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Vers une guerre nucléaire de plus en plus probable. Vers l'anéantissement de nos civilisations

En ce 1er août 2014, centième anniversaire de la déclaration de la guerre dite de 14/18 qui fit plus de 50 millions de morts, le gouvernement français avait demandé à toutes les églises de France de sonner le tocsin, comme elles le firent pour signaler l'ordre de mobilisation générale. L'initiative mémorielle était bonne, malgré les innombrables bruits parasites modernes qui ont souvent étouffé le son des cloches.

Mais qui se prépare aujourd'hui en France à sonner le tocsin pour provoquer la mobilisation générale contre la nouvelle guerre en préparation, guerre nucléaire qui entrainerait à coup sur la disparition de la Russie, de l'Europe et sans doute d'autres pays du monde? Personne. Pourquoi? En France, semble-t-il, par aveuglement et incompétence. Cette guerre serait, comme toutes les informations circulant à ce sujet l'indiquent, déclarée par l'Amérique pour entraîner la disparition d'une Russie considérée encore, plusieurs décennies après la fin du communisme, comme une rivale insupportable. Or ce qui vient de l'Amérique est accepté  par une majorité de l'opinion française, comme décision quasi divine, ne devant absolument pas être remise en question.

Nous publions ici quelques paragraphes d'un nouvel article de Philippe Grasset s'efforçant de comprendre pourquoi, ni aux Etats-Unis, ni a fortiori en Europe, les décisions les plus folles de l'encore hyper-puissance seront acceptées passivement.

Stephen F. Cohen et l'“impensable” : la guerre avec la Russie par Philippe Grasset (extraits)
http://www.dedefensa.org/article-stephen_f_cohen_et_l_impensable_la_guerre_avec_la_russie_01_08_2014.html

Stephen F. Cohen est sans doute le meilleur spécialiste de la Russie de sa génération, parmi les experts US attachés à cette orientation. Il est également assez isolé, comme on l'a déjà noté à plusieurs reprises, puisque son appréciation est extrêmement nuancée ...Avec sa femme Katrina Venden Heuvel, directrice de la rédaction de The Nation, il cosigne une analyse parue le 30 juillet 2014 sur le site de cet hebdomadaire, l'un des très, très rares aux USA à suivre une ligne démarquée de l'actuelle folie belliciste qui balaie les élites-Système washingtoniennes. Le titre de l'article est énoncé sous forme d'une question, – «Why Is Washington Risking War With Russia?», – Curieusement ou bien au contraire très significativement, l'article n'apporte pas de réponse. Le texte se contente de décrire le processus en cours, avec l'hypothèse qui commence à être considérée sérieusement que la bataille en cours dans le Donbass va dégénérer en affrontement avec la Russie.
http://www.thenation.com/article/180825/why-washington-risking-war-russia

... Pour suivre les conceptions de Cohen, on enrichira très largement cet article par des interventions télévisées, essentiellement sur Russia Today (il n'est pas souvent le bienvenu sur les chaînes US à cause de ses opinions qui n'envisagent pas la condamnation immédiate et sans appel de la Russie). Stephen F. Cohen est l'un des interlocuteurs favoris de Peter Lavelle et de son émission CrossTalks, et souvent avec son collègue de l'université de Chicago, John Mearsheimer. Dans la dernière émission de Peter Lavelle, http://rt.com/shows/crosstalk/155288-containment-policy-cold-war/ sous le titre Cold War 2.0, Cohen et Mearsheimer sont effectivement les deux invités. C'est la deuxième fois qu'une émission commence avec cette question de Lavelle à Cohen : “Que diront plus tard les historiens de notre époque ?”, et Cohen de répondre “D'abord, il faudrait savoir s'il y aura encore des historiens, parce que la situation d'aujourd'hui pourrait aisément nous mener à une guerre nucléaire”. Effectivement, Stephen F. Cohen ne manque pas de dire à nouveau combien il juge tout à fait possible, sinon probable, un affrontement direct entre les USA et la Russie, jusqu'aux armes nucléaires.

...

Mais pourquoi? John Mearsheimer propose l'idée que les USA s'estiment être de la catégorie hors des normes, de la catégorie de cet exceptionnalisme que le président des USA lui-même érige étrangement en doctrine, exceptionnalisme d'une puissance dispensatrice d'une “hégémonie bienveillante” (“benevolent hegemon”, – l'expression anglo-américaniste est apparue au début des années 1990 dans les milieux neocons). L'expression “hégémonie bienveillante” signifie que les USA sont, dans l'univers et sans doute au-delà d'ailleurs, la plus apte et même la seule puissance à pouvoir concevoir, exposer et développer les plus sûres recettes et méthodes pour un monde apaisé, bien rangé, satisfait, vertueux, conforme au Dessein divin – démocratisé et globalisé aussi, pour ne rien oublier.

Cette croyance, selon Mearsheimer, est extrêmement forte depuis la fin de la Guerre froide, et elle conduit les dirigeants-Système de Washington à considérer que la “résistance”, – la plus forte et la plus menaçante à cet égard, – de la Russie à ce modèle des “lendemains qui chantent” relève de la stupidité, de l'entêtement suspect et enfin de l'intention maléfique pure et simple. Au reste, et en offre alternative à la réflexion, les mêmes dirigeants ne doutent pas qu'une pression soutenue contre Poutine, du type regime change mais avec menace apocalyptique implicite pour faire sérieux, finira par détruire cette direction et fera surgir, littéralement comme les Cent-Fleurs du maoïsme, une alternative démocratique qui résoudra tout cela.

