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Sur le rôle futur de la force de frappe française

Il serait plus que jamais temps d'en revenir explicitement à la conception de la force nucléaire française qu'avait mise en oeuvre le général de Gaulle

Les observateurs (cf. http://rt.com/politics/nuclear-strike-attack-rogozin-053/) ont noté que la Russie, par les voix de Dmitri Rogozine, vice-Premier ministre chargé de l'armement puis de Vladimir Poutine, ont réaffirmé leur politique de défense en matière d'armements nucléaires. Ils l'avaient toujours présentée comme une politique non offensive, assez proche finalement de celle qu'avec De Gaulle s'était donnée la France. La bombe ne doit pas servir à attaquer, mais à répondre à des attaques. Elle joue donc dans ces conditions un rôle de dissuasion. Pour cela elle doit être suffisamment massive et protégée pour être crédible, c'est-à-dire pour ne pas être détruite lord d'une première frappe de l'ennemi.

La doctrine américaine n'a jamais été, même du temps de la guerre froide, affirmée avec cette clarté. Pourtant il était entendu que les Etats-Unis ne déclencheraient pas en principe d'attaque nucléaire, sauf en représailles (retaliation) . Les pays européens membres de l'Otan espéraient pouvoir bénéficier des mêmes protections, dans le cadre de ce qui était appelé le parapluie nucléaire américain. Mais l'expérience montre, dans d'autres domaines, qu'ils se font des illusions. Quoiqu'il en soit, De Gaulle ayant refusé de placer le défense française sous commandement américain avait au contraire affirmé que notre force de frappe, notamment sous sa composante sous-marine, avait vocation à être utilisée tous azimuts. Comprenait qui voulait.

Depuis quelques années, cet équilibre, qui reposait sur la peur d'une « destruction mutuelle assurée » (MAD) a été remis en cause de façon unilatérale par les Etats-Unis. D'une part, ils ont installé des systèmes de défense balistique aux frontières des pays de l'Otan (Ballistic Missile Defense in Europe) destinés en principe à décourager des attaques venant de l'Iran ou de la Corée du nord. Mais en fait – personne ne s'y était trompé, notamment pas les Russes – la BMDE était destinée à rendre inopérante une frappe russe en retour d'une frappe américaine. Même après la fin théorique de la guerre froide, l'Amérique ne supporte toujours pas la présence en Russie de forces nucléaires suffisantes pour contrebalancer les siennes.

D'autre part et très récemment, sous les pressions du lobby militaro-industriel relayées par l'ensemble des forces politiques , le Pentagone a développé différents systèmes d'armes dits conventionnels, c'est-à-dire non nucléaires, qui peuvent cependant produire des destructions massives analogues à celles de bombes atomiques. Il s'agit notamment d'explosifs à très forte pénétration, conduits sur leur objectif par des missiles de type spatial, c'est-à-dire capables de frapper n'importe quel objectif dans n'importe quelle partie du globe, en échappant aux défenses balistiques du pays visé. De telles armes peuvent avoir le pouvoir de destruction de bombes atomiques, contamination mise à part. Mais en principe leur emploi, selon les règles précédentes, ne devrait pas justifier une riposte nucléaire de la part du pays attaqué. Il s'agit de ce que la nouvelle stratégie américaine nomme la Conventionnal Prompt Global Strike .

On comprend que les Russes, qui n'ont pas pour le moment les capacités de développer de telles armes conventionnelles, s'en remettent pour leur défense à leurs armes nucléaires. C'est ce qu'ont exposé récemment, comme indiqué, Dmitri Rogozine et Vladimir Poutine. L'indignation feinte que ceci suscite en Amérique et dans l'Otan, ne devrait pas avoir lieu d'être. « Ne nous attaquez pas, même avec des armes conventionnelles de destruction massive, et nous ne répliquerons pas avec nos bombes atomiques » .

Confirmer la stratégie nucléaire française.

Cette nouvelle situation - si nous étions aujourd'hui gouvernés en France par l'équivalent d'un Général de Gaulle - devrait nous obliger à repenser, ou plutôt à confirmer, la stratégie nucléaire française traditionnelle. Alors que certains irresponsables proposent de ne pas moderniser l'arme, voire de la supprimer, elle sera plus que jamais nécessaire compte - tenu d'abord de l'inévitable prolifération, mais aussi pour nous permettre de refuser d'être de plus en plus entrainés dans le BMDE américain imposé aux pays de l'Otan et dirigé contre la Russie.

Nous expliquerions tant aux Américains qu'aux Russes que nous sommes assez grands pour avoir notre propre défense nucléaire, se surajoutant éventuellement à la défense conventionnelle proposée par l'Otan à ses membres. Nous n'avons donc pas besoin du BMDE. En conséquence ils devraient respecter notre indépendance, du fait que la vocation de la force de frappe française resterait « tous azimuts ». Nous nous comporterions un peu comme la Suisse, mais à une autre échelle.

Cette posture pourrait être partagée avec d'autres pays européens, afin de mutualiser la bombe française. Encore faudrait-il que ces pays se dégagent de leur soumission à Washington


14/12/2013
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Sur la mutualisation de la bombe française
15/12/2013 09:12:03 | Par : Georges d\\\'Harcourt
A mon sens, il n\'y a pas de mutualisation possible de l\'arme nucléaire. La clef de voute de la force de dissuasion est le chef de l\'Etat ou son remplaçant désigné et secret en cas d\'empêchement. A la base, il y a tout l\'arsenal humain et technologique, qui assure la crédibilité de la dissuasion.
Mais au sommet, il n\'y a qu\'un décideur qui n\'aura, le cas échéant, que quelques heures ou quelques minutes pour prendre une décision.
La mutualisation est impossible, car elle est synonyme de négociations, de tractations et aboutit à un contournement de la dissuasion.
La seule chose qui soit envisageable, c\'est l\'assurance à un pays ami et allié que l\'on considérera une agression contre lui comme une agression contre nous, ce qui revient à dire qu\'on le classe parmi nos propres intérêts vitaux. Ce genre de promesse n\'engage que celui qui y croit.
C\'est d\'ailleurs pourquoi, du temps de la guerre froide, les Européens ne pouvaient avoir la certitude de bénéficier du parapluie nucléaire américain. De la même manière, l\'Allemagne ou la Belgique ne pourraient jamais être sûres de bénéficier du pouvoir de dissuasion de notre force nucléaire; elles ne pourraient bénéficier que d\'assurances politiques qui n\'auraient de valeur que le crédit qu\'y accorderait l\'ennemi potentiel.
En résumé, je crois que c\'est une hérésie en matière de dissuasion que d\'évoquer une possible mutualisation. In fine, la dissuasion est un concept dont l\'efficacité est liée au respect d\'une \"théologie\" très bordée, tout en respectant un certain flou sur les conditions d\'emploi afin de ménager une plage d\'incertitude sur nos intentions.
La pire menace sur la dissuasion, c\'est le contournement de celle-ci. Or la mutualisation est une forme de contournement possible.

réponse à Georges d\'H sur la mutualisation
15/12/2013 09:16:14 | Par : jpb
C'est bien mon avis. Faudra-il cependant ne pas réfléchir (dans le vide d'ailleurs, car tout le monde s'en moque) aux conditions dans lesquelles les pays européens continentaux pourraient accéder à une arme nucléaire, surtout si celle-ce redevient à la mode, si je puis dire, en réponse aux Conventionnal Prompt Global Strikes susceptibles d'être encore plus destructrices.
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