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Des stratégies sans vision, par Hubert Levoyer

Quand aurons nous une vision pour des stratégies plutôt que des réactions imparfaites et limitées au lendemain?

Hubert Levoyer est un financier spécialiste des marchés. Il nous adressé cet article qui vient en complément de celui de Jean-Claude Empereur, Puissance et souveraineté, publié le 03/05/2014. Europe-solidaire

La remarque de Jean-Claude Empereur est fondamentale, on retombe sur la question oh combien récurrente : quand verrons nous une vision pour des stratégies plutôt qu'un sauvetage imparfait voire calamiteux et court-termiste limité au lendemain, et sans doute encore seulement pour le matin de ce lendemain ?

Dans le cas d'Alstom, la question apparait même plus complexe voire un contre exemple. En effet si tout porte à construire un ensemble européen, l'absence d'actions dans le passé a conduit à laisser s'épanouir, contrairement à l'aéronautique, des groupes concurrents mais pour beaucoup identiques comme dans le transport pour le TGV et l'ICE, et dans les énergies avec notamment les énergies dites renouvelables. Ainsi tout rapprochement serait couteux en réduction de sites industriels, en projets, en emplois. Alors qu'entre Alstom et General Electric il y a une véritable complémentarité plutôt source de renforcement de puissance mondiale. C'est le redécoupage des parts du fromage contre le  développement du même fromage.  

Il ne faut pas oublier aussi que les Allemands en abandonnant le nucléaire pour le renouvelable apportent un très mauvais exemple pour une certaine catégorie de politiques qui voient dans ce choix la panacée aux questions sur l'énergie. Rappelons immédiatement que c'est ce même choix qui a provoqué des ruptures dans le carnet de commande d'Alstom conduisant à la situation d'aujourd'hui. Alors que la plupart des observateurs (ndlr. Voir notre article « La transition énergétique est une folie http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1324&r_id= ) commencent à reconnaitre que le choix allemand est pour le moment une épouvantable erreur en raison du coût de l' énergie renouvelable qui oblige à construire autant de centrales au charbon, centrales qui devront être aussi rapidement fermées que mises en place pour cause d'émission de gaz carbonique (sans parler du coût des lignes pour conduire l'électricité émise en mer du nord vers les centres industriels).

On parle de 200 milliards d'euros investis pour le renouvelable par les Allemands plus 30 Md pour préparer la fermeture des centrales actuelles et beaucoup plus pour finaliser leur destruction. Il faut savoir aussi que le coût de l'énergie est supporté essentiellement par les ménages allemands  et ne peut l'être que parce que le coût de l'immobilier est beaucoup moins cher qu'ailleurs et particulièrement en France (l'électricité est deux fois plus chère en Allemagne qu'en France, alors que pour sauvegarder l'industrie, l'énergie des entreprises est restée volontairement bon marché). Les ménages français seraient clairement incapables de supporter cherté immobilière + cherté électricité. Rappelons aussi accessoirement que la facture électrique des français est augmentée de 12 % pour compenser le coût des énergies renouvelables et que cette surcote passera rapidement à 20 et 25 % à mesure que le voltaïque et les éoliennes continueront à se développer. Rappelons enfin que cette surcote apparait dans les factures sous le label particulièrement sibyllin de ''Contribution au Service public d'Electricité (CSPE)'', terme accessible seulement à quelques informés (EDF aurait-elle oublié la transparence légalement obligatoire dans chaque facture).

 La question d'Alstom se transforme ainsi en croisière entre deux iles proches de la Sicile : le bon sens sur le plan industriel (General Electric, mais avec encore une fois l'inconvénient d'une cession à une entreprise américaine, et la satisfaction du gouvernement de ce pays) ou le bon sens politique (Siemens, mais alors avec le problème industriel décrit précédemment sur les doublons et l'emploi). Il s'agit donc bien d'un contre exemple difficile à encourager pour promouvoir une solution européenne. Mais on peut aussi l'analyser comme le vrai exemple montrant que la puissance européenne ne peut se créer qu'en se préparant sur longue période (la réussite du leader incontesté Airbus versus l'absence de projets européens dans le numérique ou les énormes difficultés européenne comme en ce qui concerne Galileo) et que pour rattraper l'accélération technologique planétaire ce sont des investissements humains et financiers colossaux qu'il faudra ou faudrait mettre aujourd'hui sur la table en raison de ces retards.

 Bien entendu une telle vente d'Alstom est contraire à l'intérêt de la France en raison de la position stratégique de ce groupe dans plusieurs domaines. La vraie question devient alors : cette fusion a-t-elle vraiment un potentiel suffisant à terme pour justifier un coût social élevé au moins sur quelques années ?  Il faut alors analyser en profondeur ce potentiel. La phrase de François Hollande interdit tout essai de réflexion comme le souligne si clairement Jean-Claude Empereur, malheureusement à la fois pour l'Europe et pour la France.

 

 

 




06/05/2014
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