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L'intelligence générale artificielle dans le monde...et en France

Ray Kurzweil, toujours lui, prévoit qu'en 2029 ( et non en 2050, comme il le pensait auparavant), les progrès de l'intelligence artificielle seront tels que les ordinateurs pourront communiquer avec des humains et disposer de caractères humains, d'une telle façon qu'il ne sera plus possible de les distinguer de ces derniers. C'est ce qu'il a exposé lors d'une conférence organisée à New York le 11 juin 2014 par une organisation nommée significativement Exponential Finance .
Il ne s'agira pas de partager seulement avec des humains tel ou tel raisonnement logique, mais de l'intelligence émotionnelle: plaisanter, se montrer romantique, amoureux, sexy. Qui plus est chaque humain pourra configurer une telle intelligence pour son propre usage, répondant aux exigences de ce qu'il estime avoir besoin. Par ailleurs, vers cette époque, chaque humain pourra charger le contenu de son cerveau dans un « cloud » dont les contenus lui permettront d'étendre presque à l'infini ses compétences intellectuelles et ses souvenirs. Ceci sera rendu possible par la diminution constante de la taille des composants électroniques. Ceux-ci deviendront aussi petits qu'un globule rouge et pourront être implantés sans risques dans le néocortex. Ils auront ainsi vocation à devenir le pont entre les cerveaux individuels et le « cloud ».

Les conférences dites Exponential sont destinées à illustrer les progrès exponentiels prévus par l'Institut de la Singularité dans différents domaines: la Finance mais aussi la Médecine et le Manufacturing.

Un Chatbot aurait passé victorieusement le test de Turing

Sans attendre 2029, des robots de conversations (chatbot) seraient désormais capables de passer le test de Turing. The test a été proposé en 1950 par le mathématicien Alan Turing pour distinguer les intelligences artificielles des intelligences humaines. L'université britannique de Reading avait organisé un tel test ces jours-ci, en association avec l'organisation RoboLaw (http://www.robolaw.eu/) financée par l'Union européenne. Celle-ci a pour objet d'évaluer les conséquences sur le droit et l'éthique des progrès de l'intelligence artificielle. Le test avait été supervisé par le Pr. Kevin Warwick, Visiting Professor à l' University de Reading et Vice-Chancellor for Research à l'Université de Coventry. Il s'agit d'un spécialiste mondialement reconnu du domaine, dont les travaux ont été plusieurs fois cités par Automates-Intelligents.

Dans ce test, un chatbot nommé Eugène simulant un garçon de 13 ans doté d'une intelligence du niveau de celle courante à cet âge s'est vu proposer le jury des questions de différents ordres, non prévues à l'avance et auxquelles il n'avait donc pas été préparées. Il y a répondu de façon totalement autonome. Les conversations, échangées par écran (cf image) duraient environ 5 minutes. Or pendant 30% de ces échanges, le jury n'a pu distinguer les réponses données par le robot de celles qu'auraient données un interlocuteur humain.

Le test avait été organisé par la Royal Society de Londres, sous l'intitulé de Turing Test 2014 destiné à honorer le 60e anniversaire de la mort de Alan Turing, dont on sait qu'il a été conduit au suicide par le rejet dont il était victime de la part de l'establishment scientifique britannique de l'époque.

Et la France?

Nous avons interrogé notre ami Alain Cardon, professeur des universités en informatique et intelligence artificielle, sur les chances qu'aurait la France de tenir une place honorable face à de tels enjeux. Sa réponse a été très pessimiste. Nous la retranscrivons ici

" J'ai assisté à trois conférences, une par mois, organisées par Inocéane et Captronic au Havre, sur le thème de la robotique et des drones. A chaque fois, des industriels, constructeurs et vendeurs de robots et de drones en France, étaient invités pour présenter leurs réalisations et les domaines d'applications. On fait des choses en France, mais il y a un très très gros problème : ce sont des électroniciens et des roboticiens, et seulement eux, qui font les robots et les drones. Le dernier séminaire nous a présenté la société française qui vend (aux chercheurs et pas aux industriels car ce n'est pas encore autorisé) le robot (le cobot pour collaboratif robot) fait par Rodney Brooks, un spécialiste et industriel bien connu dans le domaine de l'Intelligence artificielle (IA). On peut apprendre à ce gros robot d'aspect humanoïde à faire des gestes en guidant ses bras (7 degrés de liberté!). Il mémorise alors les gestes, les améliore et peut les répéter ensuite en les situant d'une façon adaptée à l'environnement. On en voit l'intérêt, notamment dans le domaine industriel.

