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Partenariat renforcé

Faut-il parler comme Bernard Guetta ce matin 2 septembre sur France Inter de la « Naissance d'une Nation » pour commenter la décision des dirigeants de l'Union européenne réunis en sommet extraordinaire à Bruxelles de geler les négociations en cours sur un partenariat renforcé avec Moscou tant que les troupes russes déployées en Géorgie ne seront pas revenues sur leurs positions antérieures ?

Le terme de naissance d'une Nation est sans doute excessif, mais retenons-le cependant. Le pire a été évité, qui aurait consisté soit à marquer une division entre européens de l'est et européens de l'ouest, soit comme on pouvait le craindre à porter un message de rupture directement inspiré par le Département d'Etat américain et ses agents à Tbilissi.

Il n'est pas inutile en effet de montrer à la Russie que l'Europe souhaite marquer, au moins en termes de principes, des limites à ne pas dépasser dans le grand retour de Moscou sur la scène internationale, si ce retour se traduit par des remises en question unilatérale de frontières appuyant des revendications en provenance de minorités russophones.

Mais les 27 n'ont pas voulu voir la contrepartie qui s'imposait : montrer parallèlement aux Etats-Unis qu'ils ne veulent plus des provocations incessantes exercées contre la Russie, sous couvert de défense atlantique intégrée. Si l'Union veut s'imposer comme nation à l'Est, elle doit le faire à l'Ouest. Une première chose à décider en ce sens serait d'obtenir de la Pologne et de la Tchéquie la suspension de leur participation au bouclier BMDE, de même que l'arrêt des livraisons d'armes aux pays limitrophes.

Il faut aller  au-delà. Nous pensons qu'aux yeux de la Russie, la suspension des négociations sur le Partenariat renforcé et leur reprise éventuelle dans les semaines prochaines apparaîtraient beaucoup plus lourdes de sens si l'Union ne limitait pas de fait le Partenariat renforcé à des mesures garantissant sa sécurité dans l'approvisionnement en pétrole.

Autrement dit, le projet évoqué dans notre éditorial du 01/08 visant à arrimer solidement la Russie à l'Europe par le moyen d'intérêts partagés de grande ampleur serait plus que jamais d'actualité. Sans envisager dans l'immédiat l'idée encore un peu futuriste d'une Fédération euro-russe, il faudrait préciser les domaines de coopération qui d'ores et déjà s'impose : grands programmes de recherche ou d'investissement dans les domaines scientifiques et technologiques notamment.

Ceci permettrait de montrer, tant vis-à-vis des Russes que des Européens eux-mêmes, l'intérêt de rapprochements où l'Europe et la Russie conjugueraient le meilleur de leurs génies respectifs.
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PS: Que notre ami Philippe Grasset nous permette de le citer, pour compléter le point de vue précédent (voir l'article complet, "Crise troisième phase"  en lien) :

" Parmi les “trois grands” européens, ceux qui peuvent donner une impulsion conséquente, force est de constater qu'il ne reste que la France à avoir la capacité de retrouver la voie de normes diplomatiques acceptables, malgré l'état où elle se trouve par ailleurs, malgré la médiocrité courante de sa direction. Le Royaume-Uni est enfermé dans une situation qui marie étrangement l'impuissance d'aujourd'hui, conséquence de l'adoption servile de toutes les prescriptions américanistes (autant financières et économiques que politiques et militaires), et l'égoïsme irresponsable des périodes “isolationnistes” de son histoire. L'Allemagne est divisée entre une tendance de semi-conciliation avec langage dur (les chrétiens-démocrates de la chancelière) et une tendance conciliatrice (celle du SPD et du ministre des affaires étrangères); le résultat est une paralysie chronique puisqu'on ne peut pas se précipiter à Moscou mais qu'il n'est pas question de rompre avec Moscou. Reste donc la France, qui garde une structure politique administrative efficace comparée aux normes occidentales, des réflexes indépendants qui sont complètement étrangers à tout autre pays européen, donc une capacité d'analyse propre et la compréhension instinctive et historique (instinctive parce qu'historique)  de l'intérêt de la diplomatie. Cela lui permet d'analyser vite une situation et d'agir à mesure, avec à l'esprit la nécessité de la diplomatie et du dialogue, sans réduire sa pensée à des slogans. De là à dire que l'initiative franco-européenne suffira, il y a un monde.

02/09/2008
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