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La France. Enfin le mouvement.

Du discours prononcé par Manuel Valls, nouveau Premier ministre de la France à l'Assemblée nationale le 8 avril 2014, l'histoire (n'ayons pas peur des mots) retiendra deux choses:

La première est le fait que le "narratif " de la France a retrouvé là un nouveau souffle. Ce terme de narratif, récemment évoqué dans le dernier livre de Pascal Lamy « Quand la France s'éveillera » désigne ce que l'anglais traduit par « narrative » . De quoi s'agit-il, écrivions nous en présentant ce livre? « Un cocktail de mémorisation du passé, souvent magnifié, de vision pour le futur, souvent embelli, et de résolutions d'actions, souvent héroïques. Même si ces narratifs sont loin de la réalité, ils ont l'intérêt de dynamiser ceux qui les créent, les propagent et les reçoivent ».

Or ceux qui écoutaient Manuel Valls, ont, pour des raisons complexes, voire inconscientes, senti que le narratif ayant construit la France dans le passé allait peut-être repartir. Coupé net par la défaite devant l'Allemagne, ressuscité le 18 juin 1940 puis au début des Trente Glorieuses, très amorti sous François Mitterand, complètement enlisé depuis, un tel narratif manquait aujourd'hui dramatiquement au pays pour lui donner le courage de s'adapter à des conditions de plus en plus difficiles. Le règne des petits profits personnels l'avait remplacé. Manuel Valls, par sa personnalité énergique et son ambition pour la France, ne pourra-t-il pas rappeler à la « Grande Nation », comme disent les Allemands avec un brin d'ironie, qu'elle pourrait encore jouer un rôle éminent dans le monde mondialisé. Chaque citoyen de qualité ne manque pas d'idées pour ce faire, mais des idées aux actes, il faut une démarche collective s'imposant aux intérêts particuliers. Valls a donné au pays tout entier l'impression que le narratif français n'avait pas mis le point final.

Sur quelles bases repartir? Laissons de côté les mesures terre-à-terre visant à réduire les charges des entreprises tout en aidant les salariés payés au SMIC. Chaque Etat européen dispose ou disposera d'un programme en ce sens. Que la France y vienne enfin ne suffira pas à soulever l'enthousiasme des foules. Le second point proposé par le discours du nouveau Premier ministre est au contraire hautement symbolique. Ce devrait être lui que l'histoire retiendra. Il montre que des réformes de structures paraissant définitivement impossibles, malgré leur urgence, du fait du blocage imposé par l'ensemble des forces politiques, allaient peut-être enfin être décidées. Nous pensons bien évidemment à la diminution de nombre des régions, mais surtout à la suppression progressive des départements et des conseils généraux. Présentés dans tous les manuels comme des relais indispensables, au plan territorial, de l'action de l'Etat, ces structures sont devenues l'équivalent d'un vol de rapace qui se disputent un animal tombé à terre.

Probablement, les intérêts locaux mal placés résisteront-ils ou renaitront-ils, mais dans l'ensemble, le mythe de l'intangibilité du mille-feuilles territorial aura vécu. Significativement au contraire, Manuel Valls a laissé entendre qu'il proposerait de garantir la continuité et le renforcement de ce que l'on nomme les services extérieurs des ministères. Ce sont eux qui jouent le rôle de colonne vertébrale nécessaire à un Etat de tradition régalienne comme l'est le nôtre.

Les amis de la France au sein de l'Union européenne ou ailleurs dans le monde, notamment en Afrique, se réjouiront certainement de la relance du moteur français – si celle-ci se poursuit sans faiblir. Ses ennemis au contraire, ou plutôt ses faux amis, comme il s'en trouve bien trop dans ce que l'on nomme le monde dit occidental, qu'il vaudrait mieux qualifier d'atlantique, accumuleront les refus et les difficultés.

Les prochains mois montreront si Manuel Valls a su tenir les promesses de son discours d'investiture.

08/04/2014
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