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Razzia sur l'Arctique. L'Union européenne absente

L'Union européenne ne peut pas rester absente des discussions internationales relativement aux souverainetés susceptibles de s'exercer sur l'océan glacial arctique, même si ses titres juridiques pour ce faire sont loin d'être évidents.

Les revendications territoriales sur l'Arctique  se sont précisées depuis le dépôt début août 2007 par les Russes d'un pavillon national à 4.200 mètres de fond. Le Canada a annoncé sans tarder la création d'un port en eau profonde à l'entrée est du passage du Nord-Ouest, qui devrait devenir navigable plusieurs mois par an dans quelques décennies pour les navires de surface. Les Etats-Unis, la Norvège et le Danemark ont également rappelé leurs droits. Aujourd'hui, la réaffirmation par la Russie de sa souveraineté dans les zones géographiques limitrophes rend la question plus actuelle que jamais. Les perspectives de réchauffement climatique, avec possibilité de voir le passage du Nord-Ouest accessible au moins 8 mois par an, rendent la question de plus en plus actuelle.

Les enjeux sont d'abord militaires. Des sous-marins lance-engins américains et russes patrouillent déjà dans l'océan arctique, sous la banquise. La militarisation pourrait s'accentuer, mettant à portée de missiles tous les Etats voisins, en particulier les pays européens.

Sur le plan de l'énergie et de la lutte contre la production des gaz à effet de serre, les enjeux sont encore plus grands. On estime que le sous-sol océanique recèle en deçà du cercle polaire le quart des réserves non encore découvertes de gaz et de pétrole. Les Russes espèrent en tirer la quantité considérable de 700 milliards de tonnes de pétrole et l'équivalent en gaz. Si ces réserves sont effectivement exploitées dans quelques années, les espoirs mis dans le remplacement des combustibles fossiles par des énergies renouvelables s'évanouiront et les pays accédant à ces réserves en tireront des vecteurs de puissance très importants. Par ailleurs les pollutions et destructions de l'environnement prendront des dimensions possiblement catastrophiques, dont tout l'hémisphère Nord pourrait souffrir. De nombreux écosystèmes risquent de disparaître définitivement, depuis les mythiques ours polaires jusqu'aux populations de morues et autres grands poissons en voie de disparition ailleurs

L'Union européenne s'est bornée jusqu'à présent à observer  la situation, sans soutenir particulièrement ni les revendications du Danemark (via le Groenland) ni celle de la Norvège (qui ne fait pas partie de l'Union). Mais l'importance des enjeux, pour l'Europe comme pour le monde, voudrait qu'elle énonçât rapidement une position. Elle pourrait, avec le soutien de l'ONU, demander que l'on applique à l'Arctique le statut de zone internationale protégée qui est encore (pour combien de temps ?) celui du continent antarctique. Ceci dit, elle ne sera probablement pas entendue. Par contre, vu les faibles distances qui séparent l'Europe du Nord de l'océan arctique, elle devrait à tout le moins obtenir d'avoir un droit de regard sur la façon dont les nations riveraines traiteront cette zone non seulement stratégique mais extrêmement fragile. Nous nous étonnons de constater combien l'Europe semble se désintéresser de la question.  

Beaucoup d'observateurs suggèrent que l'océan arctique et ses sous-sols soient déclarés zone démilitarisée, interdite d'exploitation commerciale et dédiée à la science. C'est ce que, il y a 50 ans, les Etats-Unis, la Russie et 10 autres nations avaient décrété concernant l'Antarctique - ceci en plein guerre froide. Le traité Antarctique a été depuis tant bien que mal respecté par tous. Nous proposons que l'Union Européenne prenne officiellement, soit à l'ONU, soit peut-être dans un premier temps auprès de l'"Arctic Council", l'initiative d'une telle démarche. Il ne faut pas attendre.

Mais, comme nous l'a rappelé  une correspondante, Hélène, que nous remercions, l'Antarctique et l'Arctique sont dans des situations qui ne sont absolument pas comparables. L'Antarctique - continent entouré d'océans - n'offre aucune richesse particulière immédiatement accessibles. Les Etats avaient donc tout intérêt à convenir d'un gel (c'est le cas de le dire) de leurs prétentions. De son côté, l'Arctique - océan entouré de continents- est une source de richesses incommensurables. On voit mal comment les Etats côtiers accepteraient de renoncer à leurs droits, reconnus par la Convention de Montego Bay, et sur lesquels l'Union européenne n'a pas son mot à dire dans l'état actuel du droit.

On lira de Donat Pharand, grand défenseur de la souveraineté canadienne en Arctique, un projet de traité pour l'Arctique, disponible en ligne (voir lien ci-dessous) . Il ne faut cependant pas se faire trop d'illusions quant à  l'issue de cette proposition non-officielle.

NB: cet article met un jour un article précédent publié sur le site de Europa++ en août 2007

02/09/2008
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