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Narendra Modi au pouvoir en Inde. Que fera l'Europe?

Le succès électoral - certains disent le triomphe - du parti nationaliste hindou le Bharatiya Janata Party aux dernières élections générales en Inde doit-il être considéré comme annonçant une radicalisation « à droite » du sous-continent indien. Le chef de ce parti, qui devient Premier ministre, Narendra Modi, succédera dans ces fonctions aux représentants du parti du Congrès, se réclamant de Nehru et même de Gandhi, réputés plus libéraux.
Mais y a-t-il là matière à inquiétude, comme le proclament ici les bonnes âmes. Certes Modi est réputé pour avoir incité à des « pogroms » anti-musulmans dans son état du Gujerat. On lui prête par ailleurs l'intention de durcir les relations avec le Pakistan et la Chine. Concernant les musulmans et le Pakistan, il faudrait plutôt se féliciter de le voir décidé à contenir leurs efforts pour attaquer l'Inde, que ce soit en termes religieux ou sous forme d'attentats terroristes.

Un pays comme le Pakistan qui continue à condamner à mort par lapidation les femmes adultères, devrait être considéré, malgré son poids géopolitique, comme l'adversaire de tout ce qui tente de se construire dans le monde, en termes de démocratie, de féminisme et de laïcité. L'Inde est là heureusement pour faire contre-poids. Que dirait-on si subitement 1 milliard de musulmans fanatiques prenaient la place des Hindous. Certes ceux-ci ne sont pas toujours exemplaires en matière de droit des femmes, mais une opinion libre s'exprime et tente de renverser des héritages séculaires. On ne sache pas que Narendra Modi souhaite favoriser un retour en arrière.

Concernant la Chine, qui réaffirme sur toutes ses frontières la volonté de s'imposer, à l'égard récemment du Viet-Nam mais plus globalement à l'égard des Etats-Unis, il n'était pas exclu qu'elle entretienne des projets marginaux de reconquête aux frontières de l'Inde. L'Inde nécessairement réagira. Mais tant Xi Jinping que Modi sauront jusqu'où ne pas aller, pour ne pas compromettre leurs chances d'exercer une influence durable sur cette partie du monde. On dit par ailleurs que pour contrer la Chine, l'Inde se rapprocherait du Japon...Rien n'est certain en ce domaine, mais le jeu reste évidemment ouvert. En Europe, en tous cas, nous ne devrions pas prendre parti pour tel ou tel. Ils sont chez eux.

Le BRICS

Les vrais perspectives pour l'Inde devraient être selon nous de jouer pleinement le jeu du BRICS, l'entente internationale en train de s'installer entre pays « émergés » et pays émergents. Le BRICS devrait être, pour ses partenaires principaux l'Inde et la Chine, auxquels il faut évidemment ajouter la Russie, un moyen de coordonner leurs investissements industriels, commerciaux, financiers et peut-être aussi de se doter d'une monnaie commune. Certes les membres du BRICS sont en compétition sur de nombreux points. Mais au delà de cette compétition, ils essaieront sans doute de rapprocher certains de leurs projets industriels et de recherche, ce notamment pour éviter la dispersion et le gaspillage.

On mentionne généralement le spatial et l'industrie de défense, mais les grands enjeux dans les prochaines années seront la lutte contre les effets catastrophiques attendus du réchauffement climatique. Sur ce plan l'Inde au sein du BRICS devrait être un acteur incontournable. Elle sera l'une des premières nations à souffrir de ces effets, et donc un partenaire indispensable pour l'adoption de mesures communes de défense et d'investissements dans les industries non productrices de CO2. Elle y a encore beaucoup de progrès à faire, mais les nationalistes hindous ne paraissent pas prêcher pour un retour aux modes de vie traditionnels, qui n'aurait aucune chance de s'imposer.

Ajoutons que, sur un dernier point auquel l'Occident se dit très attentif - encore qu'il ait lui-même beaucoup de progrès à y faire - la lutte contre la corruption, le Président Modi, pour dire les choses diplomatiquement, ne sera pas pire que ses prédécesseurs. Est-il par ailleurs l'allié définitif du Corporate Power américain? Là encore, on ne voit pas très bien en quoi il se différencierait du gouvernement précédent. On ne le voit pas s'engager dans la négociation d'un TAFTA généralisé entre son pays et l'Amérique.

Tout ceci justifierait que l'Europe, et plus particulièrement la France, au lieu de s'interroger sur l'avenir d'une Inde réputée redevenue de droite (que signifie d'ailleurs ce terme dans ce pays? ) s'inscrive dans une démarche euroBRICS, comme nous le recommandons ici avec quelques autres. L'Inde comme la Russie devraient à cet égard être considérées comme des partenaires aussi ouverts que la Chine. Dans cette optique, il sera indispensable que l'Europe aide Narendra Modi à engager son pays dans une coopération accrue avec elle, sur les plans culturels, mais surtout industriels et scientifiques. L'Europe pourrait, mieux que les Etats-Unis, y prendre toute sa part.
19/05/2014
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