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Ukraine...Et si l'Europe existait vraiment...

Si plutôt que tirer des plans sur la comète, concernant les éventuelles réactions de Poutine dans une crise ukrainienne qui manifestement s'aggrave, les Européens, citoyens autant que gouvernements, devraient se demander ce que devrait faire la diplomatie européenne, si l'Europe existait vraiment en tant que puissance et si elle était capable d'avoir une diplomatie.

Pour le moment, les seuls à parler très fort sont les Polonais, qui, le moins que l'on puisse dire, sont des boutes-feu, retrouvant les vieux réflexes anti-staliniens et anti-russes qui marquent encore, à tort ou à raison, leur civilisation. Les seuls à l'opposé qui ne savent quoi dire sont l'ensemble des autres Etats, dont la France et l'Allemagne. On peut juger à cet égard qu'il n'y a rien de plus creux que la déclaration commune formulée ce jour par la chancelière Merkel et le Président Hollande. Nous n'évoquerons pas par charité la non-position de la Haute représentante de l'Union, Mme Ashton. Plus que jamais il faut se demander ce qu'elle fait à ce poste, sauf servir à l'occasion et maladroitement les intérêts brumeux du Foreign Office.

Vous me direz: que feriez-vous vous-même si l'on vous demandait de préciser ce que devrait être selon vous la position diplomatique de l'Europe ? Je rappellerais d'abord clairement quelques points valant ce qu'ils valent mais méritant semble-t-il d'être discutés:

  • Les rodomontades d'un Bernard Henri Lévy ou de ses semblables, parlant de neige sanglante à Sotchi et quasiment prêt à conseiller de déclencher une guerre contre Poutine, à l'exemple de celle qu'il avait contribué à déclencher en Libye, sont particulièrement irresponsables. Il faudrait les condamner sévèrement (Voir photo. Ne manquez pas le reporter mémorisant cette scène historique)

  • La guerre souterraine menée depuis des années, et notamment depuis les révolutions Orange, par les éléments les plus conservateurs de la diplomatie américaine, rend la cause de l'opposition ukrainienne, qui s'appuie sur elle, particulièrement fragile. Cette Amérique là n'a jamais accepté la présence d'une Russie bien armée au centre de l'Europe. Elle prendra tous les risques, y compris les risques de guerre, pour combattre voire détruire Poutine,

  • Obama, pour une fois un peu plus clairvoyant qu'il ne l'est sur d'autres dossiers, semble vouloir au contraire ménager la Russie dont il a besoin pour se sortir du guêpier syrien et pour mener à bien les négociations sur l'uranium iranien. Mais que veut dire en profondeur pour lui ménager la Russie? On se le demande encore.

  • En Ukraine, comme dans d'autres anciennes républiques populaires, et en Europe même, une extrême-droite organisée sur un plan quasi militaire et inspirée par les exemples fascistes d'avant guerre, se manifeste de plus en plus. En Ukraine, son intérêt est de pousser au pire: des milliers de morts si possible, une intervention des chars russes et ce qu'il en adviendrait, que personne ne peut prévoir, mais que cette extrême droite préféra toujours à la démocratie « molle » régnant en Europe. Il n'est pas exclu que les extrêmes droites européennes finissent par s'inspirer des milices militarisées qui, armées par on ne sait qui, fleurissent à Kiev et ailleurs.

  • Une Ukraine aux populations indiscutablement divisées en deux, une partie pro-européenne et une partie pro-russe. Dans l'une comme dans l'autre, les « Nouveaux riches » et les spéculateurs de tous poils se disputent le pouvoir, quelles qu'en soient les conséquences. La population ukrainienne compte fort peu pour ces oligarques. Il est clair que leur présence, et les risques de contagion qu'ils véhiculent avec eux, les rendent indésirables, tant dans l'Union européenne qu'en Russie même, laquelle a bien du mal aujourd'hui à se débarrasser du fléau de la corruption.

  • Un Poutine et plus généralement une fédération de Russie, qui aspirent manifestement à jouer un rôle de modérateur et d'arbitre à l'Est de la grande Europe comme dans le Moyen-Orient. Poutine y a fort bien réussi jusqu'à présent. Ceci rend très improbable une intervention militaire russe en Ukraine, compte-tenu des liens historiques indéniables qu'ont entretenus depuis longtemps Russes et Ukrainiens et le désir russe de ne pas dresser toute l'Europe contre la Russie.

  • Une Europe enfin dont les intérêts stratégiques de toute sorte imposeraient un rapprochement stratégique avec la Russie, voire à des relations politiques plus étroites, au sein de l'espace européen commun qui les réunit. On pourrait reprendre le terme de Poutine, celui d'Eurasie, étant entendu que l'Europe pourrait être assez forte, si elle le voulait, dans cette future Eurasie, pour y être l'égale de la Russie.


Dans ces conditions, direz-vous, quelle politique européenne préconiseriez-vous, si vous étiez aux manettes? Je dirais que les principaux chefs d'Etat européens, s'étant concertés pour enfin agir en commun, devraient prendre rapidement contact, en terrain neutre, avec Vladimir Poutine, pour étudier les mesures conjointes les plus aptes à ramener la paix en Ukraine, en tenant compte des points que je viens d'évoquer, et de quelques autres qui m'auraient échappé, vue l'heure tardive. .

Parmi ces mesures, une partition pourrait sans doute être envisagée, suivie d'élections, afin de former un mini-état fédéral.

Pas plus, diriez-vous? Ce serait déjà beaucoup, vous répondrais-je, à condition que l'ineffable Mme Ashton ne s'en mêle pas.











19/02/2014
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Nombre de réaction(s) : 1
Europe et Poutine
20/02/2014 11:33:55 | Par : Jacques Favin Lévesque
J'ai entendu Villepin ce matin sur Europe. C'est l'un des seuls qui prenne le problème dans sa globalité, c'est à dire dans sa dimension UE-Russie. La diabolisation de la Russie qui découle de celle de Poutine au prétexte qu'il n'a pas notre conception libertaire de la démocratie conduit à cette stupidité: le renouveau de la guerre froide. L'UE a déjà manqué l'occasion d'une relation apaisée et constructive avec la Fédération de Russie des années 95 - 98 en suivant tel le mouton de Panurge la politique d'extension de l'OTAN jusqu'à l'Ukraine et la Géorgie imposée par la diplomatie américaine . A nouveau , elle est dans l'erreur en obligeant l'Ukraine à choisir entre UE et Russie, ce qui est stupide. L'Ukraine doit choisir les 2 et être un trait d'union entre les 2 parties d'un même continent. Nous n'avons rien à gagner dans ces condamnations morales à la BHL .
Que Poutine sanctionne les Pussy Riots à poil dans l'Eglise du Saint Sauveur ou n'ait pas la même vision sociétale que la bienpensance politico-médiatique qui déferle sur notre pays au mépris de ses traditions philosophiques et de sa civilisation, cela ne constitue pas à mes yeux une raison suffisante pour compromettre l'équilibre de notre continent pendant des décennies.
En revanche, l'idée de faire intervenir l'UE dans sa dimension triangle de Weimar me semble judicieuse parce que cela mouille la Pologne et compte tenu de l'incohérence de la politique extérieure de l'UE, si tant est qu'elle existe...comme le dit l'article
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