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Le président du Conseil Européen : après les paroles, des actes !

La leçon du ministre allemand des finances
Le ministre social-démocrate allemand des Finances, Peer Steinbrück, a demandé le 25 septembre une véritable régulation internationale pour remédier à la crise financière internationale. Cet objectif ne sera pas atteint, selon lui, avec « des appels à la moralité contre la spéculation et les excès » ni par « de nouvelles déclarations d'intentions et appels à l'auto-régulation des marchés », mais par le biais d'une « régulation coordonnée au niveau international ». On attend maintenant de Nicolas Sarkozy, en tant que président de l'Union, des actes significatifs.

Le ministre social-démocrate allemand des Finances, Peer Steinbrück, a demandé le 25 septembre une véritable régulation internationale pour remédier à la crise financière internationale. Cet objectif ne sera pas atteint, selon lui, avec « des appels à la moralité contre la spéculation et les excès » ni par « de nouvelles déclarations d'intentions et appels à l'auto-régulation des marchés », mais par le biais d'une « régulation coordonnée au niveau international ».

Parmi les propositions concrètes émises par le ministre, on trouve: l'obligation de faire figurer au bilan des banques tous les risques encourus, notamment par les instruments financiers novateurs; une obligation de constitution de réserves de liquidités par les banques; une interdiction des ventes à découvert à but purement spéculatif 1); une interdiction de la titrisation par les banques de 100% de leurs risques de crédit. Le ministre a indiqué qu'il allait plaider pour l'adoption de cette dernière mesure lors du prochain sommet du G7 à Washington, les 10 et 11 octobre. Il s'inscrit ainsi dans la tradition du capitalisme rhénan à l'encontre du libéralisme anglo-saxon.

Cette demande allemande, à moins d'avoir été convenue à l'avance avec Mme Merkel, apparaîtra comme une véritable leçon donnée au président en exercice de l'Union, Nicolas Sarkozy. Il multiplie les déclarations, à l'ONU, dans les salons de Washington puis maintenant à Toulon, contre les dirigeants félons et les banquiers irresponsables. Il demande un nouvel accord mondial sur les monnaies, de type Bretton Woods. Mais il ne se sert pas de l'outil précieux dont il dispose, la présidence du Conseil de l'Union Européenne, pour préparer en ce sens les dossiers et les opinions publiques.

Il lui faut donc dès maintenant compléter les paroles par des actes. Concrètement, vu l'urgence, la France devrait dès aujourd'hui préparer avec les Etats européens et les institutions monétaires ce que pourrait être la position de l'Union, aussi bien vis-à-vis des problèmes qui seront évoqués au G8 ou dans un futur Bretton Woods, que vis-à-vis des questions plus directement de la compétence européenne. A cette fin, le Conseil européen aurait déjà du être convoqué, et un programme d'action proposé.

Ce programme, selon nous, devrait comprendre plusieurs priorités. L'accord ne se fera peut-être pas sur tous les points, mais au moins faudrait-il en discuter, y compris dans les médias :

1. La refondation du système financier international défini par les accords de Bretton Woods. La décision principale qui résulta de ces accords fut l'abandon de l'étalon-or, remplacé ensuite par le système des changes flottants. Le niveau des changes, vu la prépondérance économique des Etats-Unis, s'est aligné sur le dollar et les monnaies indexées sur lui, comme le yuan chinois. Ceci donne à la banque fédérale américaine la possibilité d'intervenir par une politique de taux d'intérêts et de prêts à l'économie afin de faire varier le dollar au profit de la politique du moment. Mais aujourd'hui, la Fed parait impuissante. Certes, ceux qui achètent des dollars à titre spéculatif sont libres de leurs décisions. Leur préférence pour le dollar tenait jusqu'à présent à leur confiance dans l'économie américaine. Or cette économie est en train de s'effriter actuellement. Il faudrait en profiter pour encourager un rééquilibre des taux de change. On sait par ailleurs que les accords de Bretton Woods ont également mis en place le Fonds monétaire internationale et la Banque Mondiale, dont la réforme est également à l'ordre du jour aujourd'hui.

Au G8 comme à l'ONU, l'Europe pourrait proposer un système de changes flottants où le cours des principales devises s'ajusterait à l'intérieur de valeurs fixées par un G8 élargi aux "pays émergés", en fonction d'objectifs politiques visant à mettre l'économie internationale au service des grands besoins de développement durable. L'objectif paraître utopique. Mais nous somme persuadés que dans quelques temps, il paraîtra incontournable.

2. La fermeture des paradis fiscaux, qui recyclent des sommes supérieurs au PNB mondiale, provenant de toutes les activités maffieuses, mais aussi de toutes les entreprises mondiales qui veulent échapper aux régulations internationales, notamment les "hedge funds". Là aussi l'objectif paraîtra utopique, mais c'est le seul qui pourrait aux yeux des citoyens réhabiliter l'action politique, démentir le "tous pourris" qui fait des ravages (y compris en Chine). .

3. La mise en place au niveau mondial de systèmes de règles de fonctionnement, d'évaluation et de contrôle intéressant, non seulement les banques et compagnies d'assurances, mais tous les fonds publics et privés qui font appel aux épargnes afin d'en faire des outils de spéculation financière au lieu de les diriger vers les investissements productifs. Dans ce domaine, l'Union européenne n'a pas à attendre qu'un consensus s'établisse à l'ONU. Elle doit fixer des règles, convenablement sanctionnées, pour ses propres établissements.

4. La création, au plan européen, d'organismes de crédits recueillant des épargnes garanties par les Etats et destinées à financer des prêts aux entreprises innovantes et organismes de recherche. Ces prêts devront évidemment répondre à des finalités définies au niveau européen par le Conseil des ministres, avec l'appui de conseils spécialisés, notamment pour la recherche scientifique.

5. Le renforcement du budget européen en vue de financer de grands programmes d'équipement ou de développement stratégique, comme ceux intéressant la présence dans l'espace.

6. Le renforcement des régulations européennes visant à assurer le « patriotisme européen » dans les domaines stratégiques, tant au niveau de la protection des actifs que pour le développement de nouvelles politiques industrielles.

On voit que toutes ces mesures représenteraient une véritable révolution par rapport au libéralisme anglo-saxon. Mais encore une fois, nous sommes persuadés que l'aggravation prochaine de la crise fera que les opinions exprimeront, sous une forme plus ou moins pacifique, la demande aux gouvernements et à l'Union. Ce serait dommage que, du fait de la méconnaissance des questions économiques qui handicape Nicolas Sarkozy, la France ne bénéficie pas de l'honneur d'avoir la première proposé un tel programme, tout à fait conforme à sa culture profonde.

1) Sur le mécanisme mal connu de la vente à découvert, on lira un bon article de EduBourse http://www.edubourse.com/guide/guide.php?fiche=vente-a-decouvert
26/09/2008
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