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La Banque centrale européenne (BCE) commence-t-elle à comprendre?

Quand nous parlons de BCE, il s'agit moins en l'espèce de son président Mario Draghi ni même des banquiers centraux qui composent son conseil des gouverneurs. Il s'agit des gouvernements du nord de l'Europe, et notamment de l'Allemagne, qui ont jusqu'à présent obstinément refusé qu'elle puisse jouer le même rôle que joue depuis des années la Banque fédérale de réserve aux Etats-Unis, inonder de création de monnaie des économies en mal de reprise.


Le 5 juin, Mario Draghi a annoncé une suite de mesures permettant à la BCE de peser effectivement sur la croissance. Il s'agit de mesures techniques dont la portée n'apparait pas toujours à l'opinion. D'abord la BCE appliquera un taux principal de refinancement de 0,15 %, contre celui de 0,75 % pratiqué jusqu'ici. Ceci veut dire que les banques voulant obtenir des crédits de la BCE pour mener des politiques de crédit dans les économies « réelles », pourront le faire à un moindre coût. Elles seront donc incitées à prêter davantage. On sait que partout, les entreprises se plaignent de rencontrer des refus de la part de leurs banques, même lorsqu'il s'agit d'accorder des crédits à des opérations saines.

De plus la BCE a décidé qu'elle continuerait une pratique mise en place en 2007, consistant à répondre à l'intégralité de la demande des banques, ceci « autant que nécessaire et au moins jusqu'en décembre 2016. » En dehors de ces opérations, les banques pourront se refinancer au taux de 0,40 % . Malgré la baisse des taux, ces derniers resteront durablement à ce niveau bas « pendant une longue période de temps. » .

On qualifie souvent cette politique d' « open bar » , par comparaison avec à la pratique de nombreux bars permettant de consommer de l'alcool à volonté. Grâce à ces mesures, les banques ne devraient plus refuser de crédits aux entreprises présentant des dossiers sains, au prétexte que leurs propres ressources sont insuffisantes.

Des taux de crédit négatifs

Pour renforcer ces incitations, la BCE a décidé d'appliquer des taux de crédits négatifs. Ce terme peu compréhensible signifie que, lorsque les banques, au lieu d'utiliser leurs ressources au bénéfice des prêts aux entreprises, préféreront les mettre à l'abri auprès de la BCE, elles devront verser à celle-ci l'équivalent de 0,10 % de ces dépôts. Ce sera la première fois qu'un taux de dépôt (c'est-à-dire une sorte d'impôt sur les dépôts) sera appliqué dans la zone euro. De plus, pour empêcher que les fonds demeurent bloqués sur les comptes courants, la BCE a décidé de frapper de ce même taux négatif les réserves détenues par les banques au-delà des réserves obligatoires imposées par la BCE. Ainsi, l'argent libéré devrait se reporter sur le marché interbancaire ou l'économie réelle.

Deux premières opérations seront réalisées en septembre et décembre 2014. Elles permettront au total aux banques d'emprunter l'équivalent de 7 % du total des prêts qu'elles ont accordé dans la zone euro aux agents privés non financiers, en excluant les prêts immobiliers aux ménages, au 30 avril 2014. Ceci permettra d'allouer au total 400 milliards d'euros. Le processus sera prolongé par la suite, à des conditions à définir.

Pourquoi ce revirement important de politique, permettant à la BCE, comme son homologue la Fed. de jouer un rôle contra-cyclique depuis longtemps demandé par les agents économiques, autrement dit prêter en cas de déflation et resserrer les crédits en cas d'inflation? Principalement parce que, sous la pression de plusieurs gouvernements du sud de l'Europe, la chancelière Merkel a enfin compris que ce n'était une inflation analogue à celle ayant marqué la crise de 1929 qui menaçait l'Allemagne et l'Europe, mais une déflation, autrement dit la stagnation de toutes les activités productives. Face à cette stagnation, les rentrées fiscales et autres ressources ne pouvaient que diminuer et les gouvernements seraient de plus en plus incapables, non seulement d'encourager des investissements productifs, mais même de rembourser leurs dettes. Les industriels allemands, tirant une grande partie de leurs profits d'opérations dans la zone euro, se verraient à leur tour menacés de récession. Ceci d'autant plus que le coût de l'énergie devrait inévitablement augmenter en Allemagne, entrainant une baisse d'activité propre.

Aller plus loin

Mais la nouvelle politique de la BCE sera-t-elle suffisante? Les économistes font remarquer que l'open bar ou « quantitive easing »  ainsi pratiqué ne retirera pas grand chose aux pouvoirs du secteur bancaire, et n'apportera rien aux Etats. Ceci puisque le principe des prêts directs aux Etats, sous forme d'euroBonds, ne sera pas pour autant encouragé. La demande qui s'exprime dorénavant en Europe continentale, tant dans les milieux conservateurs que socialistes, serait que la BCE puisse directement prêter aux entreprises. Les plus audacieux souhaiteraient même que, dans certaines conditions, elle puisse prêter aux particuliers.

Il ne s'agirait évidemment pas de prêts pouvant encourager des opérations spéculatives ou une augmentation de rémunération des actionnaires, mais des investissements productifs au sein de l'économie réelle. Ces opérations, n'étant pas immédiatement rentables, mais s'échelonnant selon les secteurs du moyen au long terme, nécessitent des financements prolongés, à taux bas et bénéficiant d'un soutien politique des gouvernements. On conçoit que le pouvoir bancaire n'y soit guère favorable.

Si les gouvernements, notamment le gouvernement français, prenaient au sérieux la mission attendue d'eux par les citoyens, desserrer le pouvoir indu dont se sont emparés les milieux financiers internationaux, la moindre des choses serait qu'ils soutiennent vigoureusement la démarche ainsi amorcée.  Si la BCE, en ce qui la concerne ne se mettait pas au service de tels objectifs essentiels, en dehors de son rôle dans la gestion de la monnaie unique,  à quoi finalement servirait-elle vraiment?

NB. Ceci dit, soyons réalistes. Il faudrait des incitations autrement plus fortes pour pousser nos sociétés à investir, notamment dans les secteurs d'avenir. A cet égard nous avions proposé précédemment un fonds européen d'investissements stratégiques.

08/06/2014
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