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Ukraine: une opportunité manquée pour Berlin et Paris

Aujourd'hui, il apparaît clairement que dans la crise ukrainienne, la Russie temporise et que l'Amérique hésite. Ceci offrirait une occasion unique à l'Europe, plus particulièrement pour le couple Berlin-Paris de s'affirmer. Encore faudrait-il que leurs gouvernements se libèrent de la dépendance à l'égard de Washington.

 L'Union européenne n'est pas née d'une authentique volontéé des peuples européens, désireux de se positionner en arbitres forts et indépendants entre l'Est et l'Ouest. Elle a été créée dès la fin de la 2e guerre mondiale par les Etats-Unis. Ils voulaient s'en servir, notamment via l'Otan, d'avant-poste pour contenir sinon détruire la Russie. Aujourd'hui, les deux ex-super-puissances ont vu la multipolarisation du monde diminuer leur influence. Dans le même temps, l'Europe s'est dotée d'arguments économiques qui lui permettraient d'acquérir de l'indépendance. La question ukrainienne aurait pu être une opportunité unique pour l'Union européenne, et notamment pour ses deux piliers politiques que sont l'Allemagne et la France, de s'affirmer enfin. Serait-il encore temps pour qu'ils le fassent?

Un long article publié par le site russe Worldcrisis.ru (cf ci-dessous) , explique pourquoi Vladimir Poutine n'est jusqu'à présent pas intervenu pour soutenir militairement les russophones de l'Ukraine de l'est. Rien n'assure évidemment qu'il ne le fera pas un jour, mais pour déclencher le cataclysme qui en résulterait, il faudrait qu'il n'ait pas de solutions plus pacifiques permettant de contenir les agressions américaines. Or, comme nous l'avons plusieurs fois rappelé, il pourrait pour ce faire compter sur une arme sinon absolue, du moins très efficace, la dédollarisation de la partie du monde qui reste soumis à la domination de Wall Street. Pour ce faire, il devrait convaincre la Chine et l'Iran, notamment, de substituer au dollar une monnaie commune à créer, associant le rouble et le yuan, dans leurs transactions en matière de pétrole et de gaz. Mais les contrats, ceux notamment concernant la vente de gaz russe à la Chine, bien qu'en bonne voie, ne sont pas encore signés. La Chine hésiterait certainement à conclure des échanges à très long terme avec une Russie qui apparaitrait comme un boute-feu. Il en serait de même des autres partenaires potentiels de la Russie au sein du BRICS. Pour Moscou, il est donc urgent d'attendre, voire de ne rien faire en Ukraine.

La prudence pourrait également s'imposer aux Etats-Unis. Est-ce qu'il leur serait utile de prendre les risques majeurs d'une confrontation armée avec la Russie, à propos de l'Ukraine, pays ruiné et loin de pouvoir devenir un allié solide, même sous l'égide des nouvelles autorités élues à Kiev ? Certes, au plan économique, les richesses minières de l'Ukraine de l'Est n'ont pas laissé indifférents certaines autorités américaines. C'est le cas notamment de Joe Biden, qui n'a rien trouvé de mieux, récemment, que faire nommer son fils Hunter Biden au conseil d'administration de Burisma Holdings, le plus important producteur privé de gaz du pays. Mais Joe Biden et son allié John Kerry ne peuvent pas empêcher la Maison Blanche et le Congrès de réfléchir. Pour eux, le futur ennemi, sinon à combattre militairement, du moins à tenter de contenir, ce n'est plus tout-à-fait la Russie, mais déjà la Chine. C'est donc dans le Pacifique qu'ils voudraient transférer le gros de leurs forces.

Cette double prudence, russe et américaine, offrirait une occasion unique à l'Europe d'émerger en tant que puissance indépendante. Malheureusement, elle ne le peut pas, pour deux raisons. La première est structurelle. L'Union européenne a intégré des pays qui ont longtemps été sous la domination soviétique et qui se croient encore confrontés à Staline. C'est notamment le cas de la Pologne, de la Hongrie et dans une moindre mesure, des Etats Baltes. Emportés par des forces qui ne sont pas loins pour certaines de mériter le qualificatif de néo-nazis, ils ne songent qu'à humilier la Russie, quels que soient les risques – mais en s'abritant cependant courageusement sous le bouclier de l'Otan que Washington ne cesse de renforcer.

Une autre raison, bien plus importante, de la paralysie de l'Union européenne, est l'atlantisme forcené dont n'ont pas encore pu se dégager les deux piliers de l'Union que sont Berlin et Paris. Certes, un nombre croissant de forces économiques voudraient, en Allemagne et même en France, participer à des partenariats euro-russes voire euro-russo-chinois, bien plus riches en perspectives que l'actuelle soumission aux intérêts financiers américains. Mais leurs gouvernants, représentés par Angela Merkel et François Hollande, n'ont pas encore compris l'opportunité historique qui s'offre pour eux, à l'occasion de la situation en Ukraine, non seulement pour jouer un rôle politique international conforme aux forces qu'ils représentent encore, mais pour affranchir enfin l'Union de sa sujétion à l'Amérique.

Ce ne sera pas en permutant le caricatural Barroso (mais dangereux) au profit d'un Jean-Claude Junker, ayant toujours été le représentant des intérêts financiers destructeurs de l'autorité des Etats, qu'ils y arriveront Non plus qu'en continuant de négocier le traité de libre échange transatlantique, porte qui ne se refermera jamais au profit de ceux qui n'ont pas renoncé à faire de l'Europe leur colonie préférée.

* Cf Worldcrisis.ru "Почему нет военной интервенции РФ на Украину" (Why there is no intervention of the Russian Federation in the Ukraine)

02/06/2014
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