échange et surtout pour confronter leurs stratégies relatives aux grands problèmes mondiaux : le réchauffement climatique, les crises financière et alimentaire, le terrorisme.

On ne souligne pas assez en Europe l'intérêt d'un rapprochement plus poussé entre l'Inde et l'Union européenne. Ces deux grands ensembles géopolitiques, pour ne pas parler de puissances mondiales (au moins en ce qui concerne l'Europe qui ne l'est pas encore véritablement en termes politiques) présentent en effet suffisamment de points communs et de convergences pour pouvoir constituer, dans un monde multipolaire chaotique, un axe de stabilité et de développement raisonnable.

L'Inde est, comme l'Europe, une grande puissance démocratique. Certes la démocratie n'y prend pas toujours la forme que lui donnent les juristes européens. Le rôle des grandes familles, la sujétion dans laquelle sont maintenues la caste des Intouchables et par ailleurs les femmes, nous heurtent. Mais il existe une opinion publique, qui peut s'exprimer à l'occasion des élections nationales et locales. Il n'existe pas de censure officielle, sauf sur certains points intéressant des questions localement sensibles mais qui ne permettent pas de considérer le système comme une dictature. Par ailleurs, si l'Inde est profondément religieuse et loin d'être laïque au plan politique, sa religion, sans prôner une non-violence béate comme on le croit souvent, ne conduit pas  en général – sauf chez quelques groupes fanatisés – à des actions terroristes. Elle peut donc coopérer avec l'Europe dans la lutte contre le terrorisme.  

L'Inde, mieux que l'Europe, a compris la nécessité de se doter de forces militaires  puissantes indépendantes, tant de l'Otan que des fournisseurs d'armements américains ou russes. Elle dispose de l'arme nucléaire. Ces atouts, qui lui avaient vivement contesté les Etats-Unis, lui permettent de pouvoir contrer le cas échéant une montée en puissance d'un Pakistan ou d'une Indonésie en proie aux islamistes – ce qui n'est pas le cas aujourd'hui mais qui pourrait se produire, notamment si l'Amérique, à force de provocation, conduisait au renversement de l'actuel président pakistanais Asif Ali Zardari. Dans les derniers mois, l'Inde a su éviter à propos de la question toujours chaude du Cachemire, éviter toute montée aux extrêmes à l'égard du Pakistan – lequel a réagie de même. On peut donc dire que l'Inde et l'Europe devrait pouvoir s'entendre sur des politiques communes de lutte contre les extrémismes islamiques et les tentations d'actions militaires américaines ou israéliennes en Asie et au Moyen-Orient. 

L'Inde par ailleurs représente une puissance économique et scientifique considérable. Elle est favorisée en ce sens par les effectifs et la jeunesse de sa population, dont la formation générale et spécialisée est particulièrement bonne. On sait que de nombreuses entreprises et laboratoires de recherche occidentaux ont installé des filiales en Inde ou conclu des accords de coopération. Par ailleurs, les grandes entreprises indiennes, sur le modèle familial soutenu par l'Etat, ont pris récemment une taille mondiale, aux dépens des industries européennes, qui n'ont pas su bénéficier du même appui public. Des faiblesses considérables demeurent cependant, notamment l'insuffisance des grandes infrastructures, le manque de pétrole ou de matières premières, une agriculture menacée par les phénomènes généraux liés aux crises environnementales, une population de centaines de millions de pauvres qui sont loin de pouvoir espérer le niveau de vie des classes moyennes urbaines.

Enjeux du 9e sommet


Ce neuvième sommet --en présence du Premier ministre indien Manmohan Singh, du président français Nicolas Sarkozy et du président de la Commission européenne José Manuel Durao Barroso-- se tient au moment où l'Inde n'a jamais été aussi fière de son double statut de "plus grande démocratie du monde" et d'économie la plus performante de la planète, juste derrière la Chine.

"L'Inde et Europe sont liées par les valeurs communes de la démocratie et du pluralisme", avait  souligné M. Singh en partant lundi dernier pour une semaine à New York et à Washington, avant sa visite à Marseille puis à Paris les 29 et 30 septembre. On remarquera à cet égard que le Premier ministre Indien tient à maintenir un équilibre entre ses relations avec les Etats-Unis et celles avec l'Europe.