Là-dessus, bien sûr, on trouve toutes les justifications et les exonérations de culpabilité pour les interventions clandestines, les ingérences, les actes sans fin de corruption, de piraterie, de banditisme, de chantage, etc. Mais il s'agit bien des conséquences, parce que les affaires, le business, la brutalité des actes, l'affirmation spectaculaire de la puissance, l'irrespect des principes, etc., ne sont pas les causes de l'action de Washington en tant que telle (dont Washington serait responsable), mais les conséquences parfois gênantes ou malheureuses, qu'importe, d'une action qui est autorisée sinon recommandée, avec toutes ces déformations, par cette pathologie de la psychologie.

Cohen partage complètement cette hypothèse, dans tous les cas cette voie de réflexion pour expliquer une situation extraordinaire. Il note que la situation aujourd'hui à Washington est effectivement extraordinaire par la puissance du consensus en faveur de l'agressivité extrême contre la Russie, notamment au Congrès. Un tel consensus n'existait pas durant la Guerre froide, où s'opposaient un parti des Cold Warriors (“Guerriers froids”, partisans d'une politique antisoviétique dure) et un parti des “détentistes” (partisans d'une entente avec l'URSS), les uns et les autres étant répartis d'une façon assez équilibrée. Cohen semble estimer que le consensus actuel en faveur de l'agressivité extrême contre la Russie constitue un phénomène qui n'est pas vraiment l'effet d'une contrainte, d'une consigne ou d'une censure, etc., mais qui ressort de cette psychologie productrice de l'“hégémonie bienveillante” que propose son collègue Mearsheimer.

...

Observons pour notre part, comme indiqué en introduction, que cet étrange consensus s'étend, encore plus étrangement s'il était possible, aux Européens mêmes, à ceux-là qui en seront les premières victimes.

01/08/2014
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Halte au feu
02/08/2014 06:47:52 | Par : JFL
Je croyais vous avoir suffisamment mis en garde contre l'irresponsabilité de ceux qui évoquent à tout bout de champs l'éventualité d'une guerre nucléaire. Halte aux divagations de ce genre...! Faire fi de l'efficacité de la dissuasion nucléaire, c'est accroitre le risque de dérapages et de paniques que rien ne saurait réellement justifier. Certains sages pensent que l'histoire ne se répète pas, d'autres estiment au contraire que l'on se trouve périodiquement confrontés à des situations de crises analogues sinon identiques à celles que l'on a connues dans le passé. Mais que l'on se réfère à l'une ou à l'autre de ces écoles, nul ne peut contester que pour la 1ère fois dans l'histoire des conflits humains la menace d'emploi du feu nucléaire a permis d'éviter la guerre. La situation du monde, tout aussi critique qu'elle soit actuellement, est-elle aussi grave que dans l'affaire de Cuba en 1962 ou aux pires heures de la guerre froide? Que l'affaire du Dombass puisse conduire à l'idée d'une guerre nucléaire préventive contre la Russie me semble une hypothèse totalement utopique et je ne crois pas judicieux d'y accorder la moindre crédibilité..., ce qui ne veut pas dire, bien au contraire, que l'UE doive suivre bouche bée la désastreuse politique américaine vis-à-vis de la Russie
Non, vraiment, aussi inadaptée et aussi peu conforme aux intérets européens que cette dernière puisse être, il n'y a pas de risque de guerre nucléaire avec la Russie: halte au feu, Messieurs Grasset, Cohen et autres stratèges...!

Pas trop d'optimisme
02/08/2014 06:53:39 | Par : JP.Baquiast
Je pense que P. Grasset a raison de nous informer des réactions inquiètes que suscite l'actuelle diplomatie militaire aux USA eux-mêmes.
Je l'approuve également quand il signale notre manque de vigilance face à ces risques. Si les armes nucléaires tactiques ((de quelque kilotonnes à quelques dizaines de kilotonnes) utilisées pour attaquer et détruire les forces ennemies sur le champ de bataille mais aussi les arrières (lignes de ravitaillement, poste de commandement, système de communication). ne devaient servir à rien, les puissances nucléaires s'en seraient tenues à l'arme stratégique (de dissuasion) . Certains assurent d'ailleurs (mais prudence) qu'Israël se servirait de telles armes tactiques en cas d'attaque massive conventionnelle provenant de pays voisins.
Je préfère pour ma part être alarmiste que naïvement confiant. Je pense donc que cet article de P. Grasset et ma présentation sont tout à fait justifiés. Nous n'avons pas à cesser le feu car ce n'est pas nous qui l'entretenons.

Ne pas méconnaître le danger
09/08/2014 21:37:34 | Par : Christophe
@JFL
Accuser les observateurs critiques d'être des boutes-feu est hors de propos. JP Baquiast, P Grasset, ne font que commenter une situation qui nous est imposée par des Stratèges (en l'occurrence étatsuniens) qui ont totalement perdu le sens des réalités. Il est donc indispensable de faire connaître ce fait afin que tous soient informés, ce qui est le meilleur moyen de faire échec à ces gens.
J'ajoute que bien d'autres observateurs de la vie politique US font mention de ce risque fort : PC Roberts, William Engdhal, Chossudovski, etc... Et heureusement !
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