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Le risque grandissant d'une guerre nucléaire mondiale

L'Amérique, prise d'une sorte de folie collective, ne serait-elle pas prête à accepter que ses dirigeants déclenchent une attaque atomique contre la Russie - voire aussi sur cette lancée contre la Chine?

Un récent article de Philippe Grasset http://www.dedefensa.org/forum-notes_sur_le_danger_pr_sent__09_06_2014.html) attire l'attention sur les risques grandissants d'une guerre nucléaire mondiale qui résulterait d'une première frappe américaine sur la Russie ou la Chine, voire simultanément sur la Russie et la Chine. Ces risques, à en croire les diverses sources citées par l'article, résulteraient de l'accession au pouvoir d'une majorité politique inspirée par l'extrémisme de ce que nous appellerons pour faire court les « neo-cons ». Il pourrait s'agir d'un renversement de majorité éliminant lors d'une prochaine élection un Barack Obama jugé trop faible, voire d'un véritable coup d'état, toujours possible dans un pays surchauffé par des leaders d'opinion et des médias fanatiquement anti-russes.

Cet article, dont les sources doivent évidemment être reçues par un oeil critique, pose plusieurs questions, que nous résumerons sommairement ici:

La Russie menace-t-elle militairement l'Europe? Menace-t-elle l'Amérique ?

* Existe-t-il le risque d'une attaque massive des forces « conventionnelles » (non nucléaires) russes contre l'Europe? La Pologne, les pays baltes et d'autres Etats font de ce risque un épouvantail constant. Si nous considérons que Vladimir Poutine se comportera en chef d'Etat responsable, comme le furent d'ailleurs avant lui les dirigeants soviétiques et américains, cette crainte est illusoire. En terme de stratégie globale, qu'aurait-il à y gagner? Il se priverait ainsi définitivement de partenaires politiques et économiques indispensables à l'ensemble qu'il aspire à regrouper, que l'on nomme désormais l'Eurasie. L'acquisition du potentiel économique qui demeurerait dans des pays détruits ne pourrait pas remplacer une coopération pacifique bien comprise.

* Existe-t-il le risque d'une attaque nucléaire de première frappe contre le sol américain, provenant soit de la Russie, soit de la Chine? Ce risque, s'il était sérieux, pourrait à la rigueur justifier une première frappe préventive de l'Amérique, malgré les conséquences désastreuses énormes (cf. ci-dessous) qui en résulteraient pour l'Amérique elle-même. La réponse est la même que pour la question précédente. Ni les dirigeants russes, ni les dirigeants chinois, ne se lanceraient, autant que l'on puisse supposer, dans cette aventure, dont les bénéfices éventuels pour eux seraient infimes au regard de ces mêmes conséquences désastreuses.

* De plus il n'est pas possible d'entretenir l'illusion qu'une première frappe nucléaire suffisamment massive pour n'être pas symbolique, puisse être sans conséquences désastreuses pour le pays agresseur, même en l'absence d'une riposte nucléaire du pays agressé. Les scientifiques sérieux ont montré qu'il n'en serait rien. Dans les 24 ou 48 heures après l'agression, les vents et phénomènes naturels divers satureraient le pays agresseur de retombées diverses. Il s'agirait de l' « hiver nucléaire » bien documenté par les chercheurs. Les abris anti-nucléaires derrière lesquels certains espèrent pouvoir s'abriter seraient inefficaces après quelques jours. Si le phénomène n'entrainait pas nécessairement la disparition immédiate de l'humanité, il la pousserait en quelques mois au bord de l'extinction – ainsi bien entendu que l'extinction de la plupart des espèces dites supérieures. C'est la raison pour laquelle aucun dirigeant de l'ancien bloc communiste n'avait sérieusement envisagé de lancer une première frappe contre l'Amérique.

* Outre les retombées atomiques à terme de quelques jours, le pays agresseur, en l'espèce la Russie dans notre hypothèse, pourrait-il espérer être à l'abri d'une frappe en retour du pays agressé, même si celui-ci est totalement désorganisé par l'agression de première frappe subie. La réponse, là encore, est négative. Rappelons que l'intérêt stratégique de la possession d'une arme sous-marine nucléaire, est qu'en cas d'attaque atomique détruisant le pays et ses bases de missiles terrestres, les sous-marins en patrouille dans diverses mers du monde (SNLE) restent encore indétectables. Ils ont pour mission d'envoyer quelques têtes nucléaires contre l'agresseur de leur pays. Il n'y a pas de raisons de penser qu'ils refuseraient cette mission.

Par ailleurs, des systèmes anti-missiles, aussi performant soient-ils, tels ceux que déploiera prochainement la Russie en riposte à ceux mis en place par l' Amérique sur la frontière européano-russe (BMDE), ne pourraient jamais être assez performants ou assez nombreux pour protéger l'ensemble du territoire d'un grand pays comme la Russie (dans sa partie européenne tout au moins) contre des missiles intercontinentaux américains de portée 3000-5000 km (IRBM) envoyés notamment par des sous-marins nucléaires.

Pourquoi alors une telle hystérie américaine?

Les mêmes arguments, résumés ci-dessus, qui dissuadent très probablement Vladimir Poutine de lancer une attaque nucléaire contre l'Amérique, ont été semble-t-il pris en considération par les dirigeants américains, ceci depuis les débuts de la guerre froide. Pourquoi alors, comme l'indiquent les sources citées par Dedefensa, ainsi que de nombreuses autres, se développe-t-il actuellement en Amérique une véritable hystérie anti-russe, allant jusqu'à envisager froidement une attaque nucléaire de première frappe contre la Russie? Pourquoi une telle hystérie alors que, nous venons de le voir, les risques d'une agression russe, qu'elle soit conventionnelle ou nucléaire, sont minimes. Et aussi parce que, si l'agresseur était l'Amérique, elle ne pourrait éviter les retombées catastrophiques d'une telle décision?

C'est, nous l'avons vu, chez les neo-cons que se propage ce sentiment. Il est relayéau plus haut niveau par Hillary Clinton et son entourage (Victoria Nuland, Samantha Power, Susan Rice, Jen Psaki). S'agit-il de paroles en l'air destinées à impressionner la Russie – paroles que le Pentagone et les militaires américains, plus sensés, se garderaient bien de mettre en application? S'agit-il au contraire d'une forme de démence, que la psychiatrie n'avait jusqu'à présent jamais rencontrée chez des dirigeants, et qui se serait emparée d'une partie de l'Amérique...démence attisée par le sentiment que la puissance américaine perd progressivement et inexorablement son ancienne suprématie. Mieux vaudrait alors se suicider que cesser de dominer.

Cette perspective n'est pas totalement à exclure. Alors nous pourrions préparer notre propre disparition, aussi rationnels que nous nous efforcions d'être. Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre. Quos vult perdere Jupiter dementat.



09/06/2014
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