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Responsabilité historique américaine, irresponsabilité européenne

Le premier ministre français François Fillon s'en est pris avec véhémence aux Etats-Unis le 18 septembre, en dénonçant le laxisme des banques et assurances face aux spéculateurs du marché financier. Il était temps de s'en apercevoir. Mais il oublie de dénoncer l'irresponsabilité des institutions et des Etats européens.

Ceux-ci depuis des mois constataient les pièges dans lesquels s'enfermaient les Américains au non du libéralisme, mais ils ne faisaient rien pour prévenir les retombées de la crise américaine sur les économies européennes. Certes, à l'exception de la Grande Bretagne, aussi engagée que les Etats-Unis dans les erreurs d'un libéralisme érigé en dogme, et qui en paie aujourd'hui les conséquences, les grands Etats européens, notamment la France et l'Allemagne, ainsi que leurs banques, ont mieux géré leurs engagements, en évitant les prêts à des débiteurs douteux et la spéculation sur des titres américains manifestement pourris.

Mais aujourd'hui cela ne suffit plus. Or l'Europe ne fait toujours pas grand-chose pour se prémunir contre une aggravation ou une reprise de crises venues des Etats-Unis. Elle continue à encourager la spéculation financière et à financer la consommation au lieu de financer les investissements dans la recherche et l'industrie.

Il ne s'agit plus alors il est vrai d'une question qui soit de la compétence de la Banque Centrale. Elle relève de l'autorité des gouvernements eux-mêmes, notamment au sein de l'Eurogroupe. Malheureusement les grandes réformes nécessaires sont toujours au placard.  La présidence française, dont il faut souligner la grande incompétence économique,  ne fait rien pour provoquer les changements institutionnels nécessaires. Il ne faudra pas non plus compter sur la prochaine présidence tchèque pour se montrer plus audacieuse que la France dans ses propositions. On ne voit pas qui pourrait aujourd'hui, au sein du gouvernement tchèque, imbu d'un atlantisme et d'un libéralisme attardés, proposer l'interventionnisme intelligent désormais indispensable, ainsi que la rigueur qui devra nécessairement l'accompagner.

Ajoutons que l'on a encore rien vu en ce qui concerne les conséquences désastreuses de la responsabilité américaine dans la crise actuelle, comme celles découlant de l'irresponsabilité européenne consistant à suivre aveuglément les Américains dans leurs errements. Les centaines de milliards de dollars prêtés par l'Etat fédéral, via la FED ou le Trésor, aux entreprises secourues sont financés par des bons du Trésor, c'est-à-dire par des emprunts souscrits auprès des fonds souverains ou des banques asiatiques et arabes (sinon russes). Ils s'ajoutent aux centaines de milliards déjà empruntés afin de financer les diverses guerres décidées par le gouvernement américain. Autrement dit, l'avenir même de l'indépendance géostratégique de l'Amérique est aujourd'hui aux mains de gens qui n'ont qu'un objectif à terme, racheter tout ce qui compte dans une économie encore la plus innovante du monde, pour rejeter le reste comme une coquille vide. Ils ne le feront peut-être pas tout de suite, mais, n'ayons aucun doute, ils le feront dès qu'ils y auront intérêt.

Or les intérêts européens sont trop imbriqués, libéralisme et atlantisme aidant, dans les intérêts américains, pour ne pas être menacés par un passage à l'offensive des puissances asiatiques et moyen-orientales. Ceci que ce passage soit soft ou brutal.  Ce seront nous qui les premiers en supporterons les conséquences. Les fonds souverains qui ne veulent pas de bien à l'Amérique la ménageront sans doute davantage, pendant un temps, qu'ils ne le feront de nos intérêts. Si nous attendons les mains dans les poches la grande crise découlant de la guerre économique contre les intérêts « occidentaux », il sera moins que jamais temps de vitupérer contre la responsabilité américaine, avec les accents indignés mais risibles d'un François Fillon.
19/09/2008
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