C'est précisément l'exemple de ce que l'on est incapable de faire en France : faire des projets réalisables avec des équipes vraiment pluridisciplinaires où l'informatique de pointe, et surtout l'IA, est très fortement mêlée aux autres disciplines. Dans le dur contexte d'effondrement universitaire, nous allons, mes collègues roboticiens du laboratoire havrais et quelques collègues informaticiens, tenter de monter un projet avec leurs drones et leurs robots au sol, et de rendre cet ensemble autonome au sens comportemental du vivant, avec des intentions, des désirs, des connaissances, des objectifs et des émotions, avec donc une corporéité distribuée et évolutive. Il s'agira de faire clairement appréhender l'environnement 3D à ce système et le faire se comporter selon des tendances fondamentales prédéfinies. Ce sera la réalisation d'un proto-soi sur un système de systèmes distribués, ce que j'ai publié il y a 5 ans et dont personne ne s'est jamais préoccupé ici.

Mais nous ne nous faisons pas d'illusion. Nous seront très vite très vite achetés, pour une somme dérisoire, par une entreprise américaine dynamique qui fera la réalisation industrielle et la distribution de ce type de système de systèmes autonomes. Car aux Etats-Unis, l'informatique et l'IA sont des disciplines considérées comme majeures, permettant de réaliser des percées industrielles considérables...et inattendues. Google en est un exemple parfait. Chez nous, on s'occupe de poser un problème dans un domaine bien précis et de le décomposer immédiatement en sous-problèmes, puis de choisir un sous-problème que l'on rendra indépendant de tous les autres pour y produire des résultats très localisés. C'est ce que l'on fait en science, mais aussi en économie et en politique, où il faut être spécialiste d'une mini-spécialité et se fermer à toute généralité conceptualisante. Ceci ne peut que conduire le pays à sa mort définitive.

Je rappelle que nos concurrents en sont arrivés, au plan mondial, à la conception et à la réalisation de systèmes qui génèrent, avec des intentions propres, selon le contexte et selon leurs tendances, des formes de pensées artificielles se traduisant par des pensées langagières puis par des actions multi-échelles. Il s'agit de systèmes qui sont très fortement interconnectés entre eux et qui contrôlent de très grosses grappes de systèmes électroniques, dont des ordinateurs. Pour concevoir cela, il faut, comme l'a très bien fait Google, avec la participation de Ray Kursweil évoqué plus haut, centrer les problèmes sur tous les aspects de la science informatique, en ouvrant évidemment
l'informatique à une pluridisciplinarité systématique avec toutes les autres disciplines.

De la même façon que chez l'homme, c'est le cerveau générant les pensées qui est l'acteur majeur de nos comportements, dans les nouveaux systèmes en développement, c'est la couche de génération des représentations mentales artificielles qui est majeure pour la réactivité des appareils. On ne pourra pas faire cela en France, car les 70 disciplines définies par le Conseil National des Universités sont toutes concurrentes, tant en enseignement qu'en recherche. Chacun s'y bat pour sa mini-spécialité dans sa discipline, contre tous les autres, ceci évidemment pour récupérer des financements.

Le système de la recherche et du développement est entièrement à changer en France, et ceci profondément. La recherche universitaire est entièrement à redéfinir dans ses spécialités, ses caractères, ses fonctions et ses applications. Ainsi bien entendu que le statut de chercheurs à vie au sein de l'Université, dont certains ne produisent plus rien d'original en recherche et enseignent ce qui traine dans des livres, ou sur Internet, et a été publié depuis longtemps par d'autres.

Les Amérindiens au débarquement de Pizzare

En conclusion de ce qui précède, faisons deux remarques:

- Les Américains, qui conjuguent toutes les technologies et les grands programme, notamment dans le militaire, qui font aussi travailler systématiquement ensemble universitaires et start-up(s), sont beaucoup plus avancés qu'ils ne le disent. Nous serons prochainement confrontés, bien avant la date annoncée par Ray Kurzweil, non seulement à des robots semblables à nous, mais à de véritables cerveaux globaux (global brain) aux capacités autonomes rassemblant un nombre considérable de ressources puisées sur le web et ailleurs.

- Les Européens, et plus particulièrement les Français, seront, quand ces cerveaux prendront corps, aussi surpris et désarmés que les Amérindiens au débarquement de Pizarre. Nous pourrons toujours toujours leur opposer nos innombrables docteurs en philosophie, en sciences sociales ou en cuisine, ils ne nous seront d'aucune aide. 

Références

* Exponential intelligence http://www.cnbc.com/id/101751468
* Turing Test 2014  http://www.reading.ac.uk/news-and-events/releases/PR583836.aspx




16/06/2014
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