L'Union  reste, devant la Chine, le premier partenaire commercial de l'Inde, avec 60 milliards d'euros de biens et de services échangés l'an dernier. Mais elle n'est que le neuvième partenaire commercial de l'Union, derrière la Corée du Sud, ce qui est anormal, comme l'a relevé devant le Parlement européen le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet.

Pour corriger ce déséquilibre, les deux parties vont continuer de discuter d'un éventuel accord de libre-échange. Même si la Fédération des chambres indiennes de commerce et d'industrie (FICCI) rêve d'un accord "bouclé pour 2009", des diplomates indiens et européens admettent qu'"il reste beaucoup de travail". "Nous ne conclurons pas à Marseille", préviennent-ils, notamment en raison du calendrier électoral en Inde qui doit organiser ses législatives avant mai 2009.

Nous ne sommes pas pour notre part convaincus qu'un accord de libre-échange, dans la perspective actuelle de retour sur les excès de la dérégulation, serait à lui seul une bonne solution. De nombreux points de coopération ne peuvent que relever de coopérations inter-étatiques. Malheureusement l'Europe n'est pas encore organisée politiquement pour parler d'une seule voix dans cette direction.

Certes,  l'Union européenne avait fait de l'Inde son "partenaire stratégique" en 2004. L'année suivante, elle a adopté "un plan d'action", un cadre pour le dialogue politique et la coopération, les Européens étant alors convaincus du potentiel économique de l'Inde. Mais ce partenariat est resté pour l'essentiel du domaine des intentions.

Aujourd'hui, il conviendrait, selon les expression de Jean-Pierre Jouyet, définir " un  plan d'action rénové, plus court, plus opérationnel » notamment pour les questions énergétiques, climatiques et de sécurité. Pour le réchauffement climatique, l'Union juge que l'Inde, dorénavant troisième pollueur de la planète, ne fait pas assez d'efforts pour se fixer des objectifs de réduction de ses émissions de CO2. la vice-présidente de la Commission européenne Margot Wallström, considère que l'Europe a une conception opposée à celle de l'Inde: agir contre le changement climatique n'est pas contradictoire avec la croissance économique.

Au plan politique, avant d'arriver en France, M. Singh avait dit vouloir renforcer la coopération dans l'antiterrorisme avec l'Europe, au moment où son pays est frappé depuis novembre 2007 par une vague d'attentats revendiqués par un groupe islamiste indien qui ont fait 150 morts. L'Union devrait comme l'Inde être attentive à l'évolution du Pakistan et de l'Afghanistan. Il ne s'agit pas seulement d'y condamner dans ces pays la montée des « talibans » , mais de rappeler aux Etats-Unis que leur interventions militaires de plus en plus appuyées dans ces pays ne fait que renforcer les forces islamistes et déstabiliser ce qu'il y  reste de pouvoirs modérés.

Le dialogue diplomatique devrait également porter sur la crise financière américaine et mondiale, à laquelle l'Inde assure, pour l'instant, avoir échappé. Grand producteur agricole, l'Inde sera probablement sollicitée par l'Union européenne  à propos de la flambée des denrées alimentaires, afin d'adopter des attitudes communes, notamment à la FAO ou à l'ONU. 

A cet égard, en termes de représentation, il serait temps qu'un « pays émergé » comme l'Inde ait sa place dans les affaires mondiales.  Le Premier ministre Singh ne manquera certainement pas de parler une nouvelle fois d'un siège permanent au Conseil de sécurité pour l'Inde et de l'élargissement du G8. Des revendications que la France soutient, mais sur lesquelles l'Union n'a pas de position commune - ce qui n'est évidemment pas compréhensible.

Coopération franco-indienne

En marge du sommet de Marseille, la France fera valoir aux Indiens l'intérêt d'une coopération bilatérale, là où  précisément l'Union n'est pas capable d'agir efficacement. La France peut investir sur un plan de réciprocité avec l'Inde dans les domaines de l'énergie nucléaire, de l'aérospatiale civile et militaire, des  transports ferroviaires, des nouvelles industries vertes. Quand on recense l'étendue des possibilités et des besoins réciproques, on ne peut que déplorer la lenteur des pourparlers, tenant il est vrai à des lourdeurs respectives.  

NB: nous donnerons écho si nécessaire, en annexe à cet article, les résultats du sommet.

29/09/2008
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