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Fillon et Poutine : bon exemple donné par la France

Les atlantistes diront que la France trahit le camp occidental pour un plat de lentilles. Ils auront bien tort. La France a fait exactement ce qu'il fallait faire pour normaliser les relations entre l'Europe et la Russie. Signer des contrats de coopération scientifique et industrielle constitue à cet égard, comme nous l'avons écrit il y a quelques jours, le meilleur ciment pour un co-développement pacifique. Il faut espérer que les autres pays européens, comme les institutions communautaires, reprendront ce message à leur compte.

A Sotchi, à une trentaine de kilomètres de la région séparatiste géorgienne d'Abkhazie, le Premier ministre français, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, a redit le 19 septembre 2008  l'espoir de Paris d'une reprise en octobre du dialogue en vue d'un nouveau partenariat stratégique Union Européenne-Russie. « C'est l'intérêt des deux parties de conclure cet accord", lui a répondu Vladimir Poutine, après avoir insisté sur les perspectives de coopération économiques, alors que la vive croissance de l'économie russe génère d'immenses besoins. «  Nous avons un bon nombre de projets en cours, il n'y a aucun projet gelé ou même repoussé. Tout se fait selon le calendrier prévu et nous nous sommes mis d'accord pour intensifier encore notre coopération", a-t-il ajouté.

François Fillon, qui juge la présence économique française en Russie insuffisante, était arrivé en Russie accompagné d'un aréopage de grands patrons français: Patrick Kron (Alstom), Jean-Yves Le Gall (Arianespace), Christophe de Margerie (Total), Yves-Thibault de Silguy (Vinci), Jean-Paul Herteman (Safran), Olivier Barbaroux (Dalkia) et José Luis Duran (Carrefour). Le projet le plus significatif signé samedi concerne l'achat par Arianespace à l'agence spatiale russe, Roskosmos, de dix lanceurs Soyouz destinés à compléter sa gamme. Le premier lancement est prévu en septembre 2009 à Kourou.  (Guyane française).

François Fillon a également dit souhaiter  la présence de plus d'investisseurs russes en France , répondant à une préoccupation exprimée par Vladimir Poutine. « La France et la Russie sont dans une situation d'interdépendance et il n'y a pas d'alternative à une relation forte fondée sur la coopération, sur la confiance, sur le dialogue et le respect du droit ».

Nous constatons là deux choses. De la première il convient pensons nous de se réjouir. La France, comme sans doute avec elle l'Allemagne, bien que celle-ci ne se soit pas encore exprimée aussi clairement, ne juge pas bon de se laisser impressionner par l'appel à l'unité des Européens face à la Russie lancé l'avant-veille par Condoleezza Rice, face à la politique selon elle agressive de Moscou. Il y avait quelque chose d'un peu pathétique dans cet appel (Vox clamavit in deserto), mais cela ne nous fera pas pleurer. L'Amérique, par ses outrances et ses erreurs, semble pour le moment s'être mise hors jeu. Qu'elle y reste.

Une deuxième constatation est moins réjouissante. Il s'agit de la politique de Gordon Brown, qui semble s'ingénier, en relais semble-t-il de Washington et même sans doute du candidat McCain, à faire de l'antirussisme  primaire. La cause en serait la haine solide développée à l'encontre des Russes par le géant pétrolier britannique BP. Selon un article de Mark Ames dans The Nation (à lire en détail mais in fine pour les gens pressés), BP rêverait d'une guerre ou au moins d'une crise ouverte entre l' « Occident » et la Russie, qui provoquerait l'écroulement de celle-ci. Alors BP pourrait reprendre les exploitations pétrolières dont les Russes sont en train de l'éliminer.

 « From BP's perspective, things look very grim. It's in danger of losing its largest source of booked reserves via its stake in Russia's TNK. And now with the war, investors are worried about the BTC pipeline. What better way to kill two birds with one stone than by fomenting a war that would bleed Putin's Russia until the regime finally collapsed--thereby securing BP's position in both countries. No wonder Big Oil is throwing its weight behind the McCain-Palin ticket. Those two understand the meaning of "Better dead than having BP in the red" .

Il n'est pas rassurant de voir  Gordon Brown, chef d'un membre éminent de l'Union Européenne, le Royaume Uni, jouer si facilement le jeu des intérêts pétroliers anglo-américains, en ne s'opposant pas clairement à leurs manœuvres anti-russes. Total et le gouvernement français ne sont pas davantage désintéressés, bien sûr, mais ils paraissent autrement mieux avisés.
20/09/2008
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