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Où va la Russie ?

Que l'on apprécie ou pas le nouveau rôle international de la Russie et l'action de son président Vladimir Poutine, il ne faut pas se cacher les difficultés qu'affronte ce pays au plan économique et social.
Nul n'ignore que la Russie profite depuis des années des prix élevés du gaz et du pétrole. Ceux-ci lui rapportent des revenus considérables. Mais d'une part, à moyen ou long terme, ceci ne durera pas. D'autre part, la Russie n'a pas encore su se servir de ces avantages pour se moderniser en profondeur. Peut-être retrouve-t-on là d'une certaine façon la « malédiction » qui frappe, il est vrai à une autre échelle, les pays sous-développés bien pourvus en pétrole.

Certes Poutine s'est servi de ces revenus providentiels pour augmenter les pensions et salaires du secteur public, notamment dans l'armée et la police. Il a engagé un plan ambitieux pour moderniser les moyens de défense, ainsi que des politiques destinées à promouvoir l'image du pays, notamment les Jeux Olympiques d'hiver à Sotchi, ce pour un montant approximatif de 50 milliards de dollars. Par ailleurs, concernant les droits de l'homme, il a libéré quelques opposants notoires.

Mais, comme l'on montré les attentats récents, il aura beaucoup de mal à prévenir les opérations terroristes suicides provenant des pays musulmans de l'ancienne URSS. Il est vrai qu'il n'est pas le seul dans ce cas (voir notre article Le Pakistan deviendra-t-il un émirat nucléaire talibanisé? http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1238&r_id=)

Tout ceci, si l'on peut dire, n'est rien face à la situation économique générale, caractérisée par un taux de croissance annuelle estimé à 1,2%, une inflation à 6,5% et en hausse. Le chômage est certes bas, mais il concerne une population de travailleurs dont près de la moitié des effectifs sont des employés de l'Etat ou de ses dépendances, au nombre de 18 millions. Leur productivité est apparemment très faible. Même dans le secteur dit privé, l'empreinte de l'Etat russe ancien et de ses lourdeurs demeure forte. On se plaint par ailleurs d'un taux de corruption qui met le pays au bas de l'échelle des évaluations menées par des ONG indépendantes. Il faudrait plus d'une génération pour se libérer de ces handicaps, à supposer que soient entreprises des mesures fortes en ce sens.

Concernant la formation, la fréquentation des universités est bonne, mais il est difficile d'estimer la qualité des enseignements. On dira que la France est dans ce cas, mais l'argument ne suffit pas. Il est vrai que, sur le plan scientifique, la Russie dispose de quelques équipes de niveau mondial. Ses mathématiciens sont renommés dans le monde entier. Mais dans une large mesure ces compétences s'exportent sans que le niveau global des performances en bénéficie.

Depuis la crise financière de 2008, par ailleurs, le capital et les moyens associés, qu'ils appartiennent au secteur public ou au secteur privé, ont eu tendance à fuir la Russie. Ceci dans le cadre d'opérations illicites, voire franchement maffieuses. Selon une évaluation du Global Financial Integrity group (à ne pas prendre cependant au pied de la lettre) 800 milliards de dollars de capitaux illicites ont fui la Russie depuis 1994. L'évaporation depuis 2008 a été évaluée à 350 milliards. Tout cet argent ne s'est pas investi, par définition, dans la santé, l'éducation et les infrastructure. Tempérons cependant la sévérité du jugement en rappelant que l'on estime aujourd'hui les capitaux réfugiés dans les paradis fiscaux à plus de 800 milliard, sinon davantage. Or tous, loin de là, ne sont pas russes.

Vladimir Poutine a récemment annoncé un programme de restauration permettant à la Russie de rejoindre le top five, c'est-à-dire les 5 premières économies mondiales, alors qu'elle se situerait aujourd'hui (si les évaluations peuvent être prises au sérieux), vers le 8e rang, derrière l'Inde. Pour cela, a insisté le Président, le pays devra investir dans les nouvelles technologies, éliminer la corruption et, selon l'expression des libéraux, flexibiliser le travail. Un nouveau plan ambitieux de privatisation devrait en résulter. Mais ce dernier concept, comme noté les années précédents, n'a souvent fait qu'accroître la population des « nouveaux riches » qui sont une plaie de la société russe, notamment dans les capitales.

Nous pensons pour notre part qu'il serait plus efficace de lancer de grands programmes économico-scientifiques obligeant l'industrie et la recherche à coopérer. Les résultats peuvent en être relativement faciles à évaluer, et leurs faiblesses éliminées. Certains de ces programmes devraient être conjoints avec les pays du BRICS et l'Europe. Les transports transcontinentaux, la mise en valeur des territoires nordiques et le spatial devraient pouvoir en bénéficier, comme dans d'autres domaines, l'ingénierie dans des systèmes d'information protégés ou les biotechnologies. Mais il faudrait que de leur côté les partenaires potentiels de la Russie sortent d'une réaction trop répandue et stérile de Putin's bashing ... et se dégagent de l'influence américaine qui les paralyse. Les pays européens devraient pour leur part se souvenir qu'ils partagent avec la Russie une culture commune, ainsi que des potentialités et des risques non négligeables



20/01/2014
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
Tout à fait d'accord
20/01/2014 20:43:44 | Par : Jacques Favin Lévesque
Cher Jean-Paul
Je partage ton analyse et notamment les pistes que tu suggères d'ouvrir tant pour l'avenir de la Russie que pour celui de l'Europe. Celle-ci a malheureusement réussi, à la suite des USA, l'incroyable pari de recréer un climat de guerre froide alors que tout aurait du nous pousser à tourner la page d'une situation conflictuelle , à mieux comprendre la Russie post soviétique, à nous entendre avec cette puissance qui partage notre continent. Nos médias et nos "bien-pensants "qui s'offusquent si fort d'un retour des valeurs morales traditionnelles , proné par un Poutine qu'il diabolisent à l'extrême, sont dans leur rôle autoproclamé de donneurs de leçons et de garants de la civilisation.... Mais , personnellement, je ne suis pas choqué par les déclarations de Vladimir Poutine et je souhaite vivement que la Russie maitrise ses difficultés économiques pour redonner un sens à notre civilisation européenne en déshérence...
Mais de telles opinions, tellement décalées par rapport au politiquement et médiatiquement correct, n'engagent que moi..Bien amicalement
Général (ER) Favin-Lévèque